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mercredi 29 septembre 2010

Partir c'est mourir un peu

A quelques heures de m'éloigner de l'Inde, valise bouclée, sac de voyage vérifié à maintes reprises, je réfléchis à ce dernier billet. Le 56è depuis que je suis arrivée ici. L'occasion de vous remercier, lecteurs fidèles ou de passage, de m'avoir suivie dans ce voyage et de m'avoir  souvent encouragée par vos commentaires. L'occasion de remercier aussi mon compagnon de route et de vie, Éric, mon premier lecteur, dont les critiques souvent fondées me permettent d'être encore plus exigeante. Outre sa participation à ce blog à travers deux ou trois billets, je lui dois les belles photos qui ont souvent illustré ces lignes. Je ne vais pas tourner définitivement la page de L'Effet Indien, j'ai encore quelques sujets en réserve mais je ne posterai plus d'ici, de cet endroit du monde qui ne m'attirait pas, pour lequel j'avais tant de réserves et qui en moins d'un an m'a tant donné. Ces dix mois ont été riches en découvertes, ces "pérégrinations" que j'ai essayé de vous faire partager, et c'est donc à un dernier voyage que je vous invite. Bénarès, comme on disait dans les années post-soixante huitardes, Vârânâsi, comme elle s'appelle maintenant, reste LA ville dont on ne revient pas intact. Même les plus blasés des routards de l'Inde ne peuvent rester indifférents à la magie de cette ville mystique, paradoxale, extrême. Ames sensibles s'abstenir. Voir le lever du soleil sur les ghats à 5 heures du matin restera un moment fort de mon année indienne. Les couleurs, du Gange, de la pierre rose, des saris des femmes, la ferveur des pèlerins qui viennent se purifier de leurs péchés dans le fleuve sacré, voilà pour le côté pile. Et côté face, la saleté des rues, les odeurs qui vous étreignent et vous font suffoquer, ces enfants qui mendient ou jouent les rabatteurs pour vous faire entrer dans une échoppe attrape-touristes... Et surtout les crémations.  Plus de 300 par jour. Car on vient mourir à Bénarès, pour renaître du ventre de la Mère Ganga, pour échapper au cycle inéluctable de la réincarnation, pour atteindre le Nirvana. Seuls les hommes saints, les femmes enceintes, les enfants de moins de 12 ans, les lépreux et les animaux échappent au bûcher. Alors quand au coucher du soleil, depuis la terrasse de notre guesthouse surplombant le Gange on aperçoit un cadavre flotter, on se dit que décidément, l'Inde n'en a pas fini de nous surprendre ... 

lundi 20 septembre 2010

Cadre de vie

Alors que notre séjour Indien tire à sa fin, je m'aperçois que je n'ai pas évoqué notre cadre de vie, pourtant indispensable à la réussite de toute expérience d'expatriation. Après trois semaines passées dans un très bel hôtel très classe et très zen, puis trois mois dans un appart-hôtel, disons plus conforme aux standards indiens, nous avons élu domicile à Jayabheri Silicon County. Déjà le nom intrigue surtout si je vous dis qu'il est situé sur Hitec City Road. Hyderabad s'enorgueillit en effet d'attirer les grosses sociétés de l'informatique mondiale, les Dell, Microsoft, Google, etc., et certains journalistes l'ont même affublée du surnom de Cyberabad. Les  constructeurs immobiliers adorent donc les dénominations évocatrices comme Mindspace, Cyber City ou ... Silicon County.  Notre compound qui est constitué de trois blocs -  Alpha, Beta et Gamma - de huit étages chacun, est fréquenté par des Indiens à haut pouvoir d'achat, des NRI* et quelques rares expats (en ce moment, une famille de Britanniques, des Japonais et nous). Comme la plupart de ces résidences, l'entrée en est gardée par un aréopage de képis et on doit montrer patte blanche pour y pénétrer (un jour où j'étais sortie, ils n'ont pas voulu laisser rentrer ma nouvelle maid, bien inoffensive pourtant dans son sari...). Le Club Jayabheri, ouvert aux non-résidents moyennant une coquette cotisation, se compose d'une superbe piscine, de courts de squash et de badminton, et d'une salle de sports. A Jayabheri Silicon County, on peut aussi faire ses courses en dépannage grâce à une petite épicerie, commander ses repas dans le restaurant, organiser d'énormes parties sous un chapiteau, et même faire tailler chemises et costumes sur mesure. Mon petit plaisir reste d'aller chaque semaine à la laundry où pour 10 roupies pièce (15 centimes !), je fais laver et repasser les pantalons et les chemises d'Éric.  Le blanchisseur utilise un fer à repasser antédiluvien au charbon qui vaut tous les pressings du monde. Un seul hic, les boutons en nacre ne résistent pas à ce traitement. Mais bon, à ce prix là, ce serait indécent de se plaindre ...
*NRI : New Resident Indians,  Indiens d'origine qui ont vécu ou étudié de nombreuses années aux USA, Canada, Australie ou UK et qui décident de revenir vivre et travailler au pays.     

mercredi 1 septembre 2010

Ah je ris de me voir si belle !

Ça y est, le compte à rebours a commencé. Dans moins d'un mois, nous aurons quitté l'Inde, mon carrosse se transformera en citrouille et c'en sera fini de ma vie de princesse ! Je m'aperçois que je n'ai pas parlé de ce qui en a constitué une grande part : mes visites au Beauty Parlour (à prononcer : biouti parlor). Contrairement à chez nous où coiffeurs et esthéticiennes font salon à part, ici tout est regroupé dans un même lieu où l'on s'occupe de vous "from top to toe". Autre différence notable, alors que ces métiers sont essentiellement féminins en France (à l'exception de quelques ténors du ciseau), en Inde, ce sont les hommes qui comme toujours trustent les emplois qualifiés. Les quelques femmes sont souvent reléguées au balayage des mèches coupées ou à la préparation du tchai offert aux clientes. La première fois que je me suis fait masser le cuir chevelu par un grand costaud tout de noir vêtu,  poignet de force (et force au poignet !) compris, ça m'a secouée ! Après on s'habitue, surtout quand on confie ses petits petons à un pédicure dont le palpé-roulé vous remue chaque os de la rotule à l'astragale. Il n'y a que pour les épilations à la cire que je me confie à Vicky, une charmante étudiante en marketing qui travaille pour payer ses études car quand même, j'ai ma pudeur. En Inde, il faut savoir être patient, et moi qui aime que les choses aillent vite, j'ai dû vite m'adapter au tempo local. Pour une "couleur-brushing", comptez trois heures, pour une manucure-pédicure, comptez-en deux, ne me demandez pas pourquoi, c'est un mystère insondable, le temps doit s'arrêter ... Et pourtant, ce n'est pas la main d'œuvre qui manque. Ma coiffeuse rennaise Anne-Sophie serait pliée de rire si elle voyait Sai, mon coiffeur d'ici, faire son brushing assisté de ses deux acolytes. Trois sur ma pauvre tête qui n'en demande pas tant, l'un tenant le sèche-cheveux, l'autre une mèche, pendant que l'homme de l'art passe la brosse avec application. Enfin, autre trouvaille, j'ai découvert en Inde l'épilation des sourcils avec ... du fil à coudre ! Une extrémité du fil coincée entre ses dents (!), Vicky arrache le poil en formant un nœud à l'autre bout et en tirant dessus, sa tête effectuant un mouvement  pendulaire qui me fait mal au cou pour elle. Une méthode peu orthodoxe mais très efficace !


