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mercredi 29 septembre 2010

Partir c'est mourir un peu

A quelques heures de m'éloigner de l'Inde, valise bouclée, sac de voyage vérifié à maintes reprises, je réfléchis à ce dernier billet. Le 56è depuis que je suis arrivée ici. L'occasion de vous remercier, lecteurs fidèles ou de passage, de m'avoir suivie dans ce voyage et de m'avoir  souvent encouragée par vos commentaires. L'occasion de remercier aussi mon compagnon de route et de vie, Éric, mon premier lecteur, dont les critiques souvent fondées me permettent d'être encore plus exigeante. Outre sa participation à ce blog à travers deux ou trois billets, je lui dois les belles photos qui ont souvent illustré ces lignes. Je ne vais pas tourner définitivement la page de L'Effet Indien, j'ai encore quelques sujets en réserve mais je ne posterai plus d'ici, de cet endroit du monde qui ne m'attirait pas, pour lequel j'avais tant de réserves et qui en moins d'un an m'a tant donné. Ces dix mois ont été riches en découvertes, ces "pérégrinations" que j'ai essayé de vous faire partager, et c'est donc à un dernier voyage que je vous invite. Bénarès, comme on disait dans les années post-soixante huitardes, Vârânâsi, comme elle s'appelle maintenant, reste LA ville dont on ne revient pas intact. Même les plus blasés des routards de l'Inde ne peuvent rester indifférents à la magie de cette ville mystique, paradoxale, extrême. Ames sensibles s'abstenir. Voir le lever du soleil sur les ghats à 5 heures du matin restera un moment fort de mon année indienne. Les couleurs, du Gange, de la pierre rose, des saris des femmes, la ferveur des pèlerins qui viennent se purifier de leurs péchés dans le fleuve sacré, voilà pour le côté pile. Et côté face, la saleté des rues, les odeurs qui vous étreignent et vous font suffoquer, ces enfants qui mendient ou jouent les rabatteurs pour vous faire entrer dans une échoppe attrape-touristes... Et surtout les crémations.  Plus de 300 par jour. Car on vient mourir à Bénarès, pour renaître du ventre de la Mère Ganga, pour échapper au cycle inéluctable de la réincarnation, pour atteindre le Nirvana. Seuls les hommes saints, les femmes enceintes, les enfants de moins de 12 ans, les lépreux et les animaux échappent au bûcher. Alors quand au coucher du soleil, depuis la terrasse de notre guesthouse surplombant le Gange on aperçoit un cadavre flotter, on se dit que décidément, l'Inde n'en a pas fini de nous surprendre ... 

jeudi 16 septembre 2010

Lire l'Inde

Avant de venir en Inde, mes seules lectures à propos de ce pays  s'étaient limitées à "Cette nuit la liberté" de Lapierre et Collins ou "La cité de la joie" du même Dominique Lapierre. J'en avais retiré une vision d'une Inde mystique, miséreuse et violente.  Je dois à mon amie Bérangère de m'avoir ouvert de nouveaux horizons. A mon tour de vous faire partager mes coups de cœur.  Le Lapierre et Collins reste une référence pour comprendre l'Inde ou plutôt les Indes du temps du Raj, l'Empire Britannique, et de ses excentriques maharajahs mais surtout  il raconte l'épopée de l'indépendance et  la douloureuse partition avec le Pakistan. L'une des plus belles histoires que j'ai lues est "Ma sœur, mon amour" de C. Banerjee Divakurani ou le destin croisé de deux cousines élevées comme des sœurs à Calcutta, avec le poids des traditions en toile de fond. "L'équilibre du monde" de R. Mistry est aussi une histoire de personnages qui se croisent et partagent pendant un très court moment un peu de bonheur. Pour le reste, c'est un livre désespéré mais magnifique. "L'émeute" de Shashi Taroor part d'un fait divers et débouche sur une description des problèmes inter-communautaires qui marquent la société indienne. Malgré son nom, "Jour de pluie à Madras" se passe essentiellement dans la vieille ville d'Hyderabad et il y est encore question de mariage arrangé, de tolérance, et de heurts entre Hindous et Musulmans mais cette fois, du point de vue de ces derniers. Amitav Ghosh est un grand écrivain Bengali très prolixe dont la lecture des romans ne déçoit jamais. J'ai un faible pour "Le pays des marées", une histoire originale qui a pour cadre les Sundarbans, une nature sauvage à l'embouchure du Gange et du Bramapoutre où vont se croiser trois personnages qui vont vivre une belle histoire d'amour. "Le Tigre blanc" est un livre récent, cynique et édifiant sur la société moderne indienne. A déconseiller à ceux qui ont un chauffeur ...  "Meurtre dans un jardin indien" est l'adaptation française de "Six suspects" que je lis en ce moment. Un suspense haletant, des personnages truculents, une plongée dans la corruption des élites, grinçant et drôle. Un régal. Enfin pour les amateurs de BD, à signaler la série "India Dreams" dont on m'a dit le plus grand bien. Et pour terminer, en vrac : "L'Inde où j'ai vécu" d'Alexandra David-Néel, "Chaleur et poussière" de Ruth Prawer Jhabvala, "La Splendeur du silence" de Indu Sundaresan, "Le Dieu des Petis riens" d'Arundhati Roy et "Les Versets sataniques" de Salman Rushdie (acheté mais pas encore lu). Et vous, vos "must read" sur l'Inde ?

