lundi 4 octobre 2010

Rama vs Babar

Vendredi dernier, l'Inde toute entière retenait son souffle. Un dispositif de sécurité impressionnant était déployé dans 32 lieux dits "sensibles" dont Delhi, Allahabad, Varanasi, Mumbai et ... Hyderabad. Un bandh était aussitôt déclaré entraînant la fermeture des écoles et des administrations. C'est ce jour-là que la Haute Cour de l'Uttar Pradesh, au Nord-Est du pays, devait rendre son verdict dans l'attribution de la propriété d'un site religieux disputé par les Hindous et les Musulmans. Journée de tous les dangers donc. Pour resituer le contexte, les Hindous revendiquent ce lieu saint comme celui de la naissance d'un de leurs principaux dieux, Rama. Quant aux Musulmans, c'est là qu'avait  été bâtie au XVIè siècle la mosquée Badri du roi Moghol Babar (eh oui, un empereur au nom d'un inoffensif éléphant) jusqu'à ce qu'en décembre 1992, des extrémistes Hindous la détruisent. De violentes émeutes intercommunautaires avaient suivi cette destruction, faisant plus de 2000 morts. C'est d'ailleurs la trame du roman "L'émeute" de Shashi Taroor que j'ai déjà évoqué ici. Dans l'attente du verdict, la plupart des partis politiques et religieux avaient appelé à la paix tant la situation était explosive. Le premier ministre Manmohan Singh avait demandé à toutes les communautés de tout faire pour - je cite - "préserver la paix et la sécurité et montrer du respect pour toutes les religions dans la plus haute tradition de la culture indienne". Vendredi après-midi finalement, la Haute Cour d'Allahabad a rendu une sage décision : le site sera partagé équitablement entre les Hindous et Musulmans. Seule une poignée d'extrémistes a décidé de faire appel mais dans leur grande majorité, les leaders religieux se sont félicité de ce jugement et ont appelé au calme. A l'heure où j'écris, 48 heures après le verdict, l'Inde n'a pas connu de débordement et aucune mort n'est à déplorer. Comme dit Mustapha, l'un des collègues d'Éric, l'Inde grandit ...