lundi 4 octobre 2010

Rama vs Babar

Vendredi dernier, l'Inde toute entière retenait son souffle. Un dispositif de sécurité impressionnant était déployé dans 32 lieux dits "sensibles" dont Delhi, Allahabad, Varanasi, Mumbai et ... Hyderabad. Un bandh était aussitôt déclaré entraînant la fermeture des écoles et des administrations. C'est ce jour-là que la Haute Cour de l'Uttar Pradesh, au Nord-Est du pays, devait rendre son verdict dans l'attribution de la propriété d'un site religieux disputé par les Hindous et les Musulmans. Journée de tous les dangers donc. Pour resituer le contexte, les Hindous revendiquent ce lieu saint comme celui de la naissance d'un de leurs principaux dieux, Rama. Quant aux Musulmans, c'est là qu'avait  été bâtie au XVIè siècle la mosquée Badri du roi Moghol Babar (eh oui, un empereur au nom d'un inoffensif éléphant) jusqu'à ce qu'en décembre 1992, des extrémistes Hindous la détruisent. De violentes émeutes intercommunautaires avaient suivi cette destruction, faisant plus de 2000 morts. C'est d'ailleurs la trame du roman "L'émeute" de Shashi Taroor que j'ai déjà évoqué ici. Dans l'attente du verdict, la plupart des partis politiques et religieux avaient appelé à la paix tant la situation était explosive. Le premier ministre Manmohan Singh avait demandé à toutes les communautés de tout faire pour - je cite - "préserver la paix et la sécurité et montrer du respect pour toutes les religions dans la plus haute tradition de la culture indienne". Vendredi après-midi finalement, la Haute Cour d'Allahabad a rendu une sage décision : le site sera partagé équitablement entre les Hindous et Musulmans. Seule une poignée d'extrémistes a décidé de faire appel mais dans leur grande majorité, les leaders religieux se sont félicité de ce jugement et ont appelé au calme. A l'heure où j'écris, 48 heures après le verdict, l'Inde n'a pas connu de débordement et aucune mort n'est à déplorer. Comme dit Mustapha, l'un des collègues d'Éric, l'Inde grandit ...

mercredi 29 septembre 2010

Partir c'est mourir un peu

A quelques heures de m'éloigner de l'Inde, valise bouclée, sac de voyage vérifié à maintes reprises, je réfléchis à ce dernier billet. Le 56è depuis que je suis arrivée ici. L'occasion de vous remercier, lecteurs fidèles ou de passage, de m'avoir suivie dans ce voyage et de m'avoir  souvent encouragée par vos commentaires. L'occasion de remercier aussi mon compagnon de route et de vie, Éric, mon premier lecteur, dont les critiques souvent fondées me permettent d'être encore plus exigeante. Outre sa participation à ce blog à travers deux ou trois billets, je lui dois les belles photos qui ont souvent illustré ces lignes. Je ne vais pas tourner définitivement la page de L'Effet Indien, j'ai encore quelques sujets en réserve mais je ne posterai plus d'ici, de cet endroit du monde qui ne m'attirait pas, pour lequel j'avais tant de réserves et qui en moins d'un an m'a tant donné. Ces dix mois ont été riches en découvertes, ces "pérégrinations" que j'ai essayé de vous faire partager, et c'est donc à un dernier voyage que je vous invite. Bénarès, comme on disait dans les années post-soixante huitardes, Vârânâsi, comme elle s'appelle maintenant, reste LA ville dont on ne revient pas intact. Même les plus blasés des routards de l'Inde ne peuvent rester indifférents à la magie de cette ville mystique, paradoxale, extrême. Ames sensibles s'abstenir. Voir le lever du soleil sur les ghats à 5 heures du matin restera un moment fort de mon année indienne. Les couleurs, du Gange, de la pierre rose, des saris des femmes, la ferveur des pèlerins qui viennent se purifier de leurs péchés dans le fleuve sacré, voilà pour le côté pile. Et côté face, la saleté des rues, les odeurs qui vous étreignent et vous font suffoquer, ces enfants qui mendient ou jouent les rabatteurs pour vous faire entrer dans une échoppe attrape-touristes... Et surtout les crémations.  Plus de 300 par jour. Car on vient mourir à Bénarès, pour renaître du ventre de la Mère Ganga, pour échapper au cycle inéluctable de la réincarnation, pour atteindre le Nirvana. Seuls les hommes saints, les femmes enceintes, les enfants de moins de 12 ans, les lépreux et les animaux échappent au bûcher. Alors quand au coucher du soleil, depuis la terrasse de notre guesthouse surplombant le Gange on aperçoit un cadavre flotter, on se dit que décidément, l'Inde n'en a pas fini de nous surprendre ... 

