lundi 19 juillet 2010

Hyderabad Rocks !

Si vous arrivez à Hyderabad pour la première fois depuis le nouvel aéroport de Shamshabad, votre regard sera forcément attiré par d'énormes rochers que l'on aperçoit depuis la route, certains vierges, d'autres recouverts de peintures, voire de numéros. Nous sommes sur le plateau granitique du Deccan, au centre de l'Inde et, d'après les géologues, certains de ces monolithes sont là depuis 2,5 milliards d'années (!) et comptent parmi les plus vieux du monde. Pourtant, leur préservation ne va pas de soi. La formidable expansion d'Hyderabad  et de sa jumelle, Secunderabad, dont la population a plus que doublé en 5 ans, fait que certains de ces formidables géants de pierre ont été détruits ces dernières années pour faire place à des routes ou à des immeubles. Une poignée d'amoureux de ces vieilles pierres s'en sont ému et ont créé une association, the "Society to Save Rocks". Ils mènent entre autres une campagne pour inciter les architectes et les paysagistes à intégrer les rochers dans les  hôtels, les résidences ou les villas de particuliers, et le résultat est étonnant. Le parc ou le jardin ainsi paré prend une dimension "zen" et l'ambiance change du tout au tout. Le premier hôtel où nous avons séjourné en arrivant a su tirer le meilleur parti de ce décor naturel et on ne saurait l'imaginer autrement. Cependant, la meilleure alliée de nos Don Quichotte du plateau du Deccan reste la religion. Que le rocher se transforme en temple dédié à la déesse Kâlî ou qu'une petite mosquée vienne s'y adosser et aussitôt, il est entouré d'une aura protectrice qui le soustrait à toute velléité de démolition. Enfin, grâce au soutien du gouvernement de l'Andhra Pradesh, de plus en plus de ces boulders sont répertoriés et intégrés au patrimoine de l'état. La "Society to Save Rocks" organise une fois par mois des marches et dimanche, nous étions de la balade. Comme souvent dans cette mégapole, l'ambiance était internationale et œcuménique. Anna la Suédoise, Anja et Frauke les Allemandes, Page et John les Américains, et nous les petits Frenchies, avons accordé nos foulées avec celles de  nos compagnons Indiens, Uma, Padmini, Lavanya, Joy et les autres... Together to Save rocks !   

lundi 12 juillet 2010

Pince-fesses chez le Consul

135, c'est le chiffre du jour. 135 ? Qu'on se le dise, nous sommes 135 Français à Hyderabad, enfants compris ! C'est la principale information que j'ai retenue du speech de notre Consul samedi soir. Quand je dis "notre" consul, c'est en fait celui de Bangalore car bien que notre nombre ait plus que doublé en un an, nous ne sommes pas encore assez nombreux pour que le Quai d'Orsay nous délègue quelqu'un à temps plein. Donc pas de garden-party à l'Elysée le 14 juillet d'après la rumeur, mais samedi pour nous, c'était soirée pince-fesses dans un grand hôtel à l'invitation de la France. Tous ceux qui n'étaient pas encore partis en vacances et qui depuis des mois rêvaient de remplacer le Sula Blanc pétillant par du VRAI champagne, ont accouru. Las ! du champagne, seuls les early birds auront réussi à en avoir plus d'une coupe. La République fait des économies et ça se sent. Les petits fours eux aussi étaient au régime minceur et les pique-assiettes en auront été pour leur frais. A Hyderabad, nous n'avons pas de Consulat mais nous avons une Alliance Française qui travaille main dans la main (comme Mitterrand et Kohl sur une célèbre photo) avec le Goethe Zentrum. Cette collaboration Kulturelle donne régulièrement lieu à des concerts de jazz (pourquoi le jazz et pas la musique classique, aucune idée) et c'était le cas samedi. Après le cocktail tricolore, nous avons donc retrouvé nos amis allemands, belges, indiens pour communier de concert à cette soirée "Jazz Connect". Un trio composé d'un saxo soprano français, d'un pianiste allemand et d'un joueur de tablas indien illustrait parfaitement cette belle amitié entre nos peuples. Dommage, la salle de bal du Taj Krishna ne se prêtait guère à du free jazz plutôt confidentiel qu'on imaginait mieux au New Morning. Les lumières sont restées allumées tout le temps, les téléphones portables aussi, bref c'était le joyeux foutoir habituel des happenings à l'indienne. Bon, nous avons passé une bonne soirée quand même, il m'a juste manqué une chose : entendre la Marseillaise. D'autant que si on avait dû compter cette année sur l'équipe de France ...    

lundi 5 juillet 2010

M'am et son chauffeur

Vu de France, avoir son chauffeur peut sembler le comble du luxe. Quand on le vit au quotidien, la réalité est toute autre. D'abord, ce n'est pas un choix. Dans une grande ville de l'Inde, tentaculaire, sans aucune signalisation ou presque, et à la circulation anarchique, le chauffeur est une nécessité pour des raisons de sécurité. Ensuite, c'est bien plus qu'un chauffeur, c'est une personne clé qui rend tout un tas de services. Le nôtre, par exemple, nous a trouvé une femme de ménage et comme elle ne parle pas l'anglais, il sert d'intermédiaire. Nous avons mis près de deux mois à dénicher la perle rare. Ravinder, comme tout être humain, a ses qualités et ses défauts. A son crédit, il est honnête, fiable, ponctuel et  plutôt prudent. Que demander de plus à un chauffeur ? D'un naturel jovial, il ne sait pas quoi faire pour nous faire plaisir. Côté défauts, il est macho - comme quasiment tous les Indiens - têtu comme une mule et  a une fâcheuse tendance à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Chef de famille - au sens large du terme comme on peut l'être en Inde - je le soupçonne aussi de prodigalité mais après tout, ce n'est pas mon affaire. Avec "Sir" qu'il amène au bureau le matin et ramène le soir, ils s'entendent très bien, parfois un peu trop à mon goût. Il lui apprend le telugu, le fournit en cigarettes, café et mangues quand c'est la saison. Ils partagent le même barbier et sont même allés faire des poojas au temple ensemble. Avec moi, qui passe de nombreuses heures en sa compagnie, c'est différent. Il voue une véritable adoration à son ancienne "M'am", une Canadienne qu'il a conduite à droite et à gauche pendant deux ans, et il m'en parle sans arrêt. Rédhibitoire. Comme de nombreuses femmes d'expat, V., qui avait semble-t-il un train de vie qui n'est pas le mien, passait son temps en shopping. Pendant le premier mois, j'ai eu droit au pèlerinage : c'est là que V. achetait ses chaussures, ses sacs (!), ses tapis (!), qu'elle retrouvait ses copines pour déjeuner, allait faire son yoga. Le jour où j'ai demandé à Ravinder de me déposer chez mon coiffeur, et qu'il m'a conseillé d'aller plutôt chez celui de V., j'ai failli exploser. Rien de bien méchant, me direz-vous, mais bon sang qu'est-ce qu'il me tarde de rentrer chez moi pour retrouver ma petite Saxo !

