mardi 23 février 2010

Une aussi longue absence

Mon intention était d'évoquer les tracasseries administratives dont ont été victimes ces derniers jours deux de mes amies. La bureaucratie Indienne, tout le monde vous le dira, est une sorte de monstre aux multiples bras un peu à l'image de ces représentations de Shiva ou Ganesh sur les temples. Lilie est coincée au Sri Lanka, son retour en Inde est compromis pour un problème de visa, et en gros, elle a le choix entre la peste et le choléra ce qu'elle explique très bien . Agnès était venue pour son travail à Delhi et elle et son mari en avaient profité pour passer quelques jours chez nous. Son retour a été un mauvais remake d'un jour sans fin. Tout ça parce qu'elle avait oublié d'avoir avec elle la copie de son billet de retour Delhi-Paris. Lorsqu'elle est sortie de l'aéroport domestique, elle n'a plus été autorisée à rentrer dans l'aéroport international. Son voyage a duré 48 heures, et a viré au cauchemar, cauchemar qui aurait pu lui être évité si le policier en faction avait fait montre d'un peu de mansuétude. En trois mois, j'ai accumulé tellement d'anecdotes sur le sujet que je pense que j'aurai de quoi y revenir. A la place, je vais me contenter de rassurer mes fidèles lecteurs, je vais bien, ne vous en faites pas. La douceur de l'hiver à Hyderabad a laissé la place à un printemps anormalement chaud, à tel point qu'on se demande déjà ce que sera l'été dont le pic des chaleurs est annoncé en mai. Nous avons commencé à mettre les ventilateurs dans la journée et l'air conditionné en début de nuit. Si je le pouvais, croyez bien que je vous enverrais généreusement ciel bleu, soleil et un peu de cette chaleur qui commence à nous faire tourner au ralentis. A la place, je vous offre cette fleur de frangipanier dont les effluves embaument en ce moment les jardins du Chowmahalla Palace. Demain, nous partons pour quelques jours dans le Tamil Nadu, sur la Côte de Coromandel. De Madras à Pondichéry - deux noms qui me font rêver depuis que je suis toute petite - , je vous promets de faire le plein d'images, de sensations et de matière à de prochains petits billets. Namaste à tous !

vendredi 12 février 2010

Faim d'apprendre

Quand notre nouvelle amie Isabelle nous a proposé de nous emmener visiter une école de campagne, j'étais loin de m'attendre à ce que j'allais trouver. Après quarante minutes de petites routes au milieu de rizières et autres paysages bucoliques, nous avons pris un petit chemin cahoteux et traversé un ou deux villages très pauvres avant de découvrir l'école. Deux ou trois bâtiments délabrés, un projet de chantier d'agrandissement commencé il y a deux ans et jamais terminé, et dans la cour, quelques arbres plantés par une équipe de volontaires mais qui ne donneront pas d'ombre de sitôt. La Maharajpet Government School, c'est son nom, est en fait un établissement scolaire qui regroupe 10 classes de la petite maternelle à la seconde. Le principal nous attendait, prévenu à la dernière minute de notre visite, sinon les écoliers auraient préparé notre accueil en grandes pompes ce qui aurait perturbé leur travail. Isabelle, en bonne ancienne instit qu'elle est, veille à ce que pour ses protégés, apprendre reste la priorité. Le plus triste, ce sont les tout-petits. Leur maîtresse fait de la garderie, d'ailleurs elle s'est précipitée dans la classe quand nous sommes arrivés. Ils jouent à même le sol battu ou sur quelques tapis usés jusqu'à la corde avec un ballon, quelques jouets ou des ardoises apportés par d'autres avant nous. Quand j'ai demandé naïvement à Isabelle pourquoi ils étaient là dans ces conditions, elle m'a répondu avec sa franchise habituelle : "Ben, pour manger !" Le gouvernement Indien veut combattre l'analphabétisme dans les campagnes et fournit les repas. Ainsi, les parents mettent leurs enfants à l'école dès leur plus jeune âge, et ils y prennent goût et font tout pour y rester. La plupart des plus grands, en primaire, étaient assis en tailleur à même le sol, seuls les grands du collège avaient droit à des tables et des chaises, souvent suite à un projet de soutien. La cuisine est tenue par un couple qui vit sur place et on se demande comment il fait pour servir 250 repas par jour avec juste un énorme faîtout sur un réchaud au gaz, dans des conditions d'hygiène et de confort plus que sommaires. Un des projets de rénovation de l'école, raison de notre visite, est de réhabiliter la cuisine. L'été dernier, des étudiants de Glasgow ont passé tout leur été à construire des toilettes dans la cour. Le plus cocasse, si on avait le cœur à rire, c'est la salle informatique. Le gouvernement a fourni une quinzaine d'ordinateurs que les jeunes Ecossais ont installés lors de leur séjour, oui mais voilà, dans les campagnes il n'y a pas d'électricité de 9 heures à 18 heures ! Qu'à cela ne tienne, des cours sont quand même organisés de 8 à 9 et les gamins viennent à pied, de très loin parfois, pour ne pas les manquer. Un générateur serait la solution mais il faudrait 50 roupies par heure (75 centimes d'euro) pour le faire marcher et l'école n'a pas de budget. D'après Isabelle, cette situation n'a rien d'unique, elle concerne toutes les écoles publiques de l'état et même de l'Inde toute entière. On ne ressort pas indemne d'une visite comme celle-là mais ce qui émerge de ce trop plein d'émotions, c'est le sourire de ces enfants, leur envie d'apprendre et leur fierté de nous la faire partager...