lundi 20 septembre 2010

Cadre de vie

Alors que notre séjour Indien tire à sa fin, je m'aperçois que je n'ai pas évoqué notre cadre de vie, pourtant indispensable à la réussite de toute expérience d'expatriation. Après trois semaines passées dans un très bel hôtel très classe et très zen, puis trois mois dans un appart-hôtel, disons plus conforme aux standards indiens, nous avons élu domicile à Jayabheri Silicon County. Déjà le nom intrigue surtout si je vous dis qu'il est situé sur Hitec City Road. Hyderabad s'enorgueillit en effet d'attirer les grosses sociétés de l'informatique mondiale, les Dell, Microsoft, Google, etc., et certains journalistes l'ont même affublée du surnom de Cyberabad. Les  constructeurs immobiliers adorent donc les dénominations évocatrices comme Mindspace, Cyber City ou ... Silicon County.  Notre compound qui est constitué de trois blocs -  Alpha, Beta et Gamma - de huit étages chacun, est fréquenté par des Indiens à haut pouvoir d'achat, des NRI* et quelques rares expats (en ce moment, une famille de Britanniques, des Japonais et nous). Comme la plupart de ces résidences, l'entrée en est gardée par un aréopage de képis et on doit montrer patte blanche pour y pénétrer (un jour où j'étais sortie, ils n'ont pas voulu laisser rentrer ma nouvelle maid, bien inoffensive pourtant dans son sari...). Le Club Jayabheri, ouvert aux non-résidents moyennant une coquette cotisation, se compose d'une superbe piscine, de courts de squash et de badminton, et d'une salle de sports. A Jayabheri Silicon County, on peut aussi faire ses courses en dépannage grâce à une petite épicerie, commander ses repas dans le restaurant, organiser d'énormes parties sous un chapiteau, et même faire tailler chemises et costumes sur mesure. Mon petit plaisir reste d'aller chaque semaine à la laundry où pour 10 roupies pièce (15 centimes !), je fais laver et repasser les pantalons et les chemises d'Éric.  Le blanchisseur utilise un fer à repasser antédiluvien au charbon qui vaut tous les pressings du monde. Un seul hic, les boutons en nacre ne résistent pas à ce traitement. Mais bon, à ce prix là, ce serait indécent de se plaindre ...
*NRI : New Resident Indians,  Indiens d'origine qui ont vécu ou étudié de nombreuses années aux USA, Canada, Australie ou UK et qui décident de revenir vivre et travailler au pays.     