vendredi 23 juillet 2010

Lettre à France

Dans 24 heures, nous nous envolons vers toi, chère France. Si tout va bien, que Kingfisher (une compagnie aérienne qui a un nom de bière, il n'y a qu'en Inde qu'on voit ça...) nous amène sains et saufs à Delhi, puis que notre compagnie nationale préférée assure bien notre traversée de neuf heures jusqu'à Paris, nous devrions poser le pied dimanche à la fraîche sur ton sol, chère et douce France. Éric n'est pas rentré depuis six mois, il est en manque de  toi, de camembert, de côtes de boeuf et du Rhône, il l'a même écrit sur son "mur" Fessebouc, je ne sais pas ce que tu en penses mais ça a l'air grave... Avant de te retrouver, chère France, je voudrais te raconter une savoureuse petite histoire indienne qui me fait quitter ce pays - provisoirement - sur une notre optimiste. Voilà. L'Inde attend incessamment un heureux événement. Ce serait pour demain, qui sait, peut-être même pendant que nous serons à bord du bel oiseau blanc à la queue tricolore qui nous ramènera vers toi. Ce serait une fille. Je n'ai pas compris exactement comment on peut le savoir étant donné que la maman se balade dans la nature mais bon, une histoire d'empreinte ADN relevée dans ses excréments, je crois. Même si depuis novembre, j'ai fait de gros gros progrès dans la compréhension des infos sur IBN-CNN, parfois certains commentaires m'échappent.  Bon, revenons à notre bébé mystère. Non, ce n'est pas le rejeton d'Abhi-Aish*, le couple le plus glamour du cinéma de Bollywood, c'est, c'est, tu donnes ta langue au chat ? Là, tu brûles, car on attend la naissance d'un, d'un petit ... tigre ! Et ici, c'est hyper important et l'enjeu, de taille, juges-en par toi-même. Au début du 20è siècle, il y avait 100 000 tigres à l'état sauvage dans le monde dont 40 000 en Inde. Tu as dû lire Kipling à l'école communale, tu sais celle où flottait ton drapeau en des temps antédiluviens, tu connais donc l'importance des tigres en Inde. Or, en 2010, ils ne sont plus que 1411. Tous répertoriés, dotés d'une puce, puis remis en liberté. Mais demain, ils seront 1412 ! C'est dommage que je n'ai pas mon mot à dire car comme cadeau de retrouvailles avec toi, cette petite tigresse, j'aurais bien proposé qu'on l'appelle ... France ! 
* Abhishek Bachchan et Aishwarya Rai Bachchan 

lundi 19 juillet 2010

Hyderabad Rocks !

Si vous arrivez à Hyderabad pour la première fois depuis le nouvel aéroport de Shamshabad, votre regard sera forcément attiré par d'énormes rochers que l'on aperçoit depuis la route, certains vierges, d'autres recouverts de peintures, voire de numéros. Nous sommes sur le plateau granitique du Deccan, au centre de l'Inde et, d'après les géologues, certains de ces monolithes sont là depuis 2,5 milliards d'années (!) et comptent parmi les plus vieux du monde. Pourtant, leur préservation ne va pas de soi. La formidable expansion d'Hyderabad  et de sa jumelle, Secunderabad, dont la population a plus que doublé en 5 ans, fait que certains de ces formidables géants de pierre ont été détruits ces dernières années pour faire place à des routes ou à des immeubles. Une poignée d'amoureux de ces vieilles pierres s'en sont ému et ont créé une association, the "Society to Save Rocks". Ils mènent entre autres une campagne pour inciter les architectes et les paysagistes à intégrer les rochers dans les  hôtels, les résidences ou les villas de particuliers, et le résultat est étonnant. Le parc ou le jardin ainsi paré prend une dimension "zen" et l'ambiance change du tout au tout. Le premier hôtel où nous avons séjourné en arrivant a su tirer le meilleur parti de ce décor naturel et on ne saurait l'imaginer autrement. Cependant, la meilleure alliée de nos Don Quichotte du plateau du Deccan reste la religion. Que le rocher se transforme en temple dédié à la déesse Kâlî ou qu'une petite mosquée vienne s'y adosser et aussitôt, il est entouré d'une aura protectrice qui le soustrait à toute velléité de démolition. Enfin, grâce au soutien du gouvernement de l'Andhra Pradesh, de plus en plus de ces boulders sont répertoriés et intégrés au patrimoine de l'état. La "Society to Save Rocks" organise une fois par mois des marches et dimanche, nous étions de la balade. Comme souvent dans cette mégapole, l'ambiance était internationale et œcuménique. Anna la Suédoise, Anja et Frauke les Allemandes, Page et John les Américains, et nous les petits Frenchies, avons accordé nos foulées avec celles de  nos compagnons Indiens, Uma, Padmini, Lavanya, Joy et les autres... Together to Save rocks !   