lundi 13 septembre 2010

Eat, pray, love

Dans quel autre pays que l'Inde peut-on rencontrer quatre communautés qui  célèbrent au même moment une fête religieuse différente et d'égale importance ? Par le hasard des calendriers solaire et lunaire, ce week-end, les Musulmans fêtaient l'Eid* et rompaient leur jeûne entamé un mois plus tôt avec le début de Ramzam*, tandis que les Hindous s'apprêtaient à lancer les festivités de Ganpati, en l'honneur du Dieu Ganesh. De leur côté, à Mumbai (Bombay) où nous nous trouvions, les Jains convergeaient vers leurs derasars pour le dernier jour de Paryushan tandis que les Chrétiens du quartier de Bandra célébraient le Dimanche de la Nativité. Dans un pays où les tensions intercommunautaires peuvent parfois donner lieu à des affrontements et à des violences, pendant ces deux jours, nous nous sommes promenés dans des avenues vidées de la circulation habituellement folle de Mumbai, croisant des groupes de pèlerins de toute confession se rendant en procession d'un coin à l'autre de la ville.  Alors que la mousson n'est pas terminée, nous avons été bénis des Dieux  (3 millions, pour une fois le pluriel a un sens) profitant d'un temps magnifique pour arpenter les rues, les bazars et la  promenade qui borde l'Océan Indien. De temps en temps,  nous tombions sur un petit temple éphémère - un mandal - érigé pour la circonstance au pied d'immeubles, de bureaux ou dans un marché, par les habitants, collègues ou membres d'une corporation. En soulevant un rideau, nous  nous retrouvions face à un autel dédié au dieu-éléphant auquel hommes, femmes et enfants venaient offrir poojas et friandises. Évidemment, chaque mandal rivalisait de couleurs, décorations, illuminations et offrandes avec son voisin. Comme souvent en Inde, nous avons été frappés par la gentillesse des gens qui nous invitaient à nous joindre à eux tels ces pompiers si fiers de nous présenter leur Ganesh et de poser devant. Dimanche prochain, les festivités de Ganesh Chaturti se concluront par l'immersion d'innombrables représentations du dieu-éléphant dans la mer mais nous nous serons alors à Hyderabad, sur les rives du Lac Hussain Sagar. 
* L'Aid et le Ramadan se disent "Eid" et "Ramzam" en Inde.    