mardi 29 juin 2010

Un jour mon prince viendra

En débarquant en Inde, parmi les fantasmes que je nourrissais à l'égard de ce pays, je rêvais de rencontrer ... un maharajah. Un vrai, en chair en os, peut-être enturbanné, portant le sherwani avec élégance, et des pierres précieuses à chaque doigt. Et bien, c'est fait ! Hier, nous avons pris notre breakfast à la table d'à côté du maharajah de M.* Pour planter le décor, nous étions ce week-end à Ooty. Udhagamandalam, ou Ootacamund, ou Ooty (prononcer : outi) pour les intimes, est un peu à l'Inde du Sud ce que sont Simla ou Mussoorie à l'Inde du Nord : un havre de fraîcheur pendant les grosses chaleurs. A l'époque du Raj Britannique, ces messieurs de Bombay y avaient leurs résidences secondaires, leurs parcs, leur clubs et leurs hippodromes. De nos jours, c'est une station climatique de montagne (2200 m d'altitude) qui reçoit les familles aisées de Mumbai d'avril à mai. Un de nos amis nous avait parlé d'une très belle demeure du 19è transformée en hôtel, et nous avions décidé d'y séjourner. Ce que nous ignorions c'est qu'elle est toujours la résidence d'été d'un authentique maharajah et qu'à peine étions-nous en train de regarder attentivement les photos anciennes recouvrant les murs que nous apprenions que ledit maharajah était attendu pour le week-end. Mon cœur de midinette nourri à Points de Vue et Gala en tressaillit aussitôt. Au dîner, je lorgnais discrètement les tables voisines menant mon enquête telle Miss Marple. Je crus toucher au but quand un monsieur très distingué se mit à nous commenter les fresques de la salle à manger dans un anglais très oxfordien. Lundi matin, l'empereur, sa femme et le petit prince, non je m'égare ... lundi matin donc, alors que je trempais mes toasts dans le thé (oui, je sais, ça ne se fait pas), je vis entrer un être androgyne, dont la chemise négligemment ouverte laissait apercevoir un sein flasque. Puis se rapprochant, je me demandais si j'avais en face de moi la femme à barbe. For God's Sake ! L'homme (puisque de près c'en était un) portait des cheveux longs filasses, un pashmina jeté sur ses épaules, des pieds nus dans ses Todd's et des lunettes sur le front à la manière de Bernard Pivot. Il fit changer pour un fauteuil Voltaire le siège sur lequel son auguste postérieur s'apprêtait à se poser, apostrophant la valetaille avec rudesse, puis fit mander le manager de l'hôtel qui se prosterna ou presque devant lui. Je m'attendais à un homme raffiné, esthète et mécène après avoir lu  le panégyrique de Sa Seigneurie sur la documentation de l'hôtel, et j'avais devant moi un gros lourdaud, imbu de sa personne et tristement seul. Voilà comment prennent fin les rêves...
* Eu égard à ce qui suit, le lecteur comprendra que je préfère lui garder l'anonymat. 

vendredi 25 juin 2010

Mourir d'aimer

On estime à 5000 par an le nombre des crimes d'honneur perpétrés en Inde. Une situation suffisamment grave pour que la Cour Suprême indienne soit intervenue en début de semaine pour exiger des réponses du gouvernement central et de huit états particulièrement concernés. Selon la définition de l'ONG  Human Rights Watch, les crimes d'honneur sont "des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d'une famille à l'encontre de ses membres féminins, lorsqu'ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière". Récemment, une série de faits divers sordides ont ému l'opinion publique en Inde, occasionnant manifestations et débats télévisés ou initiés par les grands journaux du pays. Ce qui a le plus choqué a été de  constater que ces pratiques d'un autre âge ne concernaient  plus seulement des états ruraux dont certains villages sont dominés par les khaps panchayats, sortes de conseils de castes qui dictent leurs lois, mais pouvaient toucher la capitale moderne de l'Inde. Deux affaires macabres de couples assassinés par leur famille ou leur belle-famille ont eu récemment pour théâtre New Delhi. Trois suspects ont été arrêtés aujourd'hui même, soupçonnés d'un triple homicide, celui de la sœur et du beau-frère de l'un, pourtant mariés depuis 2007, et de la sœur d'un autre. Il semblerait que les deux familles étaient liées et que la volonté d'une des jeunes femmes d'épouser un non-hindou ait ravivé les tensions qu'avaient provoqué il y a trois ans le mariage "hors caste" de sa cousine. Pour leur malheur à tous les trois, ils se sont trouvés au cœur d'une vendetta familiale et assassinés de sang froid d'une balle dans la tête.  Ces meurtres intervenaient quelques jours seulement après celui d'un jeune couple dont la famille ne tolérait pas qu'il se fréquente et quelques semaines après celui d'une jeune journaliste. Nirupama, 23 ans, a été tuée par sa propre mère qui a ensuite maquillé son meurtre en suicide, parce qu'elle fréquentait un collègue d'une caste différente. Qu'une mère puisse tuer son enfant "pour l'honneur" cela dépasse pour moi l'entendement ! Il est néanmoins intéressant de noter qu'à la question du Times of India, "Est-ce un honneur de tuer pour l'honneur ?", 87 % des lecteurs ont répondu non. 13%, oui.      