lundi 12 juillet 2010

Pince-fesses chez le Consul

135, c'est le chiffre du jour. 135 ? Qu'on se le dise, nous sommes 135 Français à Hyderabad, enfants compris ! C'est la principale information que j'ai retenue du speech de notre Consul samedi soir. Quand je dis "notre" consul, c'est en fait celui de Bangalore car bien que notre nombre ait plus que doublé en un an, nous ne sommes pas encore assez nombreux pour que le Quai d'Orsay nous délègue quelqu'un à temps plein. Donc pas de garden-party à l'Elysée le 14 juillet d'après la rumeur, mais samedi pour nous, c'était soirée pince-fesses dans un grand hôtel à l'invitation de la France. Tous ceux qui n'étaient pas encore partis en vacances et qui depuis des mois rêvaient de remplacer le Sula Blanc pétillant par du VRAI champagne, ont accouru. Las ! du champagne, seuls les early birds auront réussi à en avoir plus d'une coupe. La République fait des économies et ça se sent. Les petits fours eux aussi étaient au régime minceur et les pique-assiettes en auront été pour leur frais. A Hyderabad, nous n'avons pas de Consulat mais nous avons une Alliance Française qui travaille main dans la main (comme Mitterrand et Kohl sur une célèbre photo) avec le Goethe Zentrum. Cette collaboration Kulturelle donne régulièrement lieu à des concerts de jazz (pourquoi le jazz et pas la musique classique, aucune idée) et c'était le cas samedi. Après le cocktail tricolore, nous avons donc retrouvé nos amis allemands, belges, indiens pour communier de concert à cette soirée "Jazz Connect". Un trio composé d'un saxo soprano français, d'un pianiste allemand et d'un joueur de tablas indien illustrait parfaitement cette belle amitié entre nos peuples. Dommage, la salle de bal du Taj Krishna ne se prêtait guère à du free jazz plutôt confidentiel qu'on imaginait mieux au New Morning. Les lumières sont restées allumées tout le temps, les téléphones portables aussi, bref c'était le joyeux foutoir habituel des happenings à l'indienne. Bon, nous avons passé une bonne soirée quand même, il m'a juste manqué une chose : entendre la Marseillaise. D'autant que si on avait dû compter cette année sur l'équipe de France ...    

lundi 5 juillet 2010

M'am et son chauffeur

Vu de France, avoir son chauffeur peut sembler le comble du luxe. Quand on le vit au quotidien, la réalité est toute autre. D'abord, ce n'est pas un choix. Dans une grande ville de l'Inde, tentaculaire, sans aucune signalisation ou presque, et à la circulation anarchique, le chauffeur est une nécessité pour des raisons de sécurité. Ensuite, c'est bien plus qu'un chauffeur, c'est une personne clé qui rend tout un tas de services. Le nôtre, par exemple, nous a trouvé une femme de ménage et comme elle ne parle pas l'anglais, il sert d'intermédiaire. Nous avons mis près de deux mois à dénicher la perle rare. Ravinder, comme tout être humain, a ses qualités et ses défauts. A son crédit, il est honnête, fiable, ponctuel et  plutôt prudent. Que demander de plus à un chauffeur ? D'un naturel jovial, il ne sait pas quoi faire pour nous faire plaisir. Côté défauts, il est macho - comme quasiment tous les Indiens - têtu comme une mule et  a une fâcheuse tendance à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Chef de famille - au sens large du terme comme on peut l'être en Inde - je le soupçonne aussi de prodigalité mais après tout, ce n'est pas mon affaire. Avec "Sir" qu'il amène au bureau le matin et ramène le soir, ils s'entendent très bien, parfois un peu trop à mon goût. Il lui apprend le telugu, le fournit en cigarettes, café et mangues quand c'est la saison. Ils partagent le même barbier et sont même allés faire des poojas au temple ensemble. Avec moi, qui passe de nombreuses heures en sa compagnie, c'est différent. Il voue une véritable adoration à son ancienne "M'am", une Canadienne qu'il a conduite à droite et à gauche pendant deux ans, et il m'en parle sans arrêt. Rédhibitoire. Comme de nombreuses femmes d'expat, V., qui avait semble-t-il un train de vie qui n'est pas le mien, passait son temps en shopping. Pendant le premier mois, j'ai eu droit au pèlerinage : c'est là que V. achetait ses chaussures, ses sacs (!), ses tapis (!), qu'elle retrouvait ses copines pour déjeuner, allait faire son yoga. Le jour où j'ai demandé à Ravinder de me déposer chez mon coiffeur, et qu'il m'a conseillé d'aller plutôt chez celui de V., j'ai failli exploser. Rien de bien méchant, me direz-vous, mais bon sang qu'est-ce qu'il me tarde de rentrer chez moi pour retrouver ma petite Saxo !

lundi 21 juin 2010

Si ça fait pas d'bien, ça fait pas d'mal

En cette période où examens et concours sont le lot de nos jeunes, j'expliquais à mon chauffeur combien j'avais envie qu'ils réussissent. "No problem Sir, we got to go for pooja !"  me rétorqua alors Ravinder avec assurance. Ce que l'on peut traduire par "Ben, y'a qu'à aller faire des prières". Et nous voila partis tous les deux pour faire nos pooja au temple. D'abord, il faut choisir celui qui convient le mieux à la requête que vous voulez adresser au dieu, en  l'occurrence, le "Chilukuru Balaji Devastanu" qui assure "100 % guarantee, no failure and mandatory success" (on croirait une pub pour une école américaine). En route, Ravinder me demande si j'ai déjeuné, s'empressant d'ajouter, c'était veg au moins ? Là, je dois dire que je triche un peu, euh oui, Madam a juste fait une salade,  j'oublie de parler des fromages. Ça me rappelle les interdits de mon enfance chrétienne, ce que l'on pouvait ou ne pas manger avec de communier. Arrivés au temple, il faut se laver les pieds et  les mains, ensuite acheter ses offrandes, colliers de fleurs et noix de coco. Nous entrons dans le temple et restons d'abord en prière devant la statue de Vishnu que nous apercevons au loin. Petites pensées pour nos étudiants donc, pour les femmes de ma vie (Ppn, ma maman et Zuzu) et puis tant qu'on y est, pour la paix dans le monde. Et nous voila partis à marcher autour de la partie centrale du temple. Nous devons faire 11 tours quand le pèlerin normal en fait 109. Pourquoi ces nombres ?  J'imagine qu'il y a une signification mais Ravinder ne la connaît pas et je sens que je l'énerve un peu avec mes questions, donc tournons…. Comme 109, c'est plutôt difficile à compter dans sa tête, chaque pénitent a un petit carton avec autant de cases qu'il coche à chaque tour. Générations et classes sociales se mélangeant sans problèmes, on se bouscule, se pousse, se double, se marche sur les pieds, chacun tout à sa prière sans se préoccuper des autres, mais dans le calme et la ferveur. Très indien, quoi. De temps en temps un "Godiva" retentit, repris en chœur par tous les marcheurs. Après mes 11 tours, je reçois un point rouge sur le front - le tilak - et je vais casser ma noix de coco, ce que je fais en éclaboussant abondamment ma voisine. Puis, on pénètre dans le temple lui-même, prenant sa place dans une queue bien canalisée par des barrières, et on accède enfin à la statue de Vishnu recouverte de colliers de fleurs que l'on distingue à peine dans la pénombre. Deux prêtres sont là, l'un recueille les colliers de fleurs que vous apportez en offrande, l'autre vous verse dans la main  une cuillère d'eau (sainte ? bénite ?) que vous devez boire pour vous purifier de l'intérieur. A la sortie, on nous remet (en remerciement ?) quelques petits morceaux de sucre. Bien que je sois  allé au caté comme tous gamins des années 60, je n'ai jamais eu de croyance très profonde et comme tout ado des années 70, j'ai assez vite "décrété" que la religion était l'opium du peuple. Cependant j'ai toujours été intrigué – voire fasciné – par l'expression et l'intensité du visage de certains lorsqu'ils prient leur dieu, et cela quelque soit le dieu. Cette ferveur et cette piété sont très présentes dans ces temples où les rites qui nous sont assez incompréhensibles sont aussi ancestraux que ceux du monde chrétien et tout aussi respectables. Une chose cependant me frappe, c'est l'ouverture et la simplicité de la religion hindouiste. Il ne semble pas qu'une longue initiation soit nécessaire pour y participer et à aucun moment je ne me suis senti regardé de travers, j'étais là pour y faire mes pooja, comme les autres. Et cela me plaît bien …
Texte d'Éric AKA BrB, rewrité par Madam, euh ... Ppn

vendredi 18 juin 2010

Les hussards de la république

A notre arrivée à l'école publique de Maharajpet, le Directeur M. G. Kamal Singh,  s'est empressé de nous faire part des résultats obtenus par ses élèves aux examens de fin d'année. Le premier d'entre eux, avec un score de 515 sur 600, est arrivé en tête du classement des écoles du district. Alors que la rentrée s'était déroulée deux jours plus tôt (les grandes vacances en Andhra Pradesh sont de fin avril à mi-juin), nous nous sommes étonnés de voir autant de nouveaux élèves reconnaissables à ce qu'ils ne portent pas d'uniformes. M. Singh nous a alors expliqué que l'école privée du village ayant augmenté les frais d'inscription, de nombreux enfants qui l'avait rejointe ont refait le chemin inverse pour revenir à l'école d'état. Parallèlement, il avait reçu pour instruction de son ministre de tutelle de scolariser un maximum d'élèves des villages alentour. Avisant alors un ado dégingandé de treize ou quatorze ans, vêtu d'une chemisette usée et d'un pantalon à l'ourlet déchiré, il lui attrape le bras affectueusement et me le présente comme étant un "regular", un élève qui fréquente assidûment l'école, obtenant de bons résultats dans la plus haute classe, l'équivalent de notre troisième. Et M. Singh de m'expliquer qu'il avait dû enfourcher son cyclomoteur et parcourir avec les quatre kilomètres qui séparent l'école du village du garçon, pour parlementer avec ses parents afin qu'ils le laissent poursuivre ses études. En effet, si les parents ne renâclent pas trop à envoyer leurs enfants en bas âge à l'école, laquelle fait souvent office de garderie et leur garantit un repas quotidien, pour les plus grands, c'est une lutte perpétuelle. Scolarisés, ils représentent autant de bras en moins pour aider dans les champs ou garder les chèvres et les buffles. M. Singh fait un travail remarquable dans cette école ; il n'a en principe que la responsabilité des grandes classes, celles du collège mais en fait, il s'occupe aussi de la maternelle et du primaire car comme il  le dit lui-même, il investit sur l'avenir. Parmi les enseignants, certains sont payés par le gouvernement, d'autres par des particuliers comme nos amis Isabelle et Venkat ou Vincent. L'un d'entre eux a réussi ses examens et une  fois titularisé, a choisi de revenir enseigner l'anglais dans cette école. Je lui ai demandé s'il était content de ce retour et sa réponse a été un cri du cœur : "Je suis le plus heureux des hommes !" Une déclaration qui n'est pas sans rappeler le sacerdoce des premiers maîtres d'école d'une autre république...

samedi 12 juin 2010

Allô maman bobo

Je me réveille il y a quelques jours, n'entendant plus rien de mon oreille gauche. La perte d'un sens est toujours inquiétante surtout dans ce pays où celui qui est bon est souvent mis à mal. Donc nous voila partis, avec Ppn, ce samedi vers 13 h 30 à l'Apollo Clinic, qui soigne  entre autres, les maux de la communauté expat' du quartier et bien sûr ceux des autochtones. Le réceptionniste désolé nous dit que ce n'est pas le jour de l'ORL, mais que nous pouvons consulter un "regular doctor" pour peu que nous patientions, ledit docteur  étant sorti, mais devant revenir dans dix minutes. Nous nous asseyons donc dans une salle d'attente du genre de celles de la sécu dans les années 70, en se préparant à une attente d'une durée indéterminée. Eh bien non, après dix minutes, on nous introduit dans le cabinet d'un jeune toubib,  charmant de sa personne (désolé Ppn, c'est moi le malade). Une auscultation impeccable, des questions pertinentes et un diagnostic rassurant : ce n'est qu'un rhume et un canal bouché. Il me fait une ordonnance, après m'avoir expliqué qu'il m'a prescrit des inhalations (ah les bons vieux remèdes de nos grands-mères, voire de nos mères !). La consultation me coûte 300 roupies (même pas 5 euros). Nous passons à la pharmacie à l'étage en dessous prendre les médicaments. Là, le pharmacien, pour chacun des médicaments prescrits, me montre la boîte et en sort le nombre exact de pilules correspondant au traitement. Il va même jusqu'à découper avec des petits ciseaux les plaquettes. Pratique plutôt saine en fin de compte qui aiderait sûrement à combler le trou de la sécu (pourtant, en termes de trous, quand on voit l'état des routes ici, ils s'y connaissent). Et l'on paye, pour ce que l'on a, soit en l'occurrence 220 roupies (3 euros). A 14 h 15, nous voilà sortis et mon oreille reprend ses fonctions deux jours après. Au bilan : malgré une arrivée impromptue un samedi à 13 h 30, on sort soigné trois quarts d'heure après pour moins de 8 euros. Je pense qu'il y a de bonnes choses à prendre dans ces pays "en voie de développement". Et le pire, c'est que j'aurais pu me faire rembourser intégralement par la mutuelle de la boîte indienne pour laquelle je travaille…
PS : merci à Ppn de m'avoir laissé la main pour faire mon post !

vendredi 11 juin 2010

Dent pour dent

Avec l'arrogance qui caractérise les gens des pays occidentaux, nous nous imaginons que nous avons ce qu'il existe de mieux en matière de santé, et développons une méfiance instinctive à l'égard de ce qui se fait ailleurs. Avant de partir en Inde, je suis allée consulter mon médecin traitant, une baroudeuse de choc, qui ne m'a rien prescrit à emporter car selon elle je trouverais tout sur place, et vu la durée de notre séjour, nous nous immuniserions nous-mêmes le cas échéant. C'était frappé au coin du bon sens. A notre arrivée en Inde, force nous fut de constater que non seulement, on est aussi bien soigné que chez nous mais qu'en fait, on l'est souvent mieux et plus vite. Il m'est impossible de parler ici de protection sociale, et là n'est pas mon sujet. Je ne prétends parler que de ce que j'ai vécu. Premier exemple, devant rentrer en France en janvier pour une question de visa, je demandais à mon père un mois à l'avance de prendre un rendez-vous auprès de sa dentiste pour un détartrage. Manque de chance pour moi, en une semaine, elle me posa deux lapins ! Quand, dès mon retour, je me  suis finalement décidée à prendre un rendez-vous ici, mes copines m'ont prévenue : arrange-toi pour être libre l'après-midi car si tu appelles le matin, tu seras invitée à passer le jour-même. Et de fait, j'ai eu un rendez-vous immédiatement. Aucune différence notable dans ce premier contact, si ce n'est que j'ai dû me déchausser avant de rentrer dans le cabinet du praticien. Pour le reste, les soins étaient les mêmes, et l'homme de l'art, compétent et professionnel, m'en commenta les différentes étapes dans un anglais parfait. Chirurgien diplômé en cosmétique dentaire, il est agréé par plusieurs facultés étrangères et ses clients viennent parfois des Émirats se faire soigner pour pas cher. La séance m'a coûté 1200 Roupies (20 euros) que je ne me suis même pas fait rembourser. Je lui ai demandé par curiosité un devis pour un blanchiment des dents selon un procédé dont il a l'exclusivité (j'ai toujours rêvé d'avoir le sourire de Julia Roberts) ; à peine rentrée chez moi que sa secrétaire me l'avait envoyé par mail, et rappelé pour s'assurer que je l'avais bien reçu. Le dilemme, maintenant c'est qu'il va falloir choisir entre ça et un collier de perles (la spécialité d'Hyderabad). Je me tâte. Prochain billet : Éric va chez le médecin.   

mercredi 26 mai 2010

Bollywood, bouffe et boxon

Contrairement à chez nous où aller au cinéma procède souvent d'une envie de dernière minute, les Indiens s'y préparent à l'avance et s'en font une fête. Il faut d'abord réserver sa place, parfois plusieurs jours à l'avance pour la sortie des films événements. Pour cela, on doit se déplacer aux guichets ou, pour les plus modernes, réserver en ligne sur des sites comme BookMyShow.  Les places sont alors attribuées selon le principe de premier arrivé, premier servi, en remplissant la salle du haut vers le bas. Quand vous tentez quand même le coup de vous présenter sans réservation, vous vous retrouvez, comme Lilie et moi, au deuxième rang à droite, des décibels plein les oreilles, l'envie de vomir pendant certaines scènes d'action, et bien sûr un torticolis assuré surtout quand votre voisin de derrière vous tombe dessus en pleine séance (véridique). Mais bon, comme après plusieurs mois en Inde, on apprend la patience et la zen attitude, on finit par accepter des conditions que jamais, ô grand jamais, on n'aurait acceptées avant. Première différence, comme chacun est supposé avoir son ticket, contrôlé par des ouvreuses (ici plutôt des ouvreurs), l'installation prend au bas mot une demie heure après que le film a commencé. Autre sujet d'étonnement pour nous, la présence de familles entières, des grands-parents aux tout-petits, que le film soit violent ou pas. La notion d'interdiction aux mineurs ne semble pas exister, du moins à ma connaissance, pas plus que celle du baby-sitting. Quand on va au cinéma, on emmène mémé et le petit dernier encore dans ses langes. D'où, en plus du brouhaha des conversations, quelques hurlements ou vagissements. A mi-film, parfois bien amenée, parfois au beau milieu d'une scène cruciale, c'est l'entracte ou "intermission" comme l'affiche l'écran. Au retour, après les dix minutes de réinstallation de la salle, on a les odeurs en prime car tout le monde en a profité pour s'acheter son pot de pop corn ou mieux, son samosa. Pendant le film, les commentaires vont bon train, les répliques fusent et comme les Indiens sont souvent très pudiques, certaines scènes d'amour sont couvertes par de grands éclats de rire. Et encore, je ne connais pas les petits cinémas de quartier ou paraît-il, les spectateurs du balcon invectivent ceux du parterre et vice-versa ! Enfin, quand la séance est sur le point de s'achever et que vous êtes plongé dans la dernière scène de ce grand-film-d'amour-qui-finit-mal, vous constatez éberlué que vos voisins sont déjà tous debout et se dirigent vers la sortie ! Quand je pense qu'en France, je râle quand on me cache le générique ...     

mardi 25 mai 2010

C'était la dernière séance

La veille du départ de Lilie d'Hyderabad, nous avions décidé de nous faire une toile. C'est vrai que depuis 6 mois que j'habite ici et malgré mon engouement pour les films de Bollywood et tous les potins qui vont avec, je n'en avais pas encore pas eu l'occasion. Nous avons donc opté pour la séance de midi d'un grand cinéma de Jubilee Hills qui entre parenthèses, n'a rien à envier à nos multiplexes. Nous étions un vendredi, jour de sortie des nouveaux films et ce vendredi-là, du très attendu "Kites" avec le sublimissime Hrithik Roshan. Il faut dire que Hrithik, le chéri des  teen-agers en leggings et de leurs mères en sari, c'est un peu un croisement entre Alain Delon période "La Piscine" et Sylvester Stalone. On a toutes envie de se plonger dans ses yeux verts et encore, les photos ne lui rendent pas hommage, il est beaucoup plus sexy quand il bouge. L'actrice principale n'est pas mal non plus, c'est une superbe belle plante mexicaine dont on se demande comment elle n'a pas encore été repérée par Hollywood, je la verrais bien dans le prochain James Bond, mais bon, ce que j'en dis... Elle s'appelle Barbara Mori et entre nos Romeo et Juliette, les scènes d'amour sont torrides. Le film a d'ailleurs déclenché une polémique en Inde car jugé trop "hot" par les ligues bien pensantes. Il faut préciser ici que jusqu'à très récemment, les héros Bollywoodiens ne s'embrassaient pas sur les lèvres et  mimaient encore moins l'acte sexuel, le comble de l'érotisme étant de danser un pas de deux avec des poses parfois suggestives.  Quant aux scénaristes, ils avaient dû étudier Corneille ou Shakespeare à l'école  car  le plus souvent, ils mettaient en scène des amoureux contrariés par un père intraitable ou un cruel rival. Dans Kites, les amants sont tout aussi malmenés mais cette fois par de très méchants sur fond de casino à Las Vegas, de sorte qu'on est plus près du blockbuster efficace à l'américaine que du masala movie. L'avantage pour nous de ce genre de film c'est qu'entre action et passion, on arrive à comprendre facilement, même si les dialogues sont un tiers en hindi, un tiers en anglais, et un tiers en ... espagnol et tout ça, bien sûr sans sous-titres ! J'avais prévu de parler de l'ambiance dans la salle mais cela fera l'objet d'un second billet. So long ! Hasta luego ! Namskaar !      

vendredi 12 février 2010

Faim d'apprendre

Quand notre nouvelle amie Isabelle nous a proposé de nous emmener visiter une école de campagne, j'étais loin de m'attendre à ce que j'allais trouver. Après quarante minutes de petites routes au milieu de rizières et autres paysages bucoliques, nous avons pris un petit chemin cahoteux et traversé un ou deux villages très pauvres avant de découvrir l'école. Deux ou trois bâtiments délabrés, un projet de chantier d'agrandissement commencé il y a deux ans et jamais terminé, et dans la cour, quelques arbres plantés par une équipe de volontaires mais qui ne donneront pas d'ombre de sitôt. La Maharajpet Government School, c'est son nom, est en fait un établissement scolaire qui regroupe 10 classes de la petite maternelle à la seconde. Le principal nous attendait, prévenu à la dernière minute de notre visite, sinon les écoliers auraient préparé notre accueil en grandes pompes ce qui aurait perturbé leur travail. Isabelle, en bonne ancienne instit qu'elle est, veille à ce que pour ses protégés, apprendre reste la priorité. Le plus triste, ce sont les tout-petits. Leur maîtresse fait de la garderie, d'ailleurs elle s'est précipitée dans la classe quand nous sommes arrivés. Ils jouent à même le sol battu ou sur quelques tapis usés jusqu'à la corde avec un ballon, quelques jouets ou des ardoises apportés par d'autres avant nous. Quand j'ai demandé naïvement à Isabelle pourquoi ils étaient là dans ces conditions, elle m'a répondu avec sa franchise habituelle : "Ben, pour manger !" Le gouvernement Indien veut combattre l'analphabétisme dans les campagnes et fournit les repas. Ainsi, les parents mettent leurs enfants à l'école dès leur plus jeune âge, et ils y prennent goût et font tout pour y rester. La plupart des plus grands, en primaire, étaient assis en tailleur à même le sol, seuls les grands du collège avaient droit à des tables et des chaises, souvent suite à un projet de soutien. La cuisine est tenue par un couple qui vit sur place et on se demande comment il fait pour servir 250 repas par jour avec juste un énorme faîtout sur un réchaud au gaz, dans des conditions d'hygiène et de confort plus que sommaires. Un des projets de rénovation de l'école, raison de notre visite, est de réhabiliter la cuisine. L'été dernier, des étudiants de Glasgow ont passé tout leur été à construire des toilettes dans la cour. Le plus cocasse, si on avait le cœur à rire, c'est la salle informatique. Le gouvernement a fourni une quinzaine d'ordinateurs que les jeunes Ecossais ont installés lors de leur séjour, oui mais voilà, dans les campagnes il n'y a pas d'électricité de 9 heures à 18 heures ! Qu'à cela ne tienne, des cours sont quand même organisés de 8 à 9 et les gamins viennent à pied, de très loin parfois, pour ne pas les manquer. Un générateur serait la solution mais il faudrait 50 roupies par heure (75 centimes d'euro) pour le faire marcher et l'école n'a pas de budget. D'après Isabelle, cette situation n'a rien d'unique, elle concerne toutes les écoles publiques de l'état et même de l'Inde toute entière. On ne ressort pas indemne d'une visite comme celle-là mais ce qui émerge de ce trop plein d'émotions, c'est le sourire de ces enfants, leur envie d'apprendre et leur fierté de nous la faire partager...

lundi 8 février 2010

Ma vie de princesse

L'une de mes copines est une sacrée petite futée. Non seulement, elle sait analyser une situation ou jauger une personne avec beaucoup de perspicacité mais elle a aussi un sens inné des formules. Quand mon mari a décidé de louer un studio non loin de la maison pour s'en faire un labo photo, elle lui a finement fait remarquer : "En somme, c'est ta cabane". Là, nous étions invités chez elle et son compagnon qui fait le même métier que mon mari, et nous évoquions notre vie d'expat. Comme je lui demandais si elle n'était pas tentée par l'aventure, elle me répondit tout à trac : "Quoi, tu veux dire vivre une vie de princesse ?". Ca m'a fait sourire et c'est vrai qu'à bien des égards, je vis en ce moment un conte de fée. D'ailleurs, je m'en suis aperçue pendant ces deux semaines en France où tous mes soucis sont revenus me hanter alors que quand je suis ici, je n'y pense presque pas. Ce pays me fait vraiment de l'effet, ce dont j'étais loin de me douter quand j'ai choisi le nom de mon nouveau blog. Cela pourrait devenir un problème à terme, et j'ai parfois l'impression que je pourrais lasser avec mes évocations d'un ciel toujours bleu, d'un climat clément la plupart du temps, d'une vie oisive et de préoccupations de nantis comme celle de trouver un chauffeur sachant parler anglais ... Pourtant, en cherchant bien, tout n'est pas rose (indien) dans cette vie de rêve. Tenez, en ce moment même, j'écris parce que j'ai été réveillée à une heure du matin par une meute de chiens qui hurlaient à la lune en se répondant comme dans les 101 dalmatiens. Impossible de me rendormir car pendant mon premier sommeil, j'ai servi de festin à une horde de moustiques et tout en tapant sur mon clavier, je me gratte furieusement. Dans quelques heures, le muezzin va nous appeler à la première prière, celle de 5 heures du matin. Je ne suis pas plus concernée que la plupart de mes voisins qui sont hindouistes mais comme dit mon petit mari, c'est à ça qu'on voit que l'Inde est un pays tolérant, quand une toute petite minorité empêche la majorité de dormir (je vous sers la version "soft"). Quand j'aurai malgré tout réussi à gagner quelques heures de repos, nos voisins vont se lever et dire qu'ils sont bruyants est un euphémisme. D'abord, les fenêtres des salles de bain ne ferment pas, elles sont juste faites de lamelles de verre à claire-voie. L'indien moyen ne se lave pas les dents comme vous et moi, non, il se racle la gorge pendant vingt minutes au bas mot, en expectorant de façon si poussée qu'au début on le croit atteint d'une tuberculose en phase terminale. Ensuite, le petit dernier de la famille va pousser des cris stridents si effrayants qu'on se demande d'abord si on n'est pas en présence de cas de maltraitance caractérisée. La première fois, j'allais appeler la DDASS locale quand on m'a dit que jusqu'à deux ans, l'enfant indien est un enfant-roi qu'on ne contredit jamais. Son seul mode d'expression ce sont donc ces hurlements à vous fendre l'âme. Au bout de quelques jours, toute pitié a disparu, et vous le jetteriez bien par la fenêtre. Enfin, si j'écris à cette heure de la nuit, c'est parce que tous les matins, à l'instant précis où l'on meurt d'envie d'une tasse de café et d'aller lire ses messages, toutes les prises (mais pas forcément les éclairages) connaissent une coupure d'électricité. Alors, elle est pas belle ma vie de princesse ?

vendredi 5 février 2010

Heureux qui comme Ulysse

Voyager c'est bien, arriver c'est mieux. Nous venons de poser nos bagages dans notre home sweet home Indien, 48 heures après avoir donné un tour de clé à notre appartement rennais. 48 heures qui m'ont paru le double. Nous avons d'abord pris le TGV jusqu'à Montparnasse, un jour de grève SNCF, mais bon, on a eu de la chance, notre train était bien en partance. De là, métro jusqu'au service des visas de l'Ambassade de l'Inde où nos précieux sésames nous attendaient. Un an de validité, il ne nous reste plus qu'à demander sous quinzaine notre permis de résident et nous serons enfin de vrais expats ! Retour à Montparnasse pour attraper un car Air France qui en une heure (deux fois moins qu'à l'aller) nous a conduits à notre hôtel de Roissy-Pôle. Dernier repas français (petit salé aux lentilles pour moi et magret de canard pour Eric !) avant une nuit dans une de ces chambres passe-partout propres à ce genre d'hôtel. Le lendemain, départ matinal pour Charles-de-Gaulle, aérogare 2B. Joyeuse pagaille à l'enregistrement du vol pour Mumbai, pour un peu on se serait déjà cru en Inde... Enfin, après d'interminables formalités de police, nous embarquons à peu près à l'heure et prenons place à bord de l'Airbus d'Air France plein comme un oeuf. En classe éco, quand la cabine est bondée, on n'a pas beaucoup de place mais heureusement, la vidéo embarquée aide à passer le temps. Huit heures, un dîner, une collation, trois films et deux épisodes de Desperate Housewives plus tard, nous débarquons enfin à Mumbai. A nouveau une queue en serpentin pour présenter passeports et visas à de sourcilleux et moustachus policiers. A chaque fois, je note le regard interloqué du préposé à la PAF à la vue de mon passeport. Sur la photo, je ressemble à une réfugiée mexicaine de Tijuana et j'attends avec impatience celui qui me dira : "Vous êtes mieux au naturel, Madame." Là, nous sommes arrivés dans la partie internationale et nous devons récupérer nos valises. Ceux qui voyagent connaissent l'appréhension qui vous gagne quand la gueule béante au-dessus du tapis roulant tarde à recracher vos bagages. Enfin, le compte est bon, il ne reste plus qu'à attendre une demie-heure la navette qui en une vingtaine de minutes nous déposera à l'aéroport national. Il est 1 heure 30 du matin à Mumbai (21 heures à Paris) et il nous faut attendre jusqu'à 6h30 le départ du vol domestique. Re-passage de la sécurité (en Inde, les femmes sont séparées des hommes et contrairement aux toilettes, c'est un avantage car on est moins nombreuses) et enfin, l'enregistrement pour Hyderabad. Et là, surprise, le bus de piste refait exactement le même trajet en sens inverse que celui que l'on a fait avec la navette au début de la nuit ! Vingt minutes après, nous voilà enfin à bord d'un Boeing 737-300 aussi spacieux que l'Airbus d'Air France pour "seulement" une heure trente. Le sommeil aide à passer cette dernière étape en douceur. A l'arrivée, il ne nous reste plus qu'à attendre nos valises, repérer notre chauffeur et regagner nos pénates en quarante minutes. On se sent sale, vasouillard, vaguement nauséeux, mais content d'être arrivé à bon port. Le prochain qui dit que les voyages forment la jeunesse ...

mardi 19 janvier 2010

La meilleure façon de Hasher

On peut toujours compter sur les Britanniques pour associer sport et convivialité, sans oublier bien sûr, la troisième mi-temps. En 1938, un groupe d'officiers de sa Très Gracieuse Majesté en cantonnement en Malaisie, eurent l'idée de visiter le pays où ils étaient contraints de stationner ... en courant. Ils lancèrent donc une course où deux "lièvres" (en anglais hares) devaient marquer un parcours de reconnaissance - en y glissant quelque fausses pistes - avant d'être rattrapés par la meute (hounds). Le Hash House Harriers ou HHH ou plus simplement, Hash (rien à voir avec la substance illicite, quoique), était né. Comme c'était l'époque où le soleil ne se couchait jamais sur l'Empire Britannique, nos vaillants tommies essaimèrent dans toute l'Asie du Sud Est, en Australie et bien sûr, en Inde. Dimanche dernier, nous avons donc été intronisés par le Hash de Hyderabad. De nos jours, quelques aménagements ont été pratiqués même si l'esprit reste le même. Nous sommes partis en convoi d'Hyderabad à une dizaine de voitures, direction le nord ouest de l'état, à la frontière avec le Karnataka où se trouve la ville historique de Bidar. Là, chacun pouvait choisir de courir ou de marcher. Des familles avec quelques enfants en bas âge étaient même de la balade. Le parcours des joggeurs était de 13 km, celui des marcheurs de 7,5, ce qui n'est déjà pas une sinécure car le temps que nous arrivions tous sur place et que la caravane se mette en route, le soleil était déjà à son zénith. On a beau être en hiver, en plein midi, il fait vite 28 à 30°. Le but de la randonnée était le fort de Bidar, une citadelle en pierre rouge datant du XVè siècle. Et bien sûr, avant d'atteindre le lieu de rassemblement, il a encore fallu grimper une volée de marches de 40 cm de hauteur. Finalement, tout le monde est arrivé à bon port, les lièvres, la meute et ... les bières. Car pour vous donner une idée de ce qui s'en est suivi, la devise du Hash d'Hyderabad, c'est : "Drinking People with a Running Problem". Éric et moi ainsi que deux autres Français, une Iranienne, un Gallois et deux Anglais avons ensuite été intronisés nouveaux "hashers". Le Grand Maître nous a demandé de nous présenter et nous avons eu droit à une chanson d'accueil différente selon notre pays, chanson paillarde, bien entendu. Puis sur l'injonction "down, down, down", l'équivalent de notre "et glou, et glou, et glou", nous avons dû boire notre godet de bière d'une traite en nous versant les dernières gouttes sur la tête. Un baptême païen en quelque sorte...

lundi 11 janvier 2010

Diva

L'auditorium du Marriott était plein à craquer lorsqu'elle a fait son entrée. Je n'ai pas une âme de groupie, loin s'en faut, mais je suis immédiatement tombée sous le charme. Une voix puissante - et elle a de qui tenir, sa mère est un grand nom du jazz -, une présence, de l'humour et une élégance... J'ai adoré la petite robe noire chiquissime, le chignon très années 50 et même les boots dorés à talons aiguilles. Elle était servie par un trio de musiciens très pros, autant que je puisse en juger, un pianiste, un contrebassiste et un batteur. Pendant près de deux heures, la salle entière était électrisée et c'est avec bonheur que nous avons fini debout pour entonner "Happy Birthday to You" à la dame qui fêtait son anniversaire ce soir-là, au tout début de sa tournée en Inde. Le lendemain, nous étions, Eric, notre chauffeur et moi à l'hôtel pour faire découvrir à l'artiste et ses musiciens la ville. Elle est arrivée à la dernière minute, est montée dans la voiture sans dire bonjour ni chercher à savoir qui nous étions, et a ordonné à notre chauffeur de couper la clim qu'elle ne supportait pas. Nous étions cinq dans la voiture, personne n'a pipé mot, le ton était donné. Plus tard, elle a continué à imposer son tempo, nous obligeant à sauter le déjeuner car elle n'avait pas faim, puis se perdant avec son ingénieur du son dans le bazar, nous contraignant à l'attendre une demie-heure dans la chaleur, le bruit, et l'estomac vide. Pour finir, nous l'avons abandonnée dans la vieille ville et continué le programme de la visite avec ses musiciens, l'un d'eux lui indiquant de temps en temps le but de notre prochaine étape. J'avoue qu'elle ne m'a pas manquée et que nous avons passé une excellente après-midi avec des gens simples, intéressants et curieux de cette ville qu'ils découvraient. L'Alliance Française nous avait aussi adjoint deux jeunes étudiants Indiens et le petit groupe que nous formions, après un démarrage laborieux, s'est finalement très bien passé de la diva et de ses caprices. Nous avons ramené les musiciens au Marriott, ils ont gratifié notre chauffeur d'un généreux pourboire quand nous leur avons expliqué qu'il n'était pas censé travailler un dimanche, nous ont offert un verre au bar de l'hôtel en nous remerciant chaleureusement. Quant à la diva, quand elle s'est enfin décidée à nous rejoindre, elle nous a ostensiblement snobés en montant dans la deuxième voiture et a filé directement dans sa chambre pour prendre un bain. Elle ne nous a pas dit au revoir, de toute façon, elle ne nous avait pas dit bonjour non plus. Pour elle, nous n'aurons été le temps d'une journée que deux passables météorites dans son firmament étoilé. Et pour moi, la preuve que certains artistes ne gagnent rien à être connus en tant que personne.

dimanche 27 décembre 2009

Noël au balcon

Vivre Noël en été, c'est vraiment... magique. Même si nous n'étions que tous les trois, même si des êtres chers à mon cœur restés en France me manquaient en ce jour plus que d'autres, ce Noël restera imprimé longtemps dans ma mémoire. Nous n'avons pas pu réveillonner à l'extérieur comme prévu, à cause du bandh décrété le matin même par le gouvernement de l'Andhra Pradesh. Le bandh est un mot hindi intraduisible, une sorte de couvre-feu qui réduit les déplacements et oblige les magasins, les écoles et les administrations à fermer pendant les périodes de trouble politique. En l'occurrence, à l'annonce d'une suspension dans le processus d'autonomie du Telengana décidée par l'assemblée d'Andhra Pradesh, des sympathisants de la cause indépendantiste s'étaient remis mercredi soir à casser des voitures et à brûler des bus. J'ai peut-être pêché par excès de prudence, Eric et Zuzu étaient prêts eux à prendre le risque de sortir, quitte à rebrousser chemin, mais j'ai lu trop de livres sur le sujet pour avoir envie qu'on se retrouve pris dans une émeute en Inde... Bref, nous avons réveillonné "chez nous". Au menu, champagne, foie gras, bourgogne, saucisson et Brie qu'Eric venait juste de rapporter de France dans sa valise diplomatique personnelle. Et pour finir, des délicieux gâteaux de notre colis de Noël allemand (merci Lena !). Nous avons même entonné des cantiques (et quelques chansons paillardes), et je crois pouvoir affirmer que ce soir-là, nous avons fait plus de bruit que nos voisins Indiens, ce qui n'est pas peu dire ! Le 25, nous sommes allés "bruncher" à l'Ista, l'hôtel magnifique où nous avions passé nos trois premières semaines à Hyderabad. Champagne indien (pas mauvais, ma foi) à volonté, un buffet de rêve aux influences culinaires très variées, des pâtisseries à faire pâlir Le Nôtre, et un café pour finir (un vrai, un noir, pas cette lavasse avec nuage de lait, réminiscence de l'ère britannique, que l'on nous sert d'habitude). Le Père Noël était là, la presse people aussi (!), nous avons même posé avec le Directeur de l'hôtel et son chef. Cerise sur le gâteau, pour nous remettre de ces riches agapes, nous avons eu la piscine de l'hôtel pour nous tous seuls ! Les Indiens se baignent très rarement, les rares expats devaient avoir mieux à faire, autant dire que nous étions comme trois coqs en pâte. Euh, pardon, deux petite poules et un coq français.

samedi 19 décembre 2009

You and I

Merci à ceux et celles qui se sont inquiétés de mon absence mais j'étais partie à Goa pendant une petite semaine pendant qu'Eric rentrait se geler en France pour renouveler son visa... A la demande générale, voici le lien avec l'article dont j'ai parlé dans mon précédent billet. C'est en page 10. Soyez patient, le chargement est un peu long. Quant à savoir où je suis dans la page, un indice : je suis la seule à ne pas avoir remarqué qu'il faisait chaud dans la salle ... Et quant à Lilie in the valley, notre chroniqueuse de la politique locale, elle est tout sourire à côté de moi. Promis, j'ai un ou plusieurs billet(s) sur Goa en gestation et, en attendant, vous pouvez aller jeter un coup d'oeil aux photos qui défilent sur la droite avec enfin, des commentaires !