jeudi 16 septembre 2010

Lire l'Inde

Avant de venir en Inde, mes seules lectures à propos de ce pays  s'étaient limitées à "Cette nuit la liberté" de Lapierre et Collins ou "La cité de la joie" du même Dominique Lapierre. J'en avais retiré une vision d'une Inde mystique, miséreuse et violente.  Je dois à mon amie Bérangère de m'avoir ouvert de nouveaux horizons. A mon tour de vous faire partager mes coups de cœur.  Le Lapierre et Collins reste une référence pour comprendre l'Inde ou plutôt les Indes du temps du Raj, l'Empire Britannique, et de ses excentriques maharajahs mais surtout  il raconte l'épopée de l'indépendance et  la douloureuse partition avec le Pakistan. L'une des plus belles histoires que j'ai lues est "Ma sœur, mon amour" de C. Banerjee Divakurani ou le destin croisé de deux cousines élevées comme des sœurs à Calcutta, avec le poids des traditions en toile de fond. "L'équilibre du monde" de R. Mistry est aussi une histoire de personnages qui se croisent et partagent pendant un très court moment un peu de bonheur. Pour le reste, c'est un livre désespéré mais magnifique. "L'émeute" de Shashi Taroor part d'un fait divers et débouche sur une description des problèmes inter-communautaires qui marquent la société indienne. Malgré son nom, "Jour de pluie à Madras" se passe essentiellement dans la vieille ville d'Hyderabad et il y est encore question de mariage arrangé, de tolérance, et de heurts entre Hindous et Musulmans mais cette fois, du point de vue de ces derniers. Amitav Ghosh est un grand écrivain Bengali très prolixe dont la lecture des romans ne déçoit jamais. J'ai un faible pour "Le pays des marées", une histoire originale qui a pour cadre les Sundarbans, une nature sauvage à l'embouchure du Gange et du Bramapoutre où vont se croiser trois personnages qui vont vivre une belle histoire d'amour. "Le Tigre blanc" est un livre récent, cynique et édifiant sur la société moderne indienne. A déconseiller à ceux qui ont un chauffeur ...  "Meurtre dans un jardin indien" est l'adaptation française de "Six suspects" que je lis en ce moment. Un suspense haletant, des personnages truculents, une plongée dans la corruption des élites, grinçant et drôle. Un régal. Enfin pour les amateurs de BD, à signaler la série "India Dreams" dont on m'a dit le plus grand bien. Et pour terminer, en vrac : "L'Inde où j'ai vécu" d'Alexandra David-Néel, "Chaleur et poussière" de Ruth Prawer Jhabvala, "La Splendeur du silence" de Indu Sundaresan, "Le Dieu des Petis riens" d'Arundhati Roy et "Les Versets sataniques" de Salman Rushdie (acheté mais pas encore lu). Et vous, vos "must read" sur l'Inde ?

lundi 13 septembre 2010

Eat, pray, love

Dans quel autre pays que l'Inde peut-on rencontrer quatre communautés qui  célèbrent au même moment une fête religieuse différente et d'égale importance ? Par le hasard des calendriers solaire et lunaire, ce week-end, les Musulmans fêtaient l'Eid* et rompaient leur jeûne entamé un mois plus tôt avec le début de Ramzam*, tandis que les Hindous s'apprêtaient à lancer les festivités de Ganpati, en l'honneur du Dieu Ganesh. De leur côté, à Mumbai (Bombay) où nous nous trouvions, les Jains convergeaient vers leurs derasars pour le dernier jour de Paryushan tandis que les Chrétiens du quartier de Bandra célébraient le Dimanche de la Nativité. Dans un pays où les tensions intercommunautaires peuvent parfois donner lieu à des affrontements et à des violences, pendant ces deux jours, nous nous sommes promenés dans des avenues vidées de la circulation habituellement folle de Mumbai, croisant des groupes de pèlerins de toute confession se rendant en procession d'un coin à l'autre de la ville.  Alors que la mousson n'est pas terminée, nous avons été bénis des Dieux  (3 millions, pour une fois le pluriel a un sens) profitant d'un temps magnifique pour arpenter les rues, les bazars et la  promenade qui borde l'Océan Indien. De temps en temps,  nous tombions sur un petit temple éphémère - un mandal - érigé pour la circonstance au pied d'immeubles, de bureaux ou dans un marché, par les habitants, collègues ou membres d'une corporation. En soulevant un rideau, nous  nous retrouvions face à un autel dédié au dieu-éléphant auquel hommes, femmes et enfants venaient offrir poojas et friandises. Évidemment, chaque mandal rivalisait de couleurs, décorations, illuminations et offrandes avec son voisin. Comme souvent en Inde, nous avons été frappés par la gentillesse des gens qui nous invitaient à nous joindre à eux tels ces pompiers si fiers de nous présenter leur Ganesh et de poser devant. Dimanche prochain, les festivités de Ganesh Chaturti se concluront par l'immersion d'innombrables représentations du dieu-éléphant dans la mer mais nous nous serons alors à Hyderabad, sur les rives du Lac Hussain Sagar. 
* L'Aid et le Ramadan se disent "Eid" et "Ramzam" en Inde.    