lundi 8 février 2010

Ma vie de princesse

L'une de mes copines est une sacrée petite futée. Non seulement, elle sait analyser une situation ou jauger une personne avec beaucoup de perspicacité mais elle a aussi un sens inné des formules. Quand mon mari a décidé de louer un studio non loin de la maison pour s'en faire un labo photo, elle lui a finement fait remarquer : "En somme, c'est ta cabane". Là, nous étions invités chez elle et son compagnon qui fait le même métier que mon mari, et nous évoquions notre vie d'expat. Comme je lui demandais si elle n'était pas tentée par l'aventure, elle me répondit tout à trac : "Quoi, tu veux dire vivre une vie de princesse ?". Ca m'a fait sourire et c'est vrai qu'à bien des égards, je vis en ce moment un conte de fée. D'ailleurs, je m'en suis aperçue pendant ces deux semaines en France où tous mes soucis sont revenus me hanter alors que quand je suis ici, je n'y pense presque pas. Ce pays me fait vraiment de l'effet, ce dont j'étais loin de me douter quand j'ai choisi le nom de mon nouveau blog. Cela pourrait devenir un problème à terme, et j'ai parfois l'impression que je pourrais lasser avec mes évocations d'un ciel toujours bleu, d'un climat clément la plupart du temps, d'une vie oisive et de préoccupations de nantis comme celle de trouver un chauffeur sachant parler anglais ... Pourtant, en cherchant bien, tout n'est pas rose (indien) dans cette vie de rêve. Tenez, en ce moment même, j'écris parce que j'ai été réveillée à une heure du matin par une meute de chiens qui hurlaient à la lune en se répondant comme dans les 101 dalmatiens. Impossible de me rendormir car pendant mon premier sommeil, j'ai servi de festin à une horde de moustiques et tout en tapant sur mon clavier, je me gratte furieusement. Dans quelques heures, le muezzin va nous appeler à la première prière, celle de 5 heures du matin. Je ne suis pas plus concernée que la plupart de mes voisins qui sont hindouistes mais comme dit mon petit mari, c'est à ça qu'on voit que l'Inde est un pays tolérant, quand une toute petite minorité empêche la majorité de dormir (je vous sers la version "soft"). Quand j'aurai malgré tout réussi à gagner quelques heures de repos, nos voisins vont se lever et dire qu'ils sont bruyants est un euphémisme. D'abord, les fenêtres des salles de bain ne ferment pas, elles sont juste faites de lamelles de verre à claire-voie. L'indien moyen ne se lave pas les dents comme vous et moi, non, il se racle la gorge pendant vingt minutes au bas mot, en expectorant de façon si poussée qu'au début on le croit atteint d'une tuberculose en phase terminale. Ensuite, le petit dernier de la famille va pousser des cris stridents si effrayants qu'on se demande d'abord si on n'est pas en présence de cas de maltraitance caractérisée. La première fois, j'allais appeler la DDASS locale quand on m'a dit que jusqu'à deux ans, l'enfant indien est un enfant-roi qu'on ne contredit jamais. Son seul mode d'expression ce sont donc ces hurlements à vous fendre l'âme. Au bout de quelques jours, toute pitié a disparu, et vous le jetteriez bien par la fenêtre. Enfin, si j'écris à cette heure de la nuit, c'est parce que tous les matins, à l'instant précis où l'on meurt d'envie d'une tasse de café et d'aller lire ses messages, toutes les prises (mais pas forcément les éclairages) connaissent une coupure d'électricité. Alors, elle est pas belle ma vie de princesse ?

vendredi 5 février 2010

Heureux qui comme Ulysse

Voyager c'est bien, arriver c'est mieux. Nous venons de poser nos bagages dans notre home sweet home Indien, 48 heures après avoir donné un tour de clé à notre appartement rennais. 48 heures qui m'ont paru le double. Nous avons d'abord pris le TGV jusqu'à Montparnasse, un jour de grève SNCF, mais bon, on a eu de la chance, notre train était bien en partance. De là, métro jusqu'au service des visas de l'Ambassade de l'Inde où nos précieux sésames nous attendaient. Un an de validité, il ne nous reste plus qu'à demander sous quinzaine notre permis de résident et nous serons enfin de vrais expats ! Retour à Montparnasse pour attraper un car Air France qui en une heure (deux fois moins qu'à l'aller) nous a conduits à notre hôtel de Roissy-Pôle. Dernier repas français (petit salé aux lentilles pour moi et magret de canard pour Eric !) avant une nuit dans une de ces chambres passe-partout propres à ce genre d'hôtel. Le lendemain, départ matinal pour Charles-de-Gaulle, aérogare 2B. Joyeuse pagaille à l'enregistrement du vol pour Mumbai, pour un peu on se serait déjà cru en Inde... Enfin, après d'interminables formalités de police, nous embarquons à peu près à l'heure et prenons place à bord de l'Airbus d'Air France plein comme un oeuf. En classe éco, quand la cabine est bondée, on n'a pas beaucoup de place mais heureusement, la vidéo embarquée aide à passer le temps. Huit heures, un dîner, une collation, trois films et deux épisodes de Desperate Housewives plus tard, nous débarquons enfin à Mumbai. A nouveau une queue en serpentin pour présenter passeports et visas à de sourcilleux et moustachus policiers. A chaque fois, je note le regard interloqué du préposé à la PAF à la vue de mon passeport. Sur la photo, je ressemble à une réfugiée mexicaine de Tijuana et j'attends avec impatience celui qui me dira : "Vous êtes mieux au naturel, Madame." Là, nous sommes arrivés dans la partie internationale et nous devons récupérer nos valises. Ceux qui voyagent connaissent l'appréhension qui vous gagne quand la gueule béante au-dessus du tapis roulant tarde à recracher vos bagages. Enfin, le compte est bon, il ne reste plus qu'à attendre une demie-heure la navette qui en une vingtaine de minutes nous déposera à l'aéroport national. Il est 1 heure 30 du matin à Mumbai (21 heures à Paris) et il nous faut attendre jusqu'à 6h30 le départ du vol domestique. Re-passage de la sécurité (en Inde, les femmes sont séparées des hommes et contrairement aux toilettes, c'est un avantage car on est moins nombreuses) et enfin, l'enregistrement pour Hyderabad. Et là, surprise, le bus de piste refait exactement le même trajet en sens inverse que celui que l'on a fait avec la navette au début de la nuit ! Vingt minutes après, nous voilà enfin à bord d'un Boeing 737-300 aussi spacieux que l'Airbus d'Air France pour "seulement" une heure trente. Le sommeil aide à passer cette dernière étape en douceur. A l'arrivée, il ne nous reste plus qu'à attendre nos valises, repérer notre chauffeur et regagner nos pénates en quarante minutes. On se sent sale, vasouillard, vaguement nauséeux, mais content d'être arrivé à bon port. Le prochain qui dit que les voyages forment la jeunesse ...