mardi 24 août 2010

La faucille et le goupillon

Le Kerala, au sud-ouest de l'Inde, a la particularité d'avoir élu un gouvernement communiste dès 1957 et reste encore ancré à gauche.  L'Inde n'étant jamais à un paradoxe près, c'est aussi un des états qui compte le plus de chrétiens, 20 % environ. Stable politiquement, le Kerala est le bon élève de l'Inde : meilleur taux d'alphabétisation (91% contre 74% pour l'ensemble du pays), meilleure espérance de vie (73 ans contre 62), il est aussi celui où les femmes sont plus nombreuses que les hommes ! Le couple qui nous a accueillis chez eux lors du week-end de la Fête de l'Indépendance en est assez  représentatif. Catholiques, leur jolie maison kéralaise vieille de 150 ans et qui avec eux, abrite la 5ème génération, est remplie d'autels, de tableaux de saints dont St Crispin, le saint patron italien du maître des lieux. Sa femme, Soni, est institutrice laïque, et voue une adoration à la Vierge Marie. J'avais très envie d'assister à une messe en Inde depuis notre arrivée, pouvais-je rêver mieux que celle du 15 août ? C'est ainsi que ma copine Bev et moi nous sommes retrouvées en ce dimanche de l'Assomption, cheminant avec Soni vers l'église St John, paroisse de nos hôtes. Blanche à l'extérieur, et rose à l'intérieur, pas de doute, on est en Inde. Dès que j'ai pénétré dans la nef, je me suis revue petite fille au Pays Basque. Les hommes sont assis à gauche de l'autel, les femmes à droite, et les enfants occupent les premiers rangs. Chaque femme a la tête couverte de sa dupatta, et j'ai béni mon intuition qui m'avait fait prendre la mienne. Le prêtre était jeune, portant de même que les enfants de chœur la chasuble et le surplis comme les curés avant Vatican II chez nous. Je m'attendais à un office interminable, il n'en fut rien, et même si la messe était célébrée en malayalam, je n'ai eu aucun mal à la suivre. A une exception près, l'homélie a duré vingt minutes et ressemblait fort à une harangue. Sur le chemin du retour, Soni l'a commentée pour nous. Elle portait sur les noces de Cana, prétexte à rappeler que les enfants doivent obéissance et respect à leurs parents, sur la résurrection de Marie, et sur la "disparition" de Gandhi au moment de l'Indépendance ... Preuve que même à l'église, la politique n'est jamais loin au Kerala.         

mardi 17 août 2010

Rame, rame, rameurs, ramez

Voir 60 bateaux s'élancer sur la ligne de départ dont 19 snake boats, ces bateaux-serpents menés à la force des poignets par 115 rameurs, c'est ce que nous étions venus chercher ce samedi 14 août en assistant à la Nehru Trophy Boat Race qui se tient chaque année dans le Kerala. Et nous n'avons pas été déçus. Le départ de la course était prévu à 14 heures, détail que nous ignorions lorsque nous avons pris place à bord du bateau de notre hôte Crispin, à ... 8h30 du matin. Bien sûr, le temps que notre groupe composé d'une douzaine d'Indiens (mâles uniquement) et de deux couples de Français s'installe, que les gamelles de chapattis, de curry et autres plats roboratifs que nos amis ingurgitent au petit-déjeuner soient chargés, nous sommes partis une heure plus tard.  La joyeuse bande a alors attaqué son premier todhi, un infâme tord-boyaux à base de jus de canne fermenté dans lequel nous avons trempé nos lèvres par politesse.  Après une très jolie balade au milieu des backwaters, ces canaux qui quadrillent le Kerala, nous avons traversé le lac Punnamada pour arriver à l'endroit d'où nous allions suivre la course. Nous avions quatre heures à tuer et je regrettai de ne pas avoir pris un livre quand j'ai noté que comme toujours en Inde, le spectacle est autant dans l'événement que dans le public. Les bateaux et les houseboats se sont enchevêtrés les uns dans les autres, le tout dans la bonne humeur et la convivialité, chacun circulant d'un pont à l'autre pour partager blagues, paris, et toutes sortes d'alcools. Il faisait très chaud et nombreux sont ceux qui se sont retrouvés à la baille, volontairement ou pas. Enfin, la compétition a commencé et, un peu comme pour le Tour de France, on avait attendu des heures pour voir passer les coureurs en quelques minutes. Il est à noter que dans cet univers très macho,  quatre bateaux de femmes avaient réussi à s'aligner au départ de la course (bravo les filles !). La finale a donné lieu à une explosion de joie chez nos amis quand leur champion, le Kumarakom Town Boat Club, a gagné le trophée arraché au Jesus Boat Club (!) et remis par la Présidente de l'Inde* (eh oui, c'est une présidente) en personne. Il paraît que le snake boat vainqueur s'appelle le Jawahar, un bon présage comme l'a fait remarquer Crispin pour gagner le Nehru Trophy ...
* Ms Prathiba Patil est la Présidente de l'Inde depuis 3 ans.