lundi 6 septembre 2010

Ce que femme veut

Cette jeune mère sereine qui pose sur le pas de sa porte se prénomme Tirumala. Elle semble frêle et intimidée mais ne nous y fions pas. C'est une jeune femme certes - elle n'a que 23 ans - mais elle sait ce qu'elle veut et comment l'obtenir. Tirumala est la jeune  épouse de notre chauffeur Ravinder qui, samedi, lui a demandé de cuisiner pour nous et de nous recevoir dans leur humble demeure. Deux pièces, une chambre où le lit occupe toute la place et où parents et enfants dorment ensemble, et une cuisine dans laquelle on met une paillasse pour la belle-mère quand elle vient du village aider sa fille. Et elle vient souvent cette "Auntie*" comme l'appelle Ravinder  car Tirumala est sa fille unique et ce que veut Tirumala, ces parents le lui donnent... A commencer par un mari. Ravinder m'a raconté l'histoire de son mariage. Loin de son village, il s'était choisi une fiancée en Andhra, alors que sa famille est du Telangana. Il était tellement amoureux qu'il avait réussi à convaincre ses parents malgré leurs cris et leurs larmes face à cette "mésalliance". Quinze jours avant le mariage, il est revenu au village apporter les cartons d'invitation à ses connaissances. C'est ainsi que l'on fait en Inde, on se déplace pour inviter proches ou moins proches, le nombre de convives étant un signe extérieur de richesse. Quand il est entré chez Tirumala et ses parents (le beau-frère du frère de son père), la belle n'a eu d'yeux que pour ce beau parti. C'est que Ravinder, plutôt joli garçon, vit dans la capitale, Hyderabad, et a une belle situation, chauffeur de maître pour des "blancs", avec sa propre voiture. Tirumala la petite fille gâtée par ses parents, a tempêté, pleuré, menacé de se suicider, l'a harcelé au téléphone, et a obtenu ce qu'elle voulait. Sa famille et celle de Ravinder ont contraint celui-ci à rompre ses fiançailles avec l'élue de son cœur. L'affaire a été rondement menée et, à quelques jours près, la cérémonie a bien eu lieu comme prévu mais avec une autre promise. Lorsque j'ai demandé à Ravinder si il était heureux trois ans après, dans le rétroviseur, j'ai vu son regard s'embuer quand il m'a répondu : "Elle m'a donné deux beaux fils"...
* Les Indiens appellent leurs aînés Auntie (tante) et Uncle en signe de respect.         

mercredi 1 septembre 2010

Ah je ris de me voir si belle !