jeudi 28 janvier 2010

Suite française

Quand on me demande ce que l'on ressent quand on rentre en France après une aussi longue absence, je réponds rien, on est chez soi après tout, c'est un peu comme de retrouver ses pantoufles. Enfin presque. Voici une semaine que le bus Air France nous a déposés Éric et moi Gare Montparnasse. Nous nous sommes précipités dans un bistro, j'avais une envie folle de petit noir et de croissants. Plus tard, dans une brasserie typiquement parisienne, j'ai commandé une entrecôte bleue avec des frites et un ballon de Brouilly. Je suppose que c'est à cela que l'on se sent français. Ma tête était toujours en Inde, sur mon balcon à observer mes voisines étendre leurs saris à même le sol ou brosser leurs longs cheveux noirs avant de les natter, mais mon corps était en France et avait faim de ce dont il avait été privé. Nous sommes rentrés pour renouveler nos visas et notre retour dépend du bon vouloir de l'administration indienne. Sur le site de l'ambassade, pour l'instant, une ligne en anglais dit que notre demande est en cours d'évaluation. Alors, en attendant le précieux sésame, Éric est reparti bosser et moi je suis retournée "chez ma mère". Enfin, avant de quitter Paris, j'avais rendez-vous avec une amie au Café Madeleine et auparavant, j'ai eu le temps de faire un tour à la Pinacothèque pour savourer l'expo sur les peintres flamands du XVIIè, une époque que j'affectionne particulièrement. Observer les bulles de rosée et les petits insectes courant sur les feuilles d'un camélia d'une petite toile de De Heem, qu'on peut regarder pour une fois à 50 cm de son nez, quel régal ! Ensuite, cap sur le Sud, où le choc thermique est encore important si l'on considère les 28° que nous avions en Inde mais au moins le soleil est au rendez-vous. Avec Maman, nous sommes allées au cinéma, la première fois pour voir une bluette sans intérêt où tout est archi téléphoné avec un Hugh Grant plus grimaçant que jamais, et la deuxième, pour le dernier film des frères Coen. Pas mal mais un peu déconcertant pour la goy que je suis. J'ai dîné avec ma jolie et surbookée sœur qui m'envie ma liberté et moi sa réussite professionnelle. Ah, j'oubliais, face aux nombreuses heures d'avion et de train en perspective, je me suis enfin décidée à lire le premier tome de Millenium qui, sans m'emballer, a le mérite de me tenir en haleine. Maman et moi avons abandonné mon père devant ses matchs à la télé du salon pour regarder des policiers sur celle de sa chambre. Je n'ai pas eu la motivation nécessaire pour regarder le show présidentiel (en Inde, je n'ai vu qu'une fois sa photo dans la presse en deux mois et j'avoue que ça nous fait des vacances) et tout ce que j'ai retenu de ma lecture du Midi Libre le lendemain c'est qu'on va devoir attendre encore un peu avant de prendre sa retraite. Allez mes chers compatriotes, courage et bonne journée !

mardi 19 janvier 2010

La meilleure façon de Hasher

On peut toujours compter sur les Britanniques pour associer sport et convivialité, sans oublier bien sûr, la troisième mi-temps. En 1938, un groupe d'officiers de sa Très Gracieuse Majesté en cantonnement en Malaisie, eurent l'idée de visiter le pays où ils étaient contraints de stationner ... en courant. Ils lancèrent donc une course où deux "lièvres" (en anglais hares) devaient marquer un parcours de reconnaissance - en y glissant quelque fausses pistes - avant d'être rattrapés par la meute (hounds). Le Hash House Harriers ou HHH ou plus simplement, Hash (rien à voir avec la substance illicite, quoique), était né. Comme c'était l'époque où le soleil ne se couchait jamais sur l'Empire Britannique, nos vaillants tommies essaimèrent dans toute l'Asie du Sud Est, en Australie et bien sûr, en Inde. Dimanche dernier, nous avons donc été intronisés par le Hash de Hyderabad. De nos jours, quelques aménagements ont été pratiqués même si l'esprit reste le même. Nous sommes partis en convoi d'Hyderabad à une dizaine de voitures, direction le nord ouest de l'état, à la frontière avec le Karnataka où se trouve la ville historique de Bidar. Là, chacun pouvait choisir de courir ou de marcher. Des familles avec quelques enfants en bas âge étaient même de la balade. Le parcours des joggeurs était de 13 km, celui des marcheurs de 7,5, ce qui n'est déjà pas une sinécure car le temps que nous arrivions tous sur place et que la caravane se mette en route, le soleil était déjà à son zénith. On a beau être en hiver, en plein midi, il fait vite 28 à 30°. Le but de la randonnée était le fort de Bidar, une citadelle en pierre rouge datant du XVè siècle. Et bien sûr, avant d'atteindre le lieu de rassemblement, il a encore fallu grimper une volée de marches de 40 cm de hauteur. Finalement, tout le monde est arrivé à bon port, les lièvres, la meute et ... les bières. Car pour vous donner une idée de ce qui s'en est suivi, la devise du Hash d'Hyderabad, c'est : "Drinking People with a Running Problem". Éric et moi ainsi que deux autres Français, une Iranienne, un Gallois et deux Anglais avons ensuite été intronisés nouveaux "hashers". Le Grand Maître nous a demandé de nous présenter et nous avons eu droit à une chanson d'accueil différente selon notre pays, chanson paillarde, bien entendu. Puis sur l'injonction "down, down, down", l'équivalent de notre "et glou, et glou, et glou", nous avons dû boire notre godet de bière d'une traite en nous versant les dernières gouttes sur la tête. Un baptême païen en quelque sorte...

jeudi 14 janvier 2010

Jour de fête

Il existe en Inde une multitude de dieux et d'innombrables occasions de faire la fête. Les jours fériés tiennent compte des célébrations des différentes religions et cet œcuménisme conduit à un calendrier amputé de la moitié de ces jours avant même de commencer l'année. Les sociétés comme celles d'Éric de même que les écoles, optent donc pour certains jours en s'efforçant de ne léser personne. Par exemple, cette année à Pâques, seul le Vendredi Saint donnera lieu à un jour de congés. Aujourd'hui était un important jour chômé à Hyderabad, celui où l'on célèbre Sankranti, la plus importante fête Telugu de l'année. La date coïncide en principe avec le solstice du capricorne, mi-janvier. Au départ, Sankranti était surtout fêté dans les campagnes où c'était une journée d'action de grâces qui marquait la fin des récoltes, une sorte de Thanksgiving. Les familles se retrouvaient, s'invitaient entre voisins, et on festoyait en partageant le fruit des récoltes. Elle donnait lieu également à des combats de coq, les Kodi Padaelu, sur lesquels on pouvait parier des milliers de roupies. Mais ce sport, encore pratiqué dans certains districts de l'Andhra Pradesh ne fait plus recette. L'histoire ne dit pas si les belliqueux gallinacés finissent en coq au vin, vu qu'on fait bombance ce jour-là... Parmi les autres traditions qui entourent cette fête, l'une consiste à décorer le seuil des maisons. Plusieurs jours à l'avance, on voit les servantes tracer à la craie un canevas compliqué sur lequel au moment de Sankranti, elles ajoutent des pigments ou des fleurs. Ce sont les rangoli et une occasion pour chacune de rivaliser de créativité. D'ailleurs, dans les campagnes et certaines kermesses en ville, cela donne lieu à des concours un peu comme celui du plus beau balcon fleuri chez nous. Enfin, lorsque nous avons entendu parler pour la première fois de cette fête, les Indiens l'appelaient devant nous le "Kite day", la journée de cerfs-volants. Des familles entières convergent vers les parcs ou sur les berges du Lac Hussain Sagar et là, elles pique-niquent avant d'envoyer dans le ciel des cerfs-volants préparés eux aussi plusieurs jours à l'avance, aux cris de "kataa" et "sadaa" (mon vocabulaire telugu ne me permet pas encore de traduire, désolée). Le spectacle promettait d'être somptueux mais cette année, ici aussi, le climat est détraqué. L'horizon était bouché, le ciel d'un blanc blafard, et les voiles multicolores ne se sont pas déployées comme nous l'espérions sur un beau fond bleu azur. Ça ne fait rien, le cœur y était : Happy Sankranti à vous qui passez !

lundi 11 janvier 2010

Diva

L'auditorium du Marriott était plein à craquer lorsqu'elle a fait son entrée. Je n'ai pas une âme de groupie, loin s'en faut, mais je suis immédiatement tombée sous le charme. Une voix puissante - et elle a de qui tenir, sa mère est un grand nom du jazz -, une présence, de l'humour et une élégance... J'ai adoré la petite robe noire chiquissime, le chignon très années 50 et même les boots dorés à talons aiguilles. Elle était servie par un trio de musiciens très pros, autant que je puisse en juger, un pianiste, un contrebassiste et un batteur. Pendant près de deux heures, la salle entière était électrisée et c'est avec bonheur que nous avons fini debout pour entonner "Happy Birthday to You" à la dame qui fêtait son anniversaire ce soir-là, au tout début de sa tournée en Inde. Le lendemain, nous étions, Eric, notre chauffeur et moi à l'hôtel pour faire découvrir à l'artiste et ses musiciens la ville. Elle est arrivée à la dernière minute, est montée dans la voiture sans dire bonjour ni chercher à savoir qui nous étions, et a ordonné à notre chauffeur de couper la clim qu'elle ne supportait pas. Nous étions cinq dans la voiture, personne n'a pipé mot, le ton était donné. Plus tard, elle a continué à imposer son tempo, nous obligeant à sauter le déjeuner car elle n'avait pas faim, puis se perdant avec son ingénieur du son dans le bazar, nous contraignant à l'attendre une demie-heure dans la chaleur, le bruit, et l'estomac vide. Pour finir, nous l'avons abandonnée dans la vieille ville et continué le programme de la visite avec ses musiciens, l'un d'eux lui indiquant de temps en temps le but de notre prochaine étape. J'avoue qu'elle ne m'a pas manquée et que nous avons passé une excellente après-midi avec des gens simples, intéressants et curieux de cette ville qu'ils découvraient. L'Alliance Française nous avait aussi adjoint deux jeunes étudiants Indiens et le petit groupe que nous formions, après un démarrage laborieux, s'est finalement très bien passé de la diva et de ses caprices. Nous avons ramené les musiciens au Marriott, ils ont gratifié notre chauffeur d'un généreux pourboire quand nous leur avons expliqué qu'il n'était pas censé travailler un dimanche, nous ont offert un verre au bar de l'hôtel en nous remerciant chaleureusement. Quant à la diva, quand elle s'est enfin décidée à nous rejoindre, elle nous a ostensiblement snobés en montant dans la deuxième voiture et a filé directement dans sa chambre pour prendre un bain. Elle ne nous a pas dit au revoir, de toute façon, elle ne nous avait pas dit bonjour non plus. Pour elle, nous n'aurons été le temps d'une journée que deux passables météorites dans son firmament étoilé. Et pour moi, la preuve que certains artistes ne gagnent rien à être connus en tant que personne.

vendredi 8 janvier 2010

Mourir pour des idées

Le sujet du jour est grave, je vais essayer de l'adoucir avec la photo ci-contre prise à la plage de Candolim pendant ma semaine à Goa. Voilà plusieurs semaines que j'évoque ici les troubles relatifs à la scission d'une partie de l'Andhra Pradesh pour constituer un nouvel état Indien, le Telangana. Malgré une promesse faite le 9 décembre par le gouvernement fédéral, qu'ici on appelle le "Centre", les choses sont aujourd'hui au point mort. Toutes les parties en présence se sont retrouvées lundi à Delhi mais rien n'a abouti. Delhi appelle les différents protagonistes à la raison mais continue de temporiser, le principal parti pro-Telangana, le TRS, attend que Delhi se prononce et donne enfin une feuille de route pour prendre position, et les tenants d'un Andhra Pradesh unifié comme aujourd'hui, persistent à refuser l'inéluctable. Chacun campe donc sur ses positions et la vie à Hyderabad est redevenue normale. Aujourd'hui dans le Times of India pas une ligne sur le Telangana. Ce conflit qui dure maintenant depuis plus d'un mois, du moins pour les derniers événements car en vérité, c'est un vieux débat de plus de 40 ans, n'a pas fait de victimes. Enfin presque. Car en Inde, quand on n'est pas d'accord, on se suicide. En septembre dernier, avant notre arrivée, la mort accidentelle du Premier Ministre de l'Andhra Pradesh avait été suivie d'une "épidémie" de suicides. Evidemment, pour nous, c'est incompréhensible. Pendant la grève de la faim du leader du TRS, j'en avais dénombré 22 du côté de ses partisans. Quand Sonia Gandhi a promis qu'il y aurait un Telengana autonome, 5 jeunes gens de l'autre bord se sont donné la mort. Hier, alors que le processus d'indépendance était à nouveau dans l'impasse, trois nouveaux suicides se sont produits. Ses copains du cours de multimedia qu'il suivait, ont retrouvé Bhuma R., 24 ans, pendu au ventilateur de sa chambre. Dans la poche de son jean, les policiers ont trouvé un mot : "Je meurs pour le Telangana. Mon âme ne sera en paix que quand un état Telanganais sera formé. [...] Soniamma (qu'on peut traduire par Maman Sonia), si tu ne nous donnes pas un Telangana maintenant, nombreux sont ceux qui mourront comme moi". Je sais que les Hindous n'ont pas la même conception de la vie et la mort que nous, j'ai lu des choses à propos du karma et de la réincarnation, mais je ne peux m'empêcher de penser à ces mères, ces pères, ces fiancées qui pleurent l'être cher. Et parfois, face à toutes ces morts aussi violentes qu'absurdes, je me surprends à fredonner la chanson de Brassens ...

lundi 4 janvier 2010

Vous permettez, Monsieur ...

Parmi les nombreuses choses qui nous surprennent en Inde, nous les Occidentaux pétris de certitudes, il y a les mariages arrangés. D'après notre nouvel ami Indien, Venkat, lui-même marié par amour à une Française depuis 15 ans, 80% des mariages dans son pays seraient arrangés. Autrefois, on se fiait à des intermédiaires dont c'était la spécialité. Connaissant les familles, leur religion, leur "caste", leur niveau social, le profil des "promis", et leurs horoscopes (capitale, la convergence des planètes), ils se chargeaient de proposer des prétendantes possibles à la famille, autant de fois que nécessaire, jusqu'à trouver la perle rare. Ces entremetteurs existent toujours aujourd'hui dans l'Inde rurale mais de plus en plus, dans les villes, on se marie par l'entremise ... des petites annonces. Les premières semaines où j'ai eu entre les mains le Times of India ou le Deccan Chronicle, j'ai été frappée par le nombre d'annonces matrimoniales. Le Dimanche dans le TOI, c'est carrément une double page. Leur lecture est édifiante quant à la manière dont se passent les rencontres en Inde. Un exemple au hasard dans la rubrique "Brahmane" (la caste considérée comme la plus élevée) : "Mumbai (Bombay) : Influente famille, mère Brahmane Tamile, père Brahmane d'Andhra, recherche pour son fils né en 1985 mesurant 1,70 m, beau garçon, titulaire d'un MBA, ingénieur dans une société d'informatique ISO 9000 (!), une jeune fille Andhra/Tamil (Nadu) Brahmane, de 2 à 4 ans de différence, prête à s'intégrer dans notre famille où elle sera considérée comme notre PROPRE fille. Un MBA et des capacité managériales seraient un plus mais pas essentiel. Envoyer détails, photo et horoscope à [...]". Pour tenter d'apporter un éclairage sur cette question de castes, je précise qu'elles sont en principe abolies par la Constitution mais dans les faits, elles restent très présentes, surtout aux deux extrémités, les Brahmanes (reconnaissables à leurs noms de famille comme Reddy ou Rao) et les dalits (ex intouchables) qui bénéficient d'emplois réservés, un peu comme les minorités ethniques aux Etats-Unis. Mais revenons à nos mariages, si les femmes sont nombreuses à faire passer des annonces pour choisir leur futur conjoint, c'est toujours la famille de la future mariée qui devra tout régler, la dot mais aussi la noce et les cadeaux à la belle-famille. Des parents s'endettent jusqu'au cou pour marier leur fille et la naissance d'une fille dans certaines campagnes est toujours considérée comme une malédiction ... Et pour finir sur une note optimiste (?), je citerai Venkat : "60 % des mariages Indiens sont des mariages heureux alors que chez vous, en France, un sur deux se termine par un divorce...". A méditer.

dimanche 27 décembre 2009

Noël au balcon

Vivre Noël en été, c'est vraiment... magique. Même si nous n'étions que tous les trois, même si des êtres chers à mon cœur restés en France me manquaient en ce jour plus que d'autres, ce Noël restera imprimé longtemps dans ma mémoire. Nous n'avons pas pu réveillonner à l'extérieur comme prévu, à cause du bandh décrété le matin même par le gouvernement de l'Andhra Pradesh. Le bandh est un mot hindi intraduisible, une sorte de couvre-feu qui réduit les déplacements et oblige les magasins, les écoles et les administrations à fermer pendant les périodes de trouble politique. En l'occurrence, à l'annonce d'une suspension dans le processus d'autonomie du Telengana décidée par l'assemblée d'Andhra Pradesh, des sympathisants de la cause indépendantiste s'étaient remis mercredi soir à casser des voitures et à brûler des bus. J'ai peut-être pêché par excès de prudence, Eric et Zuzu étaient prêts eux à prendre le risque de sortir, quitte à rebrousser chemin, mais j'ai lu trop de livres sur le sujet pour avoir envie qu'on se retrouve pris dans une émeute en Inde... Bref, nous avons réveillonné "chez nous". Au menu, champagne, foie gras, bourgogne, saucisson et Brie qu'Eric venait juste de rapporter de France dans sa valise diplomatique personnelle. Et pour finir, des délicieux gâteaux de notre colis de Noël allemand (merci Lena !). Nous avons même entonné des cantiques (et quelques chansons paillardes), et je crois pouvoir affirmer que ce soir-là, nous avons fait plus de bruit que nos voisins Indiens, ce qui n'est pas peu dire ! Le 25, nous sommes allés "bruncher" à l'Ista, l'hôtel magnifique où nous avions passé nos trois premières semaines à Hyderabad. Champagne indien (pas mauvais, ma foi) à volonté, un buffet de rêve aux influences culinaires très variées, des pâtisseries à faire pâlir Le Nôtre, et un café pour finir (un vrai, un noir, pas cette lavasse avec nuage de lait, réminiscence de l'ère britannique, que l'on nous sert d'habitude). Le Père Noël était là, la presse people aussi (!), nous avons même posé avec le Directeur de l'hôtel et son chef. Cerise sur le gâteau, pour nous remettre de ces riches agapes, nous avons eu la piscine de l'hôtel pour nous tous seuls ! Les Indiens se baignent très rarement, les rares expats devaient avoir mieux à faire, autant dire que nous étions comme trois coqs en pâte. Euh, pardon, deux petite poules et un coq français.

lundi 21 décembre 2009

Les dames de la côte

Anita a dans les 40 ans, peut-être moins, difficile à savoir. Elle a un visage qu'on n'oublie pas, différent des autres vendeuses de la plage. Plus long, plus anguleux avec un sourire très doux. Au bout de deux ou trois jours passés à s'apprivoiser mutuellement, elle m'en dit plus sur elle. Comment elle est venue du Rajasthan avec sa mère et ses trois enfants parce que son mari ne pouvait plus entretenir sa famille. Il a été renversé par une voiture et a perdu l'usage de ses jambes. Pas de sécu là-bas. Sa voix se casse quand elle dit qu'elle regrette juste de ne pas pouvoir envoyer ses enfants à l'école mais 600 roupies (9 euros) par mois et par enfant, ce n'est pas dans ses moyens. Elle doit payer une sorte de patente pour arpenter son petit bout de plage et graisser la main aux deux flics en ray-ban que j'ai vus un matin de mes propres yeux racketter une de ses collègues. Et les affaires ne sont pas bonnes cette année. Sa fille aînée, Sonia, l'aide. A 11 ans, c'est une gamine montée en graine, toute en jambes, juste un peu menue. Elle ne fera peut-être pas d'études mais elle passe haut la main son CAP de vendeuse tous les jours. Elle n'a pas son pareil pour vous faire promettre que vous lui achèterez quelque chose. Si ce n'est pas aujourd'hui, demain ou le jour suivant, elle attendra... La grand-mère, elle, son ballot sur la tête et sa bouche édentée, avoue ses 80 ans mais n'a pas de temps à perdre en bavardages. Seules celles qui sortent leurs billets à la vue de ses sarongs l'intéressent, les autres, passez muscade ! Une autre jeune femme se mêle à la conversation. Elle est venue ici pour six mois, laissant ses jeunes enfants à leur grands-parents. Elle retourne les voir tous les deux mois en bus jusqu'au Karnataka voisin. Oui, c'est long six mois, mais c'est comme ça... Et puis, arrive Sunita. Elle, elle a pu faire scolariser à Goa ses deux garçons, Santos et Mahesh, et elle en est très fière. Mais sa grande est restée au pays avec son mari. Quel âge a-t-elle ? 18 ans. Tiens, comme la mienne. Elle s'appelle Lolita et elle attend son premier bébé, elle est enceinte de 5 mois... Sunita est contente, elle est chrétienne et sa fille vient la voir pour Noël. La mienne aussi. On évoque la joie des retrouvailles et on se sépare sur une promesse, penser chacune à l'autre le soir du 24 décembre...
Je dédie ce billet à ma copine Véro qui a eu l'idée géniale de créer des voyages pour aller à la rencontre d'autres femmes de par le monde. Si ça vous intéresse, c'est . Et bien sûr, à toutes les mamans de la terre...