lundi 21 juin 2010

Si ça fait pas d'bien, ça fait pas d'mal

En cette période où examens et concours sont le lot de nos jeunes, j'expliquais à mon chauffeur combien j'avais envie qu'ils réussissent. "No problem Sir, we got to go for pooja !"  me rétorqua alors Ravinder avec assurance. Ce que l'on peut traduire par "Ben, y'a qu'à aller faire des prières". Et nous voila partis tous les deux pour faire nos pooja au temple. D'abord, il faut choisir celui qui convient le mieux à la requête que vous voulez adresser au dieu, en  l'occurrence, le "Chilukuru Balaji Devastanu" qui assure "100 % guarantee, no failure and mandatory success" (on croirait une pub pour une école américaine). En route, Ravinder me demande si j'ai déjeuné, s'empressant d'ajouter, c'était veg au moins ? Là, je dois dire que je triche un peu, euh oui, Madam a juste fait une salade,  j'oublie de parler des fromages. Ça me rappelle les interdits de mon enfance chrétienne, ce que l'on pouvait ou ne pas manger avec de communier. Arrivés au temple, il faut se laver les pieds et  les mains, ensuite acheter ses offrandes, colliers de fleurs et noix de coco. Nous entrons dans le temple et restons d'abord en prière devant la statue de Vishnu que nous apercevons au loin. Petites pensées pour nos étudiants donc, pour les femmes de ma vie (Ppn, ma maman et Zuzu) et puis tant qu'on y est, pour la paix dans le monde. Et nous voila partis à marcher autour de la partie centrale du temple. Nous devons faire 11 tours quand le pèlerin normal en fait 109. Pourquoi ces nombres ?  J'imagine qu'il y a une signification mais Ravinder ne la connaît pas et je sens que je l'énerve un peu avec mes questions, donc tournons…. Comme 109, c'est plutôt difficile à compter dans sa tête, chaque pénitent a un petit carton avec autant de cases qu'il coche à chaque tour. Générations et classes sociales se mélangeant sans problèmes, on se bouscule, se pousse, se double, se marche sur les pieds, chacun tout à sa prière sans se préoccuper des autres, mais dans le calme et la ferveur. Très indien, quoi. De temps en temps un "Godiva" retentit, repris en chœur par tous les marcheurs. Après mes 11 tours, je reçois un point rouge sur le front - le tilak - et je vais casser ma noix de coco, ce que je fais en éclaboussant abondamment ma voisine. Puis, on pénètre dans le temple lui-même, prenant sa place dans une queue bien canalisée par des barrières, et on accède enfin à la statue de Vishnu recouverte de colliers de fleurs que l'on distingue à peine dans la pénombre. Deux prêtres sont là, l'un recueille les colliers de fleurs que vous apportez en offrande, l'autre vous verse dans la main  une cuillère d'eau (sainte ? bénite ?) que vous devez boire pour vous purifier de l'intérieur. A la sortie, on nous remet (en remerciement ?) quelques petits morceaux de sucre. Bien que je sois  allé au caté comme tous gamins des années 60, je n'ai jamais eu de croyance très profonde et comme tout ado des années 70, j'ai assez vite "décrété" que la religion était l'opium du peuple. Cependant j'ai toujours été intrigué – voire fasciné – par l'expression et l'intensité du visage de certains lorsqu'ils prient leur dieu, et cela quelque soit le dieu. Cette ferveur et cette piété sont très présentes dans ces temples où les rites qui nous sont assez incompréhensibles sont aussi ancestraux que ceux du monde chrétien et tout aussi respectables. Une chose cependant me frappe, c'est l'ouverture et la simplicité de la religion hindouiste. Il ne semble pas qu'une longue initiation soit nécessaire pour y participer et à aucun moment je ne me suis senti regardé de travers, j'étais là pour y faire mes pooja, comme les autres. Et cela me plaît bien …
Texte d'Éric AKA BrB, rewrité par Madam, euh ... Ppn

vendredi 18 juin 2010

Les hussards de la république

A notre arrivée à l'école publique de Maharajpet, le Directeur M. G. Kamal Singh,  s'est empressé de nous faire part des résultats obtenus par ses élèves aux examens de fin d'année. Le premier d'entre eux, avec un score de 515 sur 600, est arrivé en tête du classement des écoles du district. Alors que la rentrée s'était déroulée deux jours plus tôt (les grandes vacances en Andhra Pradesh sont de fin avril à mi-juin), nous nous sommes étonnés de voir autant de nouveaux élèves reconnaissables à ce qu'ils ne portent pas d'uniformes. M. Singh nous a alors expliqué que l'école privée du village ayant augmenté les frais d'inscription, de nombreux enfants qui l'avait rejointe ont refait le chemin inverse pour revenir à l'école d'état. Parallèlement, il avait reçu pour instruction de son ministre de tutelle de scolariser un maximum d'élèves des villages alentour. Avisant alors un ado dégingandé de treize ou quatorze ans, vêtu d'une chemisette usée et d'un pantalon à l'ourlet déchiré, il lui attrape le bras affectueusement et me le présente comme étant un "regular", un élève qui fréquente assidûment l'école, obtenant de bons résultats dans la plus haute classe, l'équivalent de notre troisième. Et M. Singh de m'expliquer qu'il avait dû enfourcher son cyclomoteur et parcourir avec les quatre kilomètres qui séparent l'école du village du garçon, pour parlementer avec ses parents afin qu'ils le laissent poursuivre ses études. En effet, si les parents ne renâclent pas trop à envoyer leurs enfants en bas âge à l'école, laquelle fait souvent office de garderie et leur garantit un repas quotidien, pour les plus grands, c'est une lutte perpétuelle. Scolarisés, ils représentent autant de bras en moins pour aider dans les champs ou garder les chèvres et les buffles. M. Singh fait un travail remarquable dans cette école ; il n'a en principe que la responsabilité des grandes classes, celles du collège mais en fait, il s'occupe aussi de la maternelle et du primaire car comme il  le dit lui-même, il investit sur l'avenir. Parmi les enseignants, certains sont payés par le gouvernement, d'autres par des particuliers comme nos amis Isabelle et Venkat ou Vincent. L'un d'entre eux a réussi ses examens et une  fois titularisé, a choisi de revenir enseigner l'anglais dans cette école. Je lui ai demandé s'il était content de ce retour et sa réponse a été un cri du cœur : "Je suis le plus heureux des hommes !" Une déclaration qui n'est pas sans rappeler le sacerdoce des premiers maîtres d'école d'une autre république...

samedi 12 juin 2010

Allô maman bobo

Je me réveille il y a quelques jours, n'entendant plus rien de mon oreille gauche. La perte d'un sens est toujours inquiétante surtout dans ce pays où celui qui est bon est souvent mis à mal. Donc nous voila partis, avec Ppn, ce samedi vers 13 h 30 à l'Apollo Clinic, qui soigne  entre autres, les maux de la communauté expat' du quartier et bien sûr ceux des autochtones. Le réceptionniste désolé nous dit que ce n'est pas le jour de l'ORL, mais que nous pouvons consulter un "regular doctor" pour peu que nous patientions, ledit docteur  étant sorti, mais devant revenir dans dix minutes. Nous nous asseyons donc dans une salle d'attente du genre de celles de la sécu dans les années 70, en se préparant à une attente d'une durée indéterminée. Eh bien non, après dix minutes, on nous introduit dans le cabinet d'un jeune toubib,  charmant de sa personne (désolé Ppn, c'est moi le malade). Une auscultation impeccable, des questions pertinentes et un diagnostic rassurant : ce n'est qu'un rhume et un canal bouché. Il me fait une ordonnance, après m'avoir expliqué qu'il m'a prescrit des inhalations (ah les bons vieux remèdes de nos grands-mères, voire de nos mères !). La consultation me coûte 300 roupies (même pas 5 euros). Nous passons à la pharmacie à l'étage en dessous prendre les médicaments. Là, le pharmacien, pour chacun des médicaments prescrits, me montre la boîte et en sort le nombre exact de pilules correspondant au traitement. Il va même jusqu'à découper avec des petits ciseaux les plaquettes. Pratique plutôt saine en fin de compte qui aiderait sûrement à combler le trou de la sécu (pourtant, en termes de trous, quand on voit l'état des routes ici, ils s'y connaissent). Et l'on paye, pour ce que l'on a, soit en l'occurrence 220 roupies (3 euros). A 14 h 15, nous voilà sortis et mon oreille reprend ses fonctions deux jours après. Au bilan : malgré une arrivée impromptue un samedi à 13 h 30, on sort soigné trois quarts d'heure après pour moins de 8 euros. Je pense qu'il y a de bonnes choses à prendre dans ces pays "en voie de développement". Et le pire, c'est que j'aurais pu me faire rembourser intégralement par la mutuelle de la boîte indienne pour laquelle je travaille…
PS : merci à Ppn de m'avoir laissé la main pour faire mon post !

vendredi 11 juin 2010

Dent pour dent

Avec l'arrogance qui caractérise les gens des pays occidentaux, nous nous imaginons que nous avons ce qu'il existe de mieux en matière de santé, et développons une méfiance instinctive à l'égard de ce qui se fait ailleurs. Avant de partir en Inde, je suis allée consulter mon médecin traitant, une baroudeuse de choc, qui ne m'a rien prescrit à emporter car selon elle je trouverais tout sur place, et vu la durée de notre séjour, nous nous immuniserions nous-mêmes le cas échéant. C'était frappé au coin du bon sens. A notre arrivée en Inde, force nous fut de constater que non seulement, on est aussi bien soigné que chez nous mais qu'en fait, on l'est souvent mieux et plus vite. Il m'est impossible de parler ici de protection sociale, et là n'est pas mon sujet. Je ne prétends parler que de ce que j'ai vécu. Premier exemple, devant rentrer en France en janvier pour une question de visa, je demandais à mon père un mois à l'avance de prendre un rendez-vous auprès de sa dentiste pour un détartrage. Manque de chance pour moi, en une semaine, elle me posa deux lapins ! Quand, dès mon retour, je me  suis finalement décidée à prendre un rendez-vous ici, mes copines m'ont prévenue : arrange-toi pour être libre l'après-midi car si tu appelles le matin, tu seras invitée à passer le jour-même. Et de fait, j'ai eu un rendez-vous immédiatement. Aucune différence notable dans ce premier contact, si ce n'est que j'ai dû me déchausser avant de rentrer dans le cabinet du praticien. Pour le reste, les soins étaient les mêmes, et l'homme de l'art, compétent et professionnel, m'en commenta les différentes étapes dans un anglais parfait. Chirurgien diplômé en cosmétique dentaire, il est agréé par plusieurs facultés étrangères et ses clients viennent parfois des Émirats se faire soigner pour pas cher. La séance m'a coûté 1200 Roupies (20 euros) que je ne me suis même pas fait rembourser. Je lui ai demandé par curiosité un devis pour un blanchiment des dents selon un procédé dont il a l'exclusivité (j'ai toujours rêvé d'avoir le sourire de Julia Roberts) ; à peine rentrée chez moi que sa secrétaire me l'avait envoyé par mail, et rappelé pour s'assurer que je l'avais bien reçu. Le dilemme, maintenant c'est qu'il va falloir choisir entre ça et un collier de perles (la spécialité d'Hyderabad). Je me tâte. Prochain billet : Éric va chez le médecin.   

lundi 31 mai 2010

Selon que vous serez puissant ou misérable

C'est l'histoire d'une toute jeune fille de 14 ans à laquelle la justice de son pays, l'Inde, vient enfin de rendre sa dignité, vingt ans après les faits. Malheureusement, elle n'est plus là pour le voir. Poussée à bout par son bourreau, elle a mis fin à ses jours l'année de ses 17 ans. C'est l'histoire d'un homme puissant qui se croyait au-dessus des lois et qui, la semaine dernière, a passé sa première nuit en prison. En 1990, Ruchika Girhotra est une collégienne insouciante douée pour le tennis. Pour son grand malheur, le président de son club va la trouver un peu trop à son goût et se livrer sur elle a des attouchements alors qu'il l'a convoquée dans son bureau avec sa meilleure amie, Aradhana. Celle-ci arrive à s'enfuir et ensemble, soutenues par leurs familles, elles décident de porter plainte. Ce qu'elles ignorent, c'est qu'alors que l'investigation est en cours, l'homme, Rathore, est nommé chef de la police de l'état de l'Haryana. Dès lors, la vie de Ruchika et de sa famille va devenir un enfer. Elle est renvoyée de son école et de son club de tennis, et ses parents sont sans cesse harcelés. C'est après l'arrestation arbitraire et le passage à tabac de son petit frère que Ruchika choisira de se donner la mort. Sa famille, elle, ne baissera jamais les bras malgré les intimidations. Comme le dit aujourd'hui son père à la presse : "Nous nous cachions et on venait nous harceler où que nous soyons. A qui pouvions-nous nous plaindre ? La police était à ses ordres". Son amie Aradhana, aujourd'hui mariée et mère de famille, alors qu'elle vit dans le Golfe Persique, n'hésite pas non plus à revenir témoigner à chaque procès et à accorder de longues interviews à la presse. Symbole d'une justice qui protège les puissants et méprise les sans grade, l'affaire Ruchika est devenue une affaire d'état. Régulièrement, le visage de la jeune fille apparaît sur les écrans de télé avec le slogan "Justice pour Ruchika" comme une illustration de la fable du pot de terre et du pot de fer. En décembre, en première instance, Rathore a écopé de 6 mois de prison et d'une amende de 1000 roupies (15 euros) et le soir même, était libéré sous caution. Au lieu de s'en tenir là, il a eu l'outrecuidance de faire appel. La semaine dernière, en appel, sa peine a été commuée à 18 mois de détention. Il a eu beau se déclarer souffrant, le juge de Chandigarh a été sans pitié. Il a prié ses anciens collègues de conduire leur ex-patron en prison. Et comme l'ont noté les journalistes, pour la première fois depuis des lustres, le rictus qui lui barrait le visage s'est évanoui ...

vendredi 28 mai 2010

Dans la famille Kapoor, je voudrais ...

Cette chronique Bollywoodienne ne serait pas complète si je n'évoquais pas ceux sans qui rien ne serait possible, je veux parler bien sûr, des acteurs-danseurs-chanteurs.  Car en Inde, les artistes sont complets, ne se contentant pas de jouer dans un registre particulier mais sachant passer de la comédie à la tragédie, tout en chantant et dansant avec le même professionnalisme. Le concept d'acteur n'a donc pas grand chose à voir avec ce que nous connaissons ici.  A Bollywood, trois films sont produits par jour  (!) et la première chose qui m'a frappée quand j'ai commencé à m'intéresser au cinéma indien dans les médias, c'est la répétition de certains patronymes. J'ai constaté et cela m'a été confirmé, qu'il existe  en Inde de véritables dynasties d'acteurs, et j'en ai conclu à des preuves de népotisme dans le milieu du cinéma exactement comme chez nous avec les Deneuve-Mastroianni,  Depardieu, Cassel, etc. Cependant, à la lecture de certaines biographies, il semble que le phénomène soit plus important ici. Prenons par exemple, le cas des Kapoor. Le premier de la lignée, Raj Kapoor, était la plus grande vedette des années 50 et 60. Dans son arbre généalogique, on compte une vingtaine d'acteurs et d'actrices et aujourd'hui la quatrième génération est représentée par Ranbir Kapoor, l'acteur qui monte, et ses cousines, Karisma et Kareena Kapoor, cette dernière, présente dans tous les magazines où elle truste de pleines pages de publicité et la rubrique people. Elle est en effet fiancée à Saif Ali Khan, le dernier rejeton d'une autre célèbre famille d'acteurs, celle des Tagore-Pataudi. Enfin un des petits-fils de Raj Kapoor a épousé la sœur aînée de l'immense star, Amitabbh Bachchan, disons le Belmondo indien mais qui lui, tourne toujours. Son fils, Abishek Bachchan, acteur lui aussi, brille surtout parce qu'il est marié à Aishwarya Rai, ex Miss Monde, top model, actrice et ambassadrice d'une grand marque de cosmétiques, que l'on a pu voir récemment à Cannes, parce qu'elle le vaut bien... Bon, il existe tout de même quelques électrons libres, orphelins de cinéma. Le plus célèbre d'entre eux est sans conteste, Shah Rukh Khan ou SRK (les Indiens adorent les acronymes) que les Français peuvent voir en ce moment sur les écrans. En effet, des Khan, il en existe plein d'autres dans le cinéma indien mais lui seul peut dire : " My name is Khan". 
Si le sujet vous intéresse, je vous conseille d'aller voir . Merci Sally & François pour l'emprunt de la photo.

mercredi 26 mai 2010

Bollywood, bouffe et boxon

Contrairement à chez nous où aller au cinéma procède souvent d'une envie de dernière minute, les Indiens s'y préparent à l'avance et s'en font une fête. Il faut d'abord réserver sa place, parfois plusieurs jours à l'avance pour la sortie des films événements. Pour cela, on doit se déplacer aux guichets ou, pour les plus modernes, réserver en ligne sur des sites comme BookMyShow.  Les places sont alors attribuées selon le principe de premier arrivé, premier servi, en remplissant la salle du haut vers le bas. Quand vous tentez quand même le coup de vous présenter sans réservation, vous vous retrouvez, comme Lilie et moi, au deuxième rang à droite, des décibels plein les oreilles, l'envie de vomir pendant certaines scènes d'action, et bien sûr un torticolis assuré surtout quand votre voisin de derrière vous tombe dessus en pleine séance (véridique). Mais bon, comme après plusieurs mois en Inde, on apprend la patience et la zen attitude, on finit par accepter des conditions que jamais, ô grand jamais, on n'aurait acceptées avant. Première différence, comme chacun est supposé avoir son ticket, contrôlé par des ouvreuses (ici plutôt des ouvreurs), l'installation prend au bas mot une demie heure après que le film a commencé. Autre sujet d'étonnement pour nous, la présence de familles entières, des grands-parents aux tout-petits, que le film soit violent ou pas. La notion d'interdiction aux mineurs ne semble pas exister, du moins à ma connaissance, pas plus que celle du baby-sitting. Quand on va au cinéma, on emmène mémé et le petit dernier encore dans ses langes. D'où, en plus du brouhaha des conversations, quelques hurlements ou vagissements. A mi-film, parfois bien amenée, parfois au beau milieu d'une scène cruciale, c'est l'entracte ou "intermission" comme l'affiche l'écran. Au retour, après les dix minutes de réinstallation de la salle, on a les odeurs en prime car tout le monde en a profité pour s'acheter son pot de pop corn ou mieux, son samosa. Pendant le film, les commentaires vont bon train, les répliques fusent et comme les Indiens sont souvent très pudiques, certaines scènes d'amour sont couvertes par de grands éclats de rire. Et encore, je ne connais pas les petits cinémas de quartier ou paraît-il, les spectateurs du balcon invectivent ceux du parterre et vice-versa ! Enfin, quand la séance est sur le point de s'achever et que vous êtes plongé dans la dernière scène de ce grand-film-d'amour-qui-finit-mal, vous constatez éberlué que vos voisins sont déjà tous debout et se dirigent vers la sortie ! Quand je pense qu'en France, je râle quand on me cache le générique ...     

mardi 25 mai 2010

C'était la dernière séance

La veille du départ de Lilie d'Hyderabad, nous avions décidé de nous faire une toile. C'est vrai que depuis 6 mois que j'habite ici et malgré mon engouement pour les films de Bollywood et tous les potins qui vont avec, je n'en avais pas encore pas eu l'occasion. Nous avons donc opté pour la séance de midi d'un grand cinéma de Jubilee Hills qui entre parenthèses, n'a rien à envier à nos multiplexes. Nous étions un vendredi, jour de sortie des nouveaux films et ce vendredi-là, du très attendu "Kites" avec le sublimissime Hrithik Roshan. Il faut dire que Hrithik, le chéri des  teen-agers en leggings et de leurs mères en sari, c'est un peu un croisement entre Alain Delon période "La Piscine" et Sylvester Stalone. On a toutes envie de se plonger dans ses yeux verts et encore, les photos ne lui rendent pas hommage, il est beaucoup plus sexy quand il bouge. L'actrice principale n'est pas mal non plus, c'est une superbe belle plante mexicaine dont on se demande comment elle n'a pas encore été repérée par Hollywood, je la verrais bien dans le prochain James Bond, mais bon, ce que j'en dis... Elle s'appelle Barbara Mori et entre nos Romeo et Juliette, les scènes d'amour sont torrides. Le film a d'ailleurs déclenché une polémique en Inde car jugé trop "hot" par les ligues bien pensantes. Il faut préciser ici que jusqu'à très récemment, les héros Bollywoodiens ne s'embrassaient pas sur les lèvres et  mimaient encore moins l'acte sexuel, le comble de l'érotisme étant de danser un pas de deux avec des poses parfois suggestives.  Quant aux scénaristes, ils avaient dû étudier Corneille ou Shakespeare à l'école  car  le plus souvent, ils mettaient en scène des amoureux contrariés par un père intraitable ou un cruel rival. Dans Kites, les amants sont tout aussi malmenés mais cette fois par de très méchants sur fond de casino à Las Vegas, de sorte qu'on est plus près du blockbuster efficace à l'américaine que du masala movie. L'avantage pour nous de ce genre de film c'est qu'entre action et passion, on arrive à comprendre facilement, même si les dialogues sont un tiers en hindi, un tiers en anglais, et un tiers en ... espagnol et tout ça, bien sûr sans sous-titres ! J'avais prévu de parler de l'ambiance dans la salle mais cela fera l'objet d'un second billet. So long ! Hasta luego ! Namskaar !      

lundi 26 avril 2010

Le Taj Mahal, mes nouveaux copains et moi

Il existe de par le monde des endroits mythiques. Des endroits où l'on se dit qu'un jour peut-être, on ira. Pour les avoir vus des milliers de fois en photo, on pense tout savoir d'eux. Sauf qu'en vrai, ça n'a rien à voir. Ainsi du Taj Mahal. Le quatrième coup de cœur de ma vie de voyageuse. Le premier, c'était devant le Grand Canyon du Colorado, le second, à Abu Simbel en Égypte, et le troisième, face à la Merveille de Petra en Jordanie. Que ce soit l'œuvre de la nature, celle de la main de l'homme ou un mélange des deux, à chaque fois, je suis restée saisie devant tant de beauté. Il est à peine 7 heures, ce mercredi matin d'avril lorsque nous arrivons à l'entrée du Taj Mahal. Une première porte massive en grès rouge le masque à notre vue. Il faut en dépasser le porche pour le voir apparaître enfin. Il est là, majestueux, tel que dans nos rêves. La pureté du blanc, la parfaite harmonie de ses proportions, sa silhouette à la fois imposante et délicate se détachant sur un ciel un peu blafard, nous saisissent à la gorge. C'est un hymne à l'amour, le cadeau d'un empereur moghol à son épouse hindoue, Mumtaz, la seule à lui avoir donné un fils. Un mausolée de marbre blanc comme un écrin au cénotaphe de la belle endormie. Un lieu de douleurs aussi on imagine, pour les 20000 ouvriers qui le bâtirent pendant 12 ans. Mais déjà on nous presse de prendre notre tour pour la traditionnelle photo, nous énièmes touristes à poser humblement devant lui. Puis, nous dépassons le bassin, traversons les jardins et posons le pied sur le parvis. De près, il est presque aussi beau que de loin. Nos yeux éblouis scrutent chaque panneau de marbre travaillé aussi finement que de la dentelle de Calais, ou recouvert de motifs floraux incrustés de pierres précieuses (jaspe, turquoise, lapis-lazuli, cornaline, onyx...) dont notre guide indien francophile énumère avec gourmandise les noms en français. Nous nous imprégnons du lieu, prenant le temps de nous y attarder, sans avoir conscience qu'il est bien désert pour l'un des endroits les plus visités du monde*. Vers 9 heures, les trains et les bus déversent leur flot de touristes indiens, et aussitôt, les saris ou les ghagharas** multicolores des femmes, les coiffes couleur safran ou rouge des hommes, se détachent sur le blanc immaculé du Taj, rendant l'instant encore plus magique. Je suis tranquillement assise sur un banc lorsque soudain, je me retrouve cernée par un petit groupe de papys rigolards. Aussitôt, j'engage la conversation avec eux, je "socialise" comme dit mon mari, et j'apprends qu'ils viennent du Gujarat. Je reste ainsi un petit moment, en face d'un des plus beaux endroits du monde, à bavarder avec mes nouveaux copains. A savourer un pur moment de grâce.
* L'explication nous est donnée le soir même par un marchand d'Agra, le nuage de cendres du volcan islandais a stoppé net les vols au départ de l'Europe. Pas d'avions, pas de touristes !
** Jupes longues portées par les femmes du Rajasthan et du Gujarat.

mercredi 31 mars 2010

Les frères ennemis

Si les échos lointains de ce qui s'est passé ces jours derniers à Hyderabad, capitale de l'Andhra Pradesh au Sud de l'Inde, sont parvenus jusqu'en France, bien peu ont dû y prêter attention. Un mort*, quatre-vingt blessés et un couvre-feu décrété par un gouvernement vite dépassé, ne sont que des mots dans le flot d'autres catastrophes que déversent les chaînes de télé quotidiennement. Même ici, en Inde, ces incidents n'ont pas fait longtemps les gros titres des télévisions nationales. Il faut dire que l'actualité a été riche cette semaine entre les attentats de Moscou, un incendie meurtrier à Calcutta qui a fait 42 morts, et la prise d'otages de 120 indiens le long des côtes somaliennes. Quant aux chaînes locales, elles ne bruissaient que de l'annonce faite par la championne de tennis Indienne Sania Mirza, originaire d'Hyderabad, de son prochain mariage avec l'ex capitaine de l'équipe de cricket du Pakistan, bel exemple de tolérance. Ce conte de fées des temps modernes permettra-t-il de faire oublier les tensions latentes qui règnent entre ces deux frères ennemis, les Hindous et les Musulmans, et qui éclatent sporadiquement avec une violence inouië à un endroit ou à un autre du pays ? A Hyderabad, on ne peut pas dire qu'on ressente ces problèmes au quotidien. Pour nous, les expats, ça s'arrête à quelques réticences de nos chauffeurs hindous à se rendre dans la vieille ville à majorité musulmane (quand nous nous y rendons, le nôtre refuse, par exemple, de déjeuner sur place) mais ça s'arrête là. D'ailleurs, cela faisait 20 ans que la ville, qui compte 40% de Musulmans (14% en Inde), n'avait pas connu de violences intercommunautaires. En 1990, elles avaient fait 200 morts, et apparaissent en toile de fond du très beau livre que je vous recommande, "Jour de pluie à Madras". A chaque fois, le point de départ est un prétexte anodin. Cette semaine, c'est la fête de Hanuman Jayanti et les Hindous ont voulu hisser leur bannière safran à la place du drapeau vert que les Musulmans avaient "oublié" d'enlever lors de la commémoration de la naissance de Mahomet, un mois plus tôt. Le ton a monté, une bousculade s'en est suivie, prélude à un déchaînement de violence des deux côtés. Bilan de trois jours d'affrontement : un jeune musulman poignardé à mort, des dizaines de blessés, la plupart à coups de pierre, des magasins incendiés, des temples et des mosquées ravagées, et un couvre-feu indéfini. Depuis, comme disent les médias, le calme semble revenu et la jeune championne hyderabadie de tennis a pu donner hier sa conférence de presse. Elle se marie dans un mois ... à Lahore, au Pakistan**.
* Deux en fait : mardi soir un commerçant qui se trouvait, comme on dit, au mauvais endroit au mauvais moment a succombé à ses blessures dues à des jets de pierre.
** Précision de dernière minute, ils vont se marier d'abord à Hyderabad, puis à Lahore.


lundi 22 mars 2010

Il n'est pas de sots métiers

En Inde, on ne jette pas grand chose et on récupère tout, ou presque. Pour nous cependant, la vie est tellement peu chère que la tentation est grande de remplacer ce qui est cassé. Seulement voilà, à notre arrivée en novembre, j'ai fait l'achat d'une paire de sandales à 550 roupies (9 euros) que j'aime bien, et quand la lanière de l'une d'elles a cédé, j'ai décidé de lui donner une autre chance. Je suis donc allée chez le cordonnier. Si l'expression avoir pignon sur rue a un sens, c'est bien ici. En effet, l'homme de l'art est assis à même le trottoir au coin de ma rue. Deux bouts de bois soutenant une bâche bleue au-dessus de la tête, son attirail par terre, il attend le chaland. Souvent, un comparse lui tient compagnie et ensemble, ils boivent le tchai, partagent des samosas achetés au marchand ambulant, et papotent. Je me suis accroupie, j'ai suivi l'opération, une pointe de colle, deux coups de poinçon, et ma chaussure a repris vie. La réparation m'a coûté 10 roupies (16 centimes). J'aurais bien voulu lui donner plus mais mon chauffeur-ange gardien veillait au grain. L'économie indienne repose ainsi sur une multitude de petits métiers qui tous ont leur utilité. Ainsi, si l'on considère le nombre incroyable de chiens errants dans les villes, on s'étonne du peu de crottes sur les trottoirs. C'est parce que, pliées en deux sur leurs balayettes, une armée de femmes, souvent plus toutes jeunes, passent leur journée à nettoyer la chaussée, les devants des maisons et même les pelouses. Parfois, leurs gestes cent fois répétés me font penser au rocher de Sisyphe, puisqu'à peine ont-elles fini de nettoyer leur bout de terrain qu'elles doivent recommencer. Dans l'hôtel où nous avons passé nos trois premières semaines, je voyais tous les jours le même employé retirer des galets, balayer dessous pour enlever la poussière, et les remettre ensuite. Plus récemment, au Marriott à Goa, nous prenions notre petit-déjeuner en terrasse, lorsque le manège d'un jeune homme agitant une sorte de mat de 5 mètres de long au bout duquel flottait un drapeau blanc nous intrigua. Nous avons fini par comprendre ce qu'il faisait : il éloignait les corbeaux ! La société indienne est très hiérarchisée et tout en bas de la pyramide, ces petits métiers qui nous semblent parfois dérisoires ont leur utilité sociale. Ce jeune porte-drapeau-effrayeur-de-corbeaux arbore fièrement son badge indiquant qu'il travaille dans l'un des fleurons de l'hôtellerie mondiale, et il sait que s'il fait bien son travail, bientôt il sera affecté au ménage ou à la plonge. Car ici, peu importe que l'on exerce un métier peu qualifié, l'essentiel est d'en avoir un pour subvenir à ses propres besoins et la plupart du temps, à ceux d'une nombreuse famille...

vendredi 19 mars 2010

Certains priaient Jésus

Lorsque vous remplissez votre demande de permis de résider en Inde, vous devez indiquer votre religion, et il est tout à fait inconcevable de ne pas répondre ou pire, d'annoncer que vous êtes athée. En Inde, on croit en Vishnu, en Allah ou en Dieu, et se rendre au temple, à la mosquée ou à l'église fait partie intégrante de la vie quotidienne. Et essayez d'imaginer une seconde ce que serait l'Inde sans les merveilleux temples dravidiens multicolores du Tamil Nadu, le Temple d'or d'Amritsar, centre spirituel de la religion sikh, ou les jolies églises blanches de Goa et Pondichéry, pour ne citer qu'eux. Rien qu'à Hyderabad, ville œcuménique s'il en est, tandis que nous grimpons pieds nus les marches du délicieux Birla Mandir, tout de marbre blanc, notre regard se pose sur le Lac Hussain Sagar au milieu duquel trône un gigantesque Bouddha. Plus loin, dans la vieille ville musulmane, la Mecca Masjid est l'une des plus imposantes mosquées du monde et, en cherchant bien, St Andrew's rappelle que les Britanniques ont apporté aussi le culte anglican dans leurs bagages. Oui, le sacré est partout en Inde. A Goa, un minuscule territoire se donne des airs de mini Vatican. Velha Goa (ou Old Goa de nos jours), l'ancienne capitale portugaise jusqu'au milieu du 18è, rivalisait avec Porto par la richesse de ses églises. Il en reste une quinzaine aujourd'hui dont la Cathédrale Ste Catherine, dont on dit qu'elle est la plus grande de toute l'Asie. Qui dit religion dit missionnaires. St François-Xavier était de ceux-là. Curieux destin que celui de ce jeune homme de bonne famille Navarraise*, disciple de Ignace de Loyola avec lequel il fonda la Compagnie de Jésus avant de partir convertir l'Inde, le Japon puis la Chine. Mort à 46 ans sur le bateau qui le ramenait de Malacca, son corps repose à la Basilique du Bom Jesus à Old Goa et fait l'objet d'un véritable culte. Sa châsse fut ouverte plusieurs fois, les Jésuites de Rome réclamant un bout de ses reliques, puis les Chinois. Finalement, quelqu'un de sage décida qu'il fallait arrêter de saucissonner le Saint et depuis il repose sur ce petit bout de terre Indienne. Requiem in pace.
* Message personnel à mon papa : on dit qu'il prononça ses derniers mots dans sa langue maternelle, le basque...

mercredi 10 mars 2010

La femme est l'avenir de l'Inde (II)

Le vote aurait dû avoir lieu symboliquement le 8 mars, journée de la femme. Une poignée de députés rétrogrades en a décidé autrement. Peu importe. La Rajya Sabha, la chambre haute du Parlement indien, a voté hier soir à une écrasante majorité une loi accordant 33% des sièges aux femmes dans l'hémicycle. La plupart des journaux qualifient ce matin le vote d'historique. Dès que la Lok Sabha, la chambre basse aura amendé le texte, la Constitution sera modifiée pour qu'un tiers des représentants des différentes assemblées indiennes soient désormais des femmes. En effet, alors que la moitié des Indiens sont des Indiennes, seules 10 % d'entre elles occupent aujourd'hui des postes électifs en politique. Un ratio qui n'est pas sans rappeler celui d'autres démocraties, à commencer par la nôtre. D'ailleurs, en regardant les images prises dans l'hémicycle lundi soir, alors que des députés survoltés agressaient le président de séance et déchiraient rageusement leurs bulletins de vote, je n'ai pu m'empêcher de penser aux débats houleux qui avaient précédé le vote de la loi sur l'avortement en 1975. Qui n'a pas en mémoire cette photo de Simone Veil effondrée sur son siège après avoir dû faire face à la vindicte de ses collègues députés les plus virulents ? La marche des femmes pour leur représentation est une succession de victoires gagnées ainsi, grâce à leur opiniâtreté et aussi à l'appui d'hommes de bonne volonté. En Inde, l'image des femmes en politique est très forte. L'actuelle présidente du parti majoritaire, le BJP (qui sort gagnant de ce nouveau bras de fer), a mis toutes ces forces dans cette bataille. Sonia Gandhi est la veuve de Rajiv Gandhi et donc la belle-fille d'une certaine ... Indira Gandhi, première femme premier ministre de l'Inde dès 1966. Le Times of India ce matin, se montrait dithyrambique et recensait les "pionnières", depuis les 5 premières étudiantes de l'Université de Pune en 1916, en passant par Mère Teresa (prix Nobel de la Paix en 1979) jusqu'à l'actuelle Présidente de la République Indienne, Pratibha Patil, élue en 2007. Même si son rôle s'apparente à celui de nos présidents de la IVè république, il n'empêche, elles ne sont pas si nombreuses à occuper le poste dans le monde. Alors, Messieurs les Députés français, la parité, toujours un vœu pieux ?
La photo a été "empruntée" à l'article d'Aujourd'hui l'Inde dont je vous recommande la lecture.

dimanche 7 mars 2010

Pondichéry, un parfum de France

L'histoire de Pondichéry est intimement liée à celle de la France depuis qu'en 1673, la balbutiante Compagnie des Indes Orientales racheta ce petit village côtier sur la côte de Coromandel au Sultan de Bijapur. Disputée d'abord aux Hollandais, puis aux Anglais, devenue comptoir français en 1765, les Français s'y installeront peu ou prou pendant le 18è siècle, l'occuperont au 19è siècle, pour la céder définitivement à la toute jeune république indienne en 1954. Elle est encore aujourd'hui la porte d'entrée préférée des français qui visitent l'Inde du Sud, si Indienne et si Française à la fois. Le Consulat de France, l'Alliance française, le Lycée Français (97% de réussite au Bac 2009), ainsi que le nom des rues (Rue Romain Rolland, Rue Mahé de la Bourdonnais, rue de la Marine...) et les képis rouges des policiers en faction devant les bâtiments administratifs nous rappellent cette présence de près de trois siècles. Sa taille aussi, 220 000 habitants seulement alors que sa voisine Chennai (ex Madras) en compte plus de 4,5 millions, lui donne des allures de préfecture hexagonale pendant les trente glorieuses. C'est une ville qui se visite à pied, souvent en commençant par la promenade de la plage qui longe sur 3 kilomètres le Golfe du Bengale. La nuit tombe tôt dans cette partie du monde et c'est lorsque le soleil rose darde ses rayons au couchant que l'on se sent enveloppé par la magie du lieu. La statue géante dorée de Gandhi nous toise, nimbée d'une lumière diaphane, tandis que presque en face, celle de Jeanne d'Arc lui tourne le dos. Le long de la promenade, des enfants agitent leur sacs roses remplis de barbe à papa et les silhouettes des amoureux enlacés se détachent sur fond d'une mer qu'on sent plus qu'on ne la voit. Il est temps pour nous d'aller dîner au Club où les serveurs font l'effort de prendre votre commande dans un français hésitant mais sincère et où l'on peut se régaler à la fois de calamars farcis délicieusement relevés ou d'un bon steak au poivre. Toujours à pied, nous regagnons l'Hôtel de l'Orient, une superbe demeure 18è du quartier français de Pondy à la façade rose, et où les noms des chambres sont autant d'appel à d'autres voyages : Maduram, Dindee, Vellore, Coimbatore...

dimanche 28 février 2010

Bollywood et la Dame de fer

A notre arrivée à Chennai - anciennement Madras - mon œil est attiré par d'immenses affiches d'au moins 6 mètres de large sur 4 de haut, sur lesquelles une accorte dame nous toise, son visage rond surmonté d'un mystérieux chiffre 62. Toutes les inscriptions étant en tamoul, il nous faut les explications de notre chauffeur Kumar pour les décrypter. Jayalalithaa, c'est son nom, chef du principal parti d'opposition du Tamil Nadu et ancien premier ministre de l'état, fête ce jour-là ses 62 ans. On peut s'étonner en Inde du véritable culte de la personnalité dont font l'objet certains personnages politiques et de ces affiches qui fleurissent un peu partout, non seulement à l'occasion d'élections mais aussi de toutes sortes de célébrations. Grâce à Kumar, nous apprenons que la dame en question est également une célèbre actrice des années 70. Plus tard, alors que nous nous promenons le long de la très belle plage de Marina Beach, nous traversons le parc MGR où repose une grande star du cinéma, véritable icône du cinéma tamoul, M.G Ramachandran, par ailleurs lui aussi ancien premier ministre de l'état. Bon, pour nous, cela peut paraître bizarre. Même si notre première dame est une ex top model reconvertie dans la variété, on n'en est pas encore à avoir Alain Delon comme président de la république. Les Indiens quant à eux, vouent un tel culte à leurs acteurs que la chose n'est pas si rare. Comme je suis curieuse, en rentrant de notre escapade dans le Tamil Nadu, j'ai voulu en savoir plus sur la fameuse Jayalalithaa et j'ai découvert qu'elle était la maîtresse du MGR en question qui l'a en quelque sorte propulsée en politique. Après un premier mandat de 1991 à 1996, elle a été soupçonnée de corruption, destituée, puis est revenue au pouvoir de 2002 à 2006. Elle a une réputation de "dame de fer" due notamment à ses prises de position très dures sur la question des Tigres Tamouls du Sri Lanka et de la politique de New Delhi à leur égard qu'elle juge laxiste. Enfin, ce 24 février était jour de liesse pour ses nombreux partisans et fans et a donné lieu à de nombreux meetings avec distribution gratuite de nourriture pour les pauvres et collectes de sang (!). Mais la dame ne s'est pas déplacée pour couper le gâteau de 62 kg que ses admirateurs lui avaient préparé. Star, vous avez dit star ?
Pour ceux qui veulent en savoir plus, c'est (merci Sally et François !)