Ça y est, le compte à rebours a commencé. Dans moins d'un mois, nous aurons quitté l'Inde, mon carrosse se transformera en citrouille et c'en sera fini de ma vie de princesse ! Je m'aperçois que je n'ai pas parlé de ce qui en a constitué une grande part : mes visites au Beauty Parlour (à prononcer : biouti parlor). Contrairement à chez nous où coiffeurs et esthéticiennes font salon à part, ici tout est regroupé dans un même lieu où l'on s'occupe de vous "from top to toe". Autre différence notable, alors que ces métiers sont essentiellement féminins en France (à l'exception de quelques ténors du ciseau), en Inde, ce sont les hommes qui comme toujours trustent les emplois qualifiés. Les quelques femmes sont souvent reléguées au balayage des mèches coupées ou à la préparation du tchai offert aux clientes. La première fois que je me suis fait masser le cuir chevelu par un grand costaud tout de noir vêtu,  poignet de force (et force au poignet !) compris, ça m'a secouée ! Après on s'habitue, surtout quand on confie ses petits petons à un pédicure dont le palpé-roulé vous remue chaque os de la rotule à l'astragale. Il n'y a que pour les épilations à la cire que je me confie à Vicky, une charmante étudiante en marketing qui travaille pour payer ses études car quand même, j'ai ma pudeur. En Inde, il faut savoir être patient, et moi qui aime que les choses aillent vite, j'ai dû vite m'adapter au tempo local. Pour une "couleur-brushing", comptez trois heures, pour une manucure-pédicure, comptez-en deux, ne me demandez pas pourquoi, c'est un mystère insondable, le temps doit s'arrêter ... Et pourtant, ce n'est pas la main d'œuvre qui manque. Ma coiffeuse rennaise Anne-Sophie serait pliée de rire si elle voyait Sai, mon coiffeur d'ici, faire son brushing assisté de ses deux acolytes. Trois sur ma pauvre tête qui n'en demande pas tant, l'un tenant le sèche-cheveux, l'autre une mèche, pendant que l'homme de l'art passe la brosse avec application. Enfin, autre trouvaille, j'ai découvert en Inde l'épilation des sourcils avec ... du fil à coudre ! Une extrémité du fil coincée entre ses dents (!), Vicky arrache le poil en formant un nœud à l'autre bout et en tirant dessus, sa tête effectuant un mouvement  pendulaire qui me fait mal au cou pour elle. Une méthode peu orthodoxe mais très efficace !


mardi 24 août 2010

La faucille et le goupillon

Le Kerala, au sud-ouest de l'Inde, a la particularité d'avoir élu un gouvernement communiste dès 1957 et reste encore ancré à gauche.  L'Inde n'étant jamais à un paradoxe près, c'est aussi un des états qui compte le plus de chrétiens, 20 % environ. Stable politiquement, le Kerala est le bon élève de l'Inde : meilleur taux d'alphabétisation (91% contre 74% pour l'ensemble du pays), meilleure espérance de vie (73 ans contre 62), il est aussi celui où les femmes sont plus nombreuses que les hommes ! Le couple qui nous a accueillis chez eux lors du week-end de la Fête de l'Indépendance en est assez  représentatif. Catholiques, leur jolie maison kéralaise vieille de 150 ans et qui avec eux, abrite la 5ème génération, est remplie d'autels, de tableaux de saints dont St Crispin, le saint patron italien du maître des lieux. Sa femme, Soni, est institutrice laïque, et voue une adoration à la Vierge Marie. J'avais très envie d'assister à une messe en Inde depuis notre arrivée, pouvais-je rêver mieux que celle du 15 août ? C'est ainsi que ma copine Bev et moi nous sommes retrouvées en ce dimanche de l'Assomption, cheminant avec Soni vers l'église St John, paroisse de nos hôtes. Blanche à l'extérieur, et rose à l'intérieur, pas de doute, on est en Inde. Dès que j'ai pénétré dans la nef, je me suis revue petite fille au Pays Basque. Les hommes sont assis à gauche de l'autel, les femmes à droite, et les enfants occupent les premiers rangs. Chaque femme a la tête couverte de sa dupatta, et j'ai béni mon intuition qui m'avait fait prendre la mienne. Le prêtre était jeune, portant de même que les enfants de chœur la chasuble et le surplis comme les curés avant Vatican II chez nous. Je m'attendais à un office interminable, il n'en fut rien, et même si la messe était célébrée en malayalam, je n'ai eu aucun mal à la suivre. A une exception près, l'homélie a duré vingt minutes et ressemblait fort à une harangue. Sur le chemin du retour, Soni l'a commentée pour nous. Elle portait sur les noces de Cana, prétexte à rappeler que les enfants doivent obéissance et respect à leurs parents, sur la résurrection de Marie, et sur la "disparition" de Gandhi au moment de l'Indépendance ... Preuve que même à l'église, la politique n'est jamais loin au Kerala.         