dimanche 20 décembre 2009

To Go or not to Goa

Un jour, je suis allée à Phuket et je n'ai pas aimé ce que j'ai vu. Une fois, je me suis rendue à Negombo, sur la côte ouest du Sri Lanka, et je n'ai pas aimé ce que j'ai ressenti. Je ne suis jamais allée à Ibiza, ni à Marbella, ni à Mykonos, mais je ne crois pas que j'aimerais... Goa fait partie de ces destinations qui seraient parfaites ... sans touristes. Dans le guesthouse de Candolim où je séjournais, un couple d'Italiens passait son temps à se faire des scènes de ménage sur fond de Peter Gabriel et Phil Collins à tue-tête (ç'aurait pu être pire, j'ai échappé à Adriano Celentano). Dans ma chambre, les fenêtres à claire-voie étaient censées laisser entendre le bruit de la mer (selon le Lonely Planet), en fait j'entendais surtout le bang-bang des boîtes de nuit sur la plage. Plage où une colonie d'Allemands - qu'on se rassure je n'ai rien contre nos voisins germaniques mais ils adorent visiblement Goa - squattaient tous les matelas dès 8 heures du matin en prenant soin de laisser leur serviette sur chaque transat avant d'aller petit-déjeuner... Les Indiens sont des gens pudiques mais à Goa, certains deviennent voyeurs. Et comment leur en vouloir quand l'homo turisticus se balade les fesses à l'air (le string et le tanga sont à la mode, on dirait) et sa femelle, les mamelles dénudées pendant sur son ventre à bourrelets. Je n'exagère rien. Comme ils s'ennuient et que le mark (euh, pardon l'euro) est fort, ils achètent tout un tas de babioles aux vendeuses de la plage. Ce qui fait qu'il est impossible de bronzer tranquillement ou de bouquiner sans être interrompu toutes les deux minutes par un "Hello ! You want massage ? You want sarongs ? You want peanuts ? You want strawberries (oui, oui, des barquettes de fraises !) ? Etc, etc. Bref, c'est usant. Fort heureusement, les touristes balnéaires vont rarement à l'intérieur des terres et à Panjim, la capitale aux accents portugais comme à Velha Goa où l'on trouve autant d'églises au kilomètre carré qu'à Rome, ils ne se bousculent pas. Quand enfin vous quittez cette destination idyllique, vous vous retrouvez au milieu d'un charter de Russes à l'aéroport. Vous vous faites arracher un talon par un caddy et passer devant au contrôle des bagages par un malotrus qui vous insulte dans la langue de Tolstoi. Et là, vous vous apercevez que la plupart des babouchkas ont le visage carbonisé par le soleil et doivent souffrir le martyr, et vous vous dites in petto : cette fois, je tiens ma revanche...

samedi 19 décembre 2009

You and I

Merci à ceux et celles qui se sont inquiétés de mon absence mais j'étais partie à Goa pendant une petite semaine pendant qu'Eric rentrait se geler en France pour renouveler son visa... A la demande générale, voici le lien avec l'article dont j'ai parlé dans mon précédent billet. C'est en page 10. Soyez patient, le chargement est un peu long. Quant à savoir où je suis dans la page, un indice : je suis la seule à ne pas avoir remarqué qu'il faisait chaud dans la salle ... Et quant à Lilie in the valley, notre chroniqueuse de la politique locale, elle est tout sourire à côté de moi. Promis, j'ai un ou plusieurs billet(s) sur Goa en gestation et, en attendant, vous pouvez aller jeter un coup d'oeil aux photos qui défilent sur la droite avec enfin, des commentaires !

vendredi 11 décembre 2009

Kate, Vicky, Hugh & I

Lors de nos premières soirées "mondaines" à Hyderabad, la première chose que j'ai remarquée, c'est le nombre impressionnant de journalistes présents. J'ai pensé à toutes les conférences de presse que j'avais organisées et pour lesquelles je m'étais démenée comme une bête pour susciter un semblant d'intérêt de la part des médias, et me suis dit in petto dommage que je n'ai pas été attachée de presse dans ce pays ! Passé cet instant de surprise, quand vous vous prenez un énorme flash dans la figure parce que personne ne vous a prévenu qu'il ne faut JAMAIS se mettre au premier rang, vous commencez à vous tortiller sur votre chaise. Et lorsque vous essayez de savourer un solo de saxo ténor de ce tentet de jazz allemand (si, si ça existe) invité à se produire par le Goethe Zentrum, et que votre attention est parasitée par le 450è clic-clic d'un super reflex numérique, vous vous dites que des journalistes trop zélés, ça peut lasser. A la deuxième ou troisième soirée, vous commencez à ne plus vous étonner du nombre de photographes balayant la scène et le public de leurs objectifs ni à vous dire que les PR locaux ont bien fait leur job, ça devient normal. Aussi, lorsque je me suis retrouvée prise pour cible d'un paparazzi un peu trop insistant lors du concert de chants de Noël de l'Alliance Française, je n'y ai pas trop prêté attention. Pourtant, j'aurais dû me méfier quand Isabelle, la présidente de l'association des expats, m'a dit qu'un photographe de "You & I" lui avait demandé mon nom. Aujourd'hui, je vais faire mes courses à la supérette du coin et en tête de gondole, je trouve le fameux hebdo pipole local. Arrivée à la maison, je le feuillette et que vois-je ? Ma bobine sur papier glacé dans les pages "Around town" du magazine. Pas au milieu d'un groupe, non, en vignette avec mon prénom en guise de légende. Et quelques pages plus loin, je m'aperçois que Kate Hudson, Victoria Beckam, Hugh Grant et Leo Dicaprio ont visiblement intrigué auprès de leurs agents respectifs pour pouvoir partager la vedette avec moi ...

jeudi 10 décembre 2009

T Dream Comes True*

Quand on connaît un peu la vie de Gandhi on sait qu'une des armes les plus efficaces de ses croisades fut la grève de la faim. Elle a fait plier les Anglais, plus tard empêché un bain de sang à Calcutta, et il en a usé jusqu'à la fin de sa vie, la dernière à 77 ans. Le petit monsieur sur la photo n'a pas eu la vie d'ascèse du Mahatma. A 55 ans, il est plutôt décrit comme un bon vivant avec un foie malade et du cholestérol. Pourtant, depuis dix jours, l'Andhra Pradesh, son gouvernement, l'état fédéral à Delhi, les Hyderabadi et nous-mêmes, les étrangers vivant dans la ville, avons retenu notre souffle, suspendus aux bulletins de santé diffusés par le Nims, l'hôpital où on le soignait. Car K Chandrasekhar Rao, KCR pour tous, leader du TRS, le parti indépendantiste télenganais, a entrepris d'imiter Gandhi pour obtenir ce que lui et ses partisans réclamaient depuis 40 ans : la création d'un Telangana indépendant. Je ne vais pas vous refaire le film des événements de ces derniers jours car Lilie en a fait une brillante chronique quotidienne sur son blog (non, elle n'est pas étudiante en journalisme, elle enseigne le français à des Indiens !) mais on n'en menait pas large. Car tout peut basculer très vite dans le pays de la non-violence. C'est tout le paradoxe de l'Inde. Comme dit une petite futée que je connais : "On n'est pas chez les Bisounours". Les Indiens sont adorables dans leur ensemble mais certains sujets les font sortir de leur candeur, très vite. Samedi dernier, il a suffi qu'une rumeur annonce que KCR était tombé dans le coma, pour que des hordes de partisans mettent à sac les magasins, brûlent des bus et paralysent une ville de 8 millions d'habitants. Les policiers ont riposté en chargeant les étudiants à coup de lathi, ces bâtons à bout d'acier que leur ont laissé en souvenir les Britanniques. Sans parler des 22 suicides de fanatiques... Aujourd'hui devait être une journée noire, ville cadenassée, aéroport fermé, les partisans télenganais ayant appelé à une manifestation monstre. Là-dessus, le dernier diagnostic du médecin qui soigne KCR est tombé, alarmant. Hier soir, je me suis couchée seule (Éric a pris un vol dans la soirée pour aller chercher son visa de travail à Paris) en me disant que ce pourrait être la journée de tous les dangers, un jeudi noir en somme. Mais le gouvernement a cédé, le Telangana aura son état, Hyderabad respire, et nous avec. Et sur son lit d'hôpital, un petit bonhomme chétif a accepté son jus d'orange ...
* C'est le titre du Times of India de ce matin : le rêve (T)élenganais devient réalité.

lundi 7 décembre 2009

La femme est l'avenir de l'Inde (I)

Elle s'appelle Banda Karthika Reddy, elle a 32 ans. Hindoue, elle est diplômée en sociologie de Osmania University (OU), et c'est une sportive. Membre du Congrès, parti vainqueur des dernières élections municipales (GHMC), elle vient d'être élue à l'unanimité par ses pairs Maire du Grand Hyderabad qui représente 6 millions d'électeurs. Messieurs nos représentants, prenez-en de la graine ! Et, pour rappel, sur 1310 candidats présentés à ces dernières élections, 403 étaient des femmes ! La parité ici n'est pas juste un vœu pieux, c'est une réalité. D'autant que le ticket électoral tient aussi compte des diversités religieuses puisque le vice-Maire est un musulman, représentant le MIM, parti qui a talonné le Congrès en nombre de sièges aux dernières élections. Dans sa première conférence de presse, Mme Karthika Reddy, dont le mari est lui-même un homme politique influent, a promis d'améliorer la circulation à Hyderabad en renforçant le réseau de transports publics et en amenant ... le métro*. Ne tombons pas cependant dans l'angélisme. Certes, quelques femmes d'affaires, chefs d'entreprises, actrices de Tollywood font souvent la une des magazines business ou people locaux mais la société indienne m'apparaît encore largement dominée par le mâle. Ainsi, dans les hôtels, les magasins, les bureaux, même les salons de coiffure (!), les emplois qualifiés sont aux mains des hommes. On trouve souvent les femmes au bas de l'échelle, préposées au ménage ou à balayer les rues. Il n'est pas rare non plus de les voir au bord des routes charrier des tuiles sur leur tête ou des pierres dans leurs tabliers. Quant aux mendiants, ce sont bien souvent des mendiantes, très vieilles femmes usées ou jeunes mamans, leur bébé accroché sur la hanche. Enfin, dans la vieille ville à majorité musulmane, nombreuses sont les femmes à porter le hicham ou la burqa. Quant aux manifestations de la rue, plutôt nourries en ce moment, elles sont menées par des garçons, étudiants pour la plupart de la fameuse Osmania University, celle-là même dont Madame Le Maire est issue. Mais d'étudiantes, point.
* Message personnel à une lectrice qui se reconnaîtra, dommage que PP ait préféré les chaudières !

vendredi 4 décembre 2009

Toute première fois

Je sais, je devais vous parler des courses au supermarché mais, désolée, les mots ne viennent pas. A la place, je vous fais partager ma découverte du jour, ce séjour en Inde me fait l'effet d'une véritable cure de jouvence. Mieux que le botox, plus efficace que les injections à l’acide hyaluronique (si, si, ça existe), les soupes detox ou la méditation transcendentale, le secret c'est : rompre avec la monotonie de sa vie. Ici, depuis trois semaines, je fais des choses que je ne me serais plus cru capable de faire et je vis des toutes premières fois à la pelle. Prenez hier, je me suis retrouvée dans un quartier populaire et particulièrement animé, au milieu d'une manif d'étudiants (si vous voulez savoir pourquoi, elle en parle mieux que moi) et j'ai sorti mon Nikon de poche pour shooter comme si je flairais le scoop du siècle (dans chaque communicant, il y a un journaliste qui sommeille...). Plus tard, G. est venue me chercher en scooter (!) et nous avons fendu la foule pour foncer vers le General Bazar. G. a l'âge de mon fils, j'ai donc celui d'être sa mère, mais je vous assure qu'elle et moi sur notre deux-roues, c'était mieux qu'une pub du Comptoir des Cotonniers. Elle m'a entraînée dans une veritable caverne d'Ali Baba, quatre étages de tissus de rêve où elle achète des coupons de coton et de soie pour se faire confectionner sari et shalwar kameez, ces très pratiques et élégants ensembles pantalons, tunique trois-quart et étole (dupatta). Je m'en suis acheté un, tout blanc, avec des broderies et petits miroirs sur le décolleté, so chic ! Je vais le mettre demain soir pour la soirée blanche organisée par l'association d'expats. Pour l'occasion, je suis allée chez le coiffeur ce matin, deux heures (!) aux mains de Sai, un joli garçon comme ils le sont souvent ici, formé chez L'Oréal. Une demie-heure rien qu'au shampooing dont la moitié de massage crânien, le rêve... Et comme on est malgré tout rentré dans la période de l'Avent (je ne parle pas du temps qu'il fait ici, eu égard à ce que vous vivez...), mercredi soir, je suis allée écouter des chants de Noël. Une chorale d'Indiens parsemée de quelques occidentaux, les femmes en saris, les hommes en sherwani assortis, mettant toute la ferveur de leur Foi à entonner "Silent Night" ou "Joy to the World", j'en avais des frissons dans le dos. Vraiment, chéri, je me sens rajeunir !

mercredi 2 décembre 2009

Desperate (Indian) Housewife

Hier, nous avons aménagé dans notre nouvel appart. Après trois semaines passées à buller dans notre superbe hôtel, avec un personnel pléthorique constamment à nos petits soins, je commençais à ne même plus savoir ouvrir une porte ! Le temps de régler la caution et un mois de loyer d'avance, et Éric est reparti bosser me laissant avec les bagages. L'appartement me rappelle ceux de ma grand-mère en Espagne dans les années 70-80. Des pièces très larges et lumineuses, murs blancs, faux marbre au sol, lourdes portes en bois et des meubles robustes de style disons, rustique campagnard. Comme dit mon petit mari, on fera comme lorsqu'on était jeunes, on n'aura qu'à mettre des tissus indiens sur le canapé et les murs, ça tombe bien, on est en Inde... Il faut aussi que je trouve des bâtons d'encens ou des bougies parfumées pour cacher l'odeur de naphtaline dont j'ai trouvé des boules partout, et il ne me restera plus qu'à inviter Ravi Shankar. Je me suis ensuite attelée à faire l'inventaire de la vaisselle que j'avais réservée. En guise de verres, nous avons des timbales en fer blanc et à la place des verres à fruit que j'avais cochés sur la liste sans trop savoir, ... des chopes de bière. Les assiettes sont en mélamine blanc comme dans les dînettes, et j'ai découvert avec la plus grande perplexité certains ustensiles. Dommage que ma copine B. ne soit pas là pour m'expliquer... Et encore, je n'ai pas pris le chapathi making board. Je dois dire aussi que les Indiens (enfin le gérant de la résidence, ne généralisons pas) n'ont pas vraiment le sens pratique. Dans le salon, on trouve d'un côté de la porte-fenêtre des prises et de l'autre, le bureau scellé dans le mur et ... sans prise. Les placards de la cuisine sont si étroits que les assiettes ne rentrent pas dedans, et le menuisier n'a pas pensé à ajouter des étagères ce qui fait qu'on ne peut rien y mettre. Dans l'ensemble, je n'ai pas eu de mauvaises surprises à part une cuvette de toilettes déscellée qui fuit mais on m'a promis un plombier demain (No problem, M'am) et un néon de cuisine grillé mais l'électricien sera là demain, promis juré (No problem, M'am). Je ne voudrais pas choquer certains de mes lecteurs par des propos que l'on pourrait taxer de néocolonialisme mais d'après ce que j'entends autour de moi, ici plus qu'ailleurs, les promesses n'engagent que ceux qui les croient. Une dernière chose qui m'a fait sourire, c'est que toute la journée sous un prétexte ou un autre, j'ai eu droit à un défilé de jeunes garçons pieds nus et rigolards. Pour venir m'apporter la table à repasser ou régler les chaînes de télé, ils viennent à trois ou quatre à chaque fois, leurs yeux noirs et brillants furetant partout. Allez, la prochaine fois, je vous raconte mes courses au supermarché.

vendredi 27 novembre 2009

La plus grande démocratie du monde (II)

Les élections municipales se sont achevées hier et sans surprise, elles ont été gagnées par le parti majoritaire. Je me trouvais avec une copine dans la vieille ville où nous venions de visiter le très intéressant Salar Jung Museum, quand notre voiture a croisé un cortège de sympathisants du Congrès. Les premiers résultats connus à la sortie des urnes donnaient le parti du tandem Gandhi-Singh largement gagnant et j'ai trouvé leur joie communicative. J'ai aussitôt ouvert ma vitre pour les saluer et prendre des photos. Ce matin, le Times of India, s'il confirmait la victoire - 52 sièges sur 150 - mettait un bémol à l'écrasante poussée annoncée. Mais en dehors de ces résultats dont je ne peux mesurer les enjeux étant là depuis trop peu de temps, j'avoue que je me suis passionnée par les à-côtés de ces élections. Par exemple, lundi a été déclaré férié par l'Etat de l'Andra Pradesh ce qui a conduit à une abstention relativement forte. 57 % ont préféré profiter de ce week-end prolongé pour faire autre chose comme se marier, car novembre ici c'est comme juin chez nous, c'est la saison des mariages. J'ai noté aussi à la lecture des journaux quelques tentatives de corruption. Des partisans de tel parti ont été pris la main dans le sac alors qu'ils essayaient d'acheter des voix et dans deux bureaux de vote, il a fallu revoter car au dépouillement, le nombre de bulletins était supérieur au nombre d'inscrits ! Plus cocasse, dans la vieille ville, à majorité musulmane, une quarantaine de femmes cachées derrière leur burqa auraient voté deux fois. C'est bien la première fois que l'idée d'une femme portant la burqa me fait sourire. Autre chose, chaque électeur ici se voit marquer d'un trait noir sur le majeur, trace longtemps indélébile si j'en crois notre chauffeur qui râlait hier. Il y a eu aussi quelques échauffourés, des insultes échangées et même des gifles, mais tout cela vite circonscrit par un dispositif de sécurité impressionnant. On était fouillé partout, encore plus que d'habitude. Last but not least, le jour des élections et celui du dépouillement étaient décrétés "dry days" ce qui en clair, signifie que l'alcool était interdit de vente même dans les hôtels et les restaurants. Lundi soir, par hasard, nous étions invités par l'Alliance Française à un concert de jazz sponsorisé par une marque de whisky où l'on a bu ... de l'eau.