mardi 29 juin 2010

Un jour mon prince viendra

En débarquant en Inde, parmi les fantasmes que je nourrissais à l'égard de ce pays, je rêvais de rencontrer ... un maharajah. Un vrai, en chair en os, peut-être enturbanné, portant le sherwani avec élégance, et des pierres précieuses à chaque doigt. Et bien, c'est fait ! Hier, nous avons pris notre breakfast à la table d'à côté du maharajah de M.* Pour planter le décor, nous étions ce week-end à Ooty. Udhagamandalam, ou Ootacamund, ou Ooty (prononcer : outi) pour les intimes, est un peu à l'Inde du Sud ce que sont Simla ou Mussoorie à l'Inde du Nord : un havre de fraîcheur pendant les grosses chaleurs. A l'époque du Raj Britannique, ces messieurs de Bombay y avaient leurs résidences secondaires, leurs parcs, leur clubs et leurs hippodromes. De nos jours, c'est une station climatique de montagne (2200 m d'altitude) qui reçoit les familles aisées de Mumbai d'avril à mai. Un de nos amis nous avait parlé d'une très belle demeure du 19è transformée en hôtel, et nous avions décidé d'y séjourner. Ce que nous ignorions c'est qu'elle est toujours la résidence d'été d'un authentique maharajah et qu'à peine étions-nous en train de regarder attentivement les photos anciennes recouvrant les murs que nous apprenions que ledit maharajah était attendu pour le week-end. Mon cœur de midinette nourri à Points de Vue et Gala en tressaillit aussitôt. Au dîner, je lorgnais discrètement les tables voisines menant mon enquête telle Miss Marple. Je crus toucher au but quand un monsieur très distingué se mit à nous commenter les fresques de la salle à manger dans un anglais très oxfordien. Lundi matin, l'empereur, sa femme et le petit prince, non je m'égare ... lundi matin donc, alors que je trempais mes toasts dans le thé (oui, je sais, ça ne se fait pas), je vis entrer un être androgyne, dont la chemise négligemment ouverte laissait apercevoir un sein flasque. Puis se rapprochant, je me demandais si j'avais en face de moi la femme à barbe. For God's Sake ! L'homme (puisque de près c'en était un) portait des cheveux longs filasses, un pashmina jeté sur ses épaules, des pieds nus dans ses Todd's et des lunettes sur le front à la manière de Bernard Pivot. Il fit changer pour un fauteuil Voltaire le siège sur lequel son auguste postérieur s'apprêtait à se poser, apostrophant la valetaille avec rudesse, puis fit mander le manager de l'hôtel qui se prosterna ou presque devant lui. Je m'attendais à un homme raffiné, esthète et mécène après avoir lu  le panégyrique de Sa Seigneurie sur la documentation de l'hôtel, et j'avais devant moi un gros lourdaud, imbu de sa personne et tristement seul. Voilà comment prennent fin les rêves...
* Eu égard à ce qui suit, le lecteur comprendra que je préfère lui garder l'anonymat. 

lundi 26 avril 2010

Le Taj Mahal, mes nouveaux copains et moi

Il existe de par le monde des endroits mythiques. Des endroits où l'on se dit qu'un jour peut-être, on ira. Pour les avoir vus des milliers de fois en photo, on pense tout savoir d'eux. Sauf qu'en vrai, ça n'a rien à voir. Ainsi du Taj Mahal. Le quatrième coup de cœur de ma vie de voyageuse. Le premier, c'était devant le Grand Canyon du Colorado, le second, à Abu Simbel en Égypte, et le troisième, face à la Merveille de Petra en Jordanie. Que ce soit l'œuvre de la nature, celle de la main de l'homme ou un mélange des deux, à chaque fois, je suis restée saisie devant tant de beauté. Il est à peine 7 heures, ce mercredi matin d'avril lorsque nous arrivons à l'entrée du Taj Mahal. Une première porte massive en grès rouge le masque à notre vue. Il faut en dépasser le porche pour le voir apparaître enfin. Il est là, majestueux, tel que dans nos rêves. La pureté du blanc, la parfaite harmonie de ses proportions, sa silhouette à la fois imposante et délicate se détachant sur un ciel un peu blafard, nous saisissent à la gorge. C'est un hymne à l'amour, le cadeau d'un empereur moghol à son épouse hindoue, Mumtaz, la seule à lui avoir donné un fils. Un mausolée de marbre blanc comme un écrin au cénotaphe de la belle endormie. Un lieu de douleurs aussi on imagine, pour les 20000 ouvriers qui le bâtirent pendant 12 ans. Mais déjà on nous presse de prendre notre tour pour la traditionnelle photo, nous énièmes touristes à poser humblement devant lui. Puis, nous dépassons le bassin, traversons les jardins et posons le pied sur le parvis. De près, il est presque aussi beau que de loin. Nos yeux éblouis scrutent chaque panneau de marbre travaillé aussi finement que de la dentelle de Calais, ou recouvert de motifs floraux incrustés de pierres précieuses (jaspe, turquoise, lapis-lazuli, cornaline, onyx...) dont notre guide indien francophile énumère avec gourmandise les noms en français. Nous nous imprégnons du lieu, prenant le temps de nous y attarder, sans avoir conscience qu'il est bien désert pour l'un des endroits les plus visités du monde*. Vers 9 heures, les trains et les bus déversent leur flot de touristes indiens, et aussitôt, les saris ou les ghagharas** multicolores des femmes, les coiffes couleur safran ou rouge des hommes, se détachent sur le blanc immaculé du Taj, rendant l'instant encore plus magique. Je suis tranquillement assise sur un banc lorsque soudain, je me retrouve cernée par un petit groupe de papys rigolards. Aussitôt, j'engage la conversation avec eux, je "socialise" comme dit mon mari, et j'apprends qu'ils viennent du Gujarat. Je reste ainsi un petit moment, en face d'un des plus beaux endroits du monde, à bavarder avec mes nouveaux copains. A savourer un pur moment de grâce.
* L'explication nous est donnée le soir même par un marchand d'Agra, le nuage de cendres du volcan islandais a stoppé net les vols au départ de l'Europe. Pas d'avions, pas de touristes !
** Jupes longues portées par les femmes du Rajasthan et du Gujarat.

vendredi 19 mars 2010

Certains priaient Jésus

Lorsque vous remplissez votre demande de permis de résider en Inde, vous devez indiquer votre religion, et il est tout à fait inconcevable de ne pas répondre ou pire, d'annoncer que vous êtes athée. En Inde, on croit en Vishnu, en Allah ou en Dieu, et se rendre au temple, à la mosquée ou à l'église fait partie intégrante de la vie quotidienne. Et essayez d'imaginer une seconde ce que serait l'Inde sans les merveilleux temples dravidiens multicolores du Tamil Nadu, le Temple d'or d'Amritsar, centre spirituel de la religion sikh, ou les jolies églises blanches de Goa et Pondichéry, pour ne citer qu'eux. Rien qu'à Hyderabad, ville œcuménique s'il en est, tandis que nous grimpons pieds nus les marches du délicieux Birla Mandir, tout de marbre blanc, notre regard se pose sur le Lac Hussain Sagar au milieu duquel trône un gigantesque Bouddha. Plus loin, dans la vieille ville musulmane, la Mecca Masjid est l'une des plus imposantes mosquées du monde et, en cherchant bien, St Andrew's rappelle que les Britanniques ont apporté aussi le culte anglican dans leurs bagages. Oui, le sacré est partout en Inde. A Goa, un minuscule territoire se donne des airs de mini Vatican. Velha Goa (ou Old Goa de nos jours), l'ancienne capitale portugaise jusqu'au milieu du 18è, rivalisait avec Porto par la richesse de ses églises. Il en reste une quinzaine aujourd'hui dont la Cathédrale Ste Catherine, dont on dit qu'elle est la plus grande de toute l'Asie. Qui dit religion dit missionnaires. St François-Xavier était de ceux-là. Curieux destin que celui de ce jeune homme de bonne famille Navarraise*, disciple de Ignace de Loyola avec lequel il fonda la Compagnie de Jésus avant de partir convertir l'Inde, le Japon puis la Chine. Mort à 46 ans sur le bateau qui le ramenait de Malacca, son corps repose à la Basilique du Bom Jesus à Old Goa et fait l'objet d'un véritable culte. Sa châsse fut ouverte plusieurs fois, les Jésuites de Rome réclamant un bout de ses reliques, puis les Chinois. Finalement, quelqu'un de sage décida qu'il fallait arrêter de saucissonner le Saint et depuis il repose sur ce petit bout de terre Indienne. Requiem in pace.
* Message personnel à mon papa : on dit qu'il prononça ses derniers mots dans sa langue maternelle, le basque...

dimanche 7 mars 2010

Pondichéry, un parfum de France

L'histoire de Pondichéry est intimement liée à celle de la France depuis qu'en 1673, la balbutiante Compagnie des Indes Orientales racheta ce petit village côtier sur la côte de Coromandel au Sultan de Bijapur. Disputée d'abord aux Hollandais, puis aux Anglais, devenue comptoir français en 1765, les Français s'y installeront peu ou prou pendant le 18è siècle, l'occuperont au 19è siècle, pour la céder définitivement à la toute jeune république indienne en 1954. Elle est encore aujourd'hui la porte d'entrée préférée des français qui visitent l'Inde du Sud, si Indienne et si Française à la fois. Le Consulat de France, l'Alliance française, le Lycée Français (97% de réussite au Bac 2009), ainsi que le nom des rues (Rue Romain Rolland, Rue Mahé de la Bourdonnais, rue de la Marine...) et les képis rouges des policiers en faction devant les bâtiments administratifs nous rappellent cette présence de près de trois siècles. Sa taille aussi, 220 000 habitants seulement alors que sa voisine Chennai (ex Madras) en compte plus de 4,5 millions, lui donne des allures de préfecture hexagonale pendant les trente glorieuses. C'est une ville qui se visite à pied, souvent en commençant par la promenade de la plage qui longe sur 3 kilomètres le Golfe du Bengale. La nuit tombe tôt dans cette partie du monde et c'est lorsque le soleil rose darde ses rayons au couchant que l'on se sent enveloppé par la magie du lieu. La statue géante dorée de Gandhi nous toise, nimbée d'une lumière diaphane, tandis que presque en face, celle de Jeanne d'Arc lui tourne le dos. Le long de la promenade, des enfants agitent leur sacs roses remplis de barbe à papa et les silhouettes des amoureux enlacés se détachent sur fond d'une mer qu'on sent plus qu'on ne la voit. Il est temps pour nous d'aller dîner au Club où les serveurs font l'effort de prendre votre commande dans un français hésitant mais sincère et où l'on peut se régaler à la fois de calamars farcis délicieusement relevés ou d'un bon steak au poivre. Toujours à pied, nous regagnons l'Hôtel de l'Orient, une superbe demeure 18è du quartier français de Pondy à la façade rose, et où les noms des chambres sont autant d'appel à d'autres voyages : Maduram, Dindee, Vellore, Coimbatore...

dimanche 28 février 2010

Bollywood et la Dame de fer

A notre arrivée à Chennai - anciennement Madras - mon œil est attiré par d'immenses affiches d'au moins 6 mètres de large sur 4 de haut, sur lesquelles une accorte dame nous toise, son visage rond surmonté d'un mystérieux chiffre 62. Toutes les inscriptions étant en tamoul, il nous faut les explications de notre chauffeur Kumar pour les décrypter. Jayalalithaa, c'est son nom, chef du principal parti d'opposition du Tamil Nadu et ancien premier ministre de l'état, fête ce jour-là ses 62 ans. On peut s'étonner en Inde du véritable culte de la personnalité dont font l'objet certains personnages politiques et de ces affiches qui fleurissent un peu partout, non seulement à l'occasion d'élections mais aussi de toutes sortes de célébrations. Grâce à Kumar, nous apprenons que la dame en question est également une célèbre actrice des années 70. Plus tard, alors que nous nous promenons le long de la très belle plage de Marina Beach, nous traversons le parc MGR où repose une grande star du cinéma, véritable icône du cinéma tamoul, M.G Ramachandran, par ailleurs lui aussi ancien premier ministre de l'état. Bon, pour nous, cela peut paraître bizarre. Même si notre première dame est une ex top model reconvertie dans la variété, on n'en est pas encore à avoir Alain Delon comme président de la république. Les Indiens quant à eux, vouent un tel culte à leurs acteurs que la chose n'est pas si rare. Comme je suis curieuse, en rentrant de notre escapade dans le Tamil Nadu, j'ai voulu en savoir plus sur la fameuse Jayalalithaa et j'ai découvert qu'elle était la maîtresse du MGR en question qui l'a en quelque sorte propulsée en politique. Après un premier mandat de 1991 à 1996, elle a été soupçonnée de corruption, destituée, puis est revenue au pouvoir de 2002 à 2006. Elle a une réputation de "dame de fer" due notamment à ses prises de position très dures sur la question des Tigres Tamouls du Sri Lanka et de la politique de New Delhi à leur égard qu'elle juge laxiste. Enfin, ce 24 février était jour de liesse pour ses nombreux partisans et fans et a donné lieu à de nombreux meetings avec distribution gratuite de nourriture pour les pauvres et collectes de sang (!). Mais la dame ne s'est pas déplacée pour couper le gâteau de 62 kg que ses admirateurs lui avaient préparé. Star, vous avez dit star ?
Pour ceux qui veulent en savoir plus, c'est (merci Sally et François !)

mardi 23 février 2010

Une aussi longue absence

Mon intention était d'évoquer les tracasseries administratives dont ont été victimes ces derniers jours deux de mes amies. La bureaucratie Indienne, tout le monde vous le dira, est une sorte de monstre aux multiples bras un peu à l'image de ces représentations de Shiva ou Ganesh sur les temples. Lilie est coincée au Sri Lanka, son retour en Inde est compromis pour un problème de visa, et en gros, elle a le choix entre la peste et le choléra ce qu'elle explique très bien . Agnès était venue pour son travail à Delhi et elle et son mari en avaient profité pour passer quelques jours chez nous. Son retour a été un mauvais remake d'un jour sans fin. Tout ça parce qu'elle avait oublié d'avoir avec elle la copie de son billet de retour Delhi-Paris. Lorsqu'elle est sortie de l'aéroport domestique, elle n'a plus été autorisée à rentrer dans l'aéroport international. Son voyage a duré 48 heures, et a viré au cauchemar, cauchemar qui aurait pu lui être évité si le policier en faction avait fait montre d'un peu de mansuétude. En trois mois, j'ai accumulé tellement d'anecdotes sur le sujet que je pense que j'aurai de quoi y revenir. A la place, je vais me contenter de rassurer mes fidèles lecteurs, je vais bien, ne vous en faites pas. La douceur de l'hiver à Hyderabad a laissé la place à un printemps anormalement chaud, à tel point qu'on se demande déjà ce que sera l'été dont le pic des chaleurs est annoncé en mai. Nous avons commencé à mettre les ventilateurs dans la journée et l'air conditionné en début de nuit. Si je le pouvais, croyez bien que je vous enverrais généreusement ciel bleu, soleil et un peu de cette chaleur qui commence à nous faire tourner au ralentis. A la place, je vous offre cette fleur de frangipanier dont les effluves embaument en ce moment les jardins du Chowmahalla Palace. Demain, nous partons pour quelques jours dans le Tamil Nadu, sur la Côte de Coromandel. De Madras à Pondichéry - deux noms qui me font rêver depuis que je suis toute petite - , je vous promets de faire le plein d'images, de sensations et de matière à de prochains petits billets. Namaste à tous !

lundi 21 décembre 2009

Les dames de la côte

Anita a dans les 40 ans, peut-être moins, difficile à savoir. Elle a un visage qu'on n'oublie pas, différent des autres vendeuses de la plage. Plus long, plus anguleux avec un sourire très doux. Au bout de deux ou trois jours passés à s'apprivoiser mutuellement, elle m'en dit plus sur elle. Comment elle est venue du Rajasthan avec sa mère et ses trois enfants parce que son mari ne pouvait plus entretenir sa famille. Il a été renversé par une voiture et a perdu l'usage de ses jambes. Pas de sécu là-bas. Sa voix se casse quand elle dit qu'elle regrette juste de ne pas pouvoir envoyer ses enfants à l'école mais 600 roupies (9 euros) par mois et par enfant, ce n'est pas dans ses moyens. Elle doit payer une sorte de patente pour arpenter son petit bout de plage et graisser la main aux deux flics en ray-ban que j'ai vus un matin de mes propres yeux racketter une de ses collègues. Et les affaires ne sont pas bonnes cette année. Sa fille aînée, Sonia, l'aide. A 11 ans, c'est une gamine montée en graine, toute en jambes, juste un peu menue. Elle ne fera peut-être pas d'études mais elle passe haut la main son CAP de vendeuse tous les jours. Elle n'a pas son pareil pour vous faire promettre que vous lui achèterez quelque chose. Si ce n'est pas aujourd'hui, demain ou le jour suivant, elle attendra... La grand-mère, elle, son ballot sur la tête et sa bouche édentée, avoue ses 80 ans mais n'a pas de temps à perdre en bavardages. Seules celles qui sortent leurs billets à la vue de ses sarongs l'intéressent, les autres, passez muscade ! Une autre jeune femme se mêle à la conversation. Elle est venue ici pour six mois, laissant ses jeunes enfants à leur grands-parents. Elle retourne les voir tous les deux mois en bus jusqu'au Karnataka voisin. Oui, c'est long six mois, mais c'est comme ça... Et puis, arrive Sunita. Elle, elle a pu faire scolariser à Goa ses deux garçons, Santos et Mahesh, et elle en est très fière. Mais sa grande est restée au pays avec son mari. Quel âge a-t-elle ? 18 ans. Tiens, comme la mienne. Elle s'appelle Lolita et elle attend son premier bébé, elle est enceinte de 5 mois... Sunita est contente, elle est chrétienne et sa fille vient la voir pour Noël. La mienne aussi. On évoque la joie des retrouvailles et on se sépare sur une promesse, penser chacune à l'autre le soir du 24 décembre...
Je dédie ce billet à ma copine Véro qui a eu l'idée géniale de créer des voyages pour aller à la rencontre d'autres femmes de par le monde. Si ça vous intéresse, c'est . Et bien sûr, à toutes les mamans de la terre...

dimanche 20 décembre 2009

To Go or not to Goa

Un jour, je suis allée à Phuket et je n'ai pas aimé ce que j'ai vu. Une fois, je me suis rendue à Negombo, sur la côte ouest du Sri Lanka, et je n'ai pas aimé ce que j'ai ressenti. Je ne suis jamais allée à Ibiza, ni à Marbella, ni à Mykonos, mais je ne crois pas que j'aimerais... Goa fait partie de ces destinations qui seraient parfaites ... sans touristes. Dans le guesthouse de Candolim où je séjournais, un couple d'Italiens passait son temps à se faire des scènes de ménage sur fond de Peter Gabriel et Phil Collins à tue-tête (ç'aurait pu être pire, j'ai échappé à Adriano Celentano). Dans ma chambre, les fenêtres à claire-voie étaient censées laisser entendre le bruit de la mer (selon le Lonely Planet), en fait j'entendais surtout le bang-bang des boîtes de nuit sur la plage. Plage où une colonie d'Allemands - qu'on se rassure je n'ai rien contre nos voisins germaniques mais ils adorent visiblement Goa - squattaient tous les matelas dès 8 heures du matin en prenant soin de laisser leur serviette sur chaque transat avant d'aller petit-déjeuner... Les Indiens sont des gens pudiques mais à Goa, certains deviennent voyeurs. Et comment leur en vouloir quand l'homo turisticus se balade les fesses à l'air (le string et le tanga sont à la mode, on dirait) et sa femelle, les mamelles dénudées pendant sur son ventre à bourrelets. Je n'exagère rien. Comme ils s'ennuient et que le mark (euh, pardon l'euro) est fort, ils achètent tout un tas de babioles aux vendeuses de la plage. Ce qui fait qu'il est impossible de bronzer tranquillement ou de bouquiner sans être interrompu toutes les deux minutes par un "Hello ! You want massage ? You want sarongs ? You want peanuts ? You want strawberries (oui, oui, des barquettes de fraises !) ? Etc, etc. Bref, c'est usant. Fort heureusement, les touristes balnéaires vont rarement à l'intérieur des terres et à Panjim, la capitale aux accents portugais comme à Velha Goa où l'on trouve autant d'églises au kilomètre carré qu'à Rome, ils ne se bousculent pas. Quand enfin vous quittez cette destination idyllique, vous vous retrouvez au milieu d'un charter de Russes à l'aéroport. Vous vous faites arracher un talon par un caddy et passer devant au contrôle des bagages par un malotrus qui vous insulte dans la langue de Tolstoi. Et là, vous vous apercevez que la plupart des babouchkas ont le visage carbonisé par le soleil et doivent souffrir le martyr, et vous vous dites in petto : cette fois, je tiens ma revanche...