mardi 17 août 2010

Rame, rame, rameurs, ramez

Voir 60 bateaux s'élancer sur la ligne de départ dont 19 snake boats, ces bateaux-serpents menés à la force des poignets par 115 rameurs, c'est ce que nous étions venus chercher ce samedi 14 août en assistant à la Nehru Trophy Boat Race qui se tient chaque année dans le Kerala. Et nous n'avons pas été déçus. Le départ de la course était prévu à 14 heures, détail que nous ignorions lorsque nous avons pris place à bord du bateau de notre hôte Crispin, à ... 8h30 du matin. Bien sûr, le temps que notre groupe composé d'une douzaine d'Indiens (mâles uniquement) et de deux couples de Français s'installe, que les gamelles de chapattis, de curry et autres plats roboratifs que nos amis ingurgitent au petit-déjeuner soient chargés, nous sommes partis une heure plus tard.  La joyeuse bande a alors attaqué son premier todhi, un infâme tord-boyaux à base de jus de canne fermenté dans lequel nous avons trempé nos lèvres par politesse.  Après une très jolie balade au milieu des backwaters, ces canaux qui quadrillent le Kerala, nous avons traversé le lac Punnamada pour arriver à l'endroit d'où nous allions suivre la course. Nous avions 4 heures à tuer et je regrettai de ne pas avoir pris un livre quand j'ai noté que comme toujours en Inde, le spectacle est autant dans l'événement que dans le public. Les bateaux et les houseboats se sont enchevêtrés les uns dans les autres, le tout dans la bonne humeur et la convivialité, chacun circulant d'un pont à l'autre pour partager blagues, paris, et toutes sortes d'alcools. Il faisait très chaud et nombreux sont ceux qui se sont retrouvés à la baille, volontairement ou pas. Enfin, la compétition a commencé et, un peu comme pour le Tour de France, on avait attendu des heures pour voir passer les coureurs en quelques minutes. Il est à noter que dans cet univers très macho,  quatre bateaux de femmes avaient réussi à s'aligner au départ de la course (bravo les filles !). La finale a donné lieu à une explosion de joie chez nos amis quand leur champion, le Kumarakom Town Boat Club, a gagné le trophée arraché au Jesus Boat Club (!) et remis par la Présidente de l'Inde* (eh oui, c'est une présidente) en personne. Il paraît que le snake boat vainqueur s'appelle le Jawahar, un bon présage comme l'a fait remarquer Crispin pour gagner le Nehru Trophy ...
* Ms Prathiba Patil est la Présidente de l'Inde depuis 3 ans.

vendredi 23 juillet 2010

Lettre à France

Dans 24 heures, nous nous envolons vers toi, chère France. Si tout va bien, que Kingfisher (une compagnie aérienne qui a un nom de bière, il n'y a qu'en Inde qu'on voit ça...) nous amène sains et saufs à Delhi, puis que notre compagnie nationale préférée assure bien notre traversée de neuf heures jusqu'à Paris, nous devrions poser le pied dimanche à la fraîche sur ton sol, chère et douce France. Éric n'est pas rentré depuis six mois, il est en manque de  toi, de camembert, de côtes de boeuf et du Rhône, il l'a même écrit sur son "mur" Fessebouc, je ne sais pas ce que tu en penses mais ça a l'air grave... Avant de te retrouver, chère France, je voudrais te raconter une savoureuse petite histoire indienne qui me fait quitter ce pays - provisoirement - sur une notre optimiste. Voilà. L'Inde attend incessamment un heureux événement. Ce serait pour demain, qui sait, peut-être même pendant que nous serons à bord du bel oiseau blanc à la queue tricolore qui nous ramènera vers toi. Ce serait une fille. Je n'ai pas compris exactement comment on peut le savoir étant donné que la maman se balade dans la nature mais bon, une histoire d'empreinte ADN relevée dans ses excréments, je crois. Même si depuis novembre, j'ai fait de gros gros progrès dans la compréhension des infos sur IBN-CNN, parfois certains commentaires m'échappent.  Bon, revenons à notre bébé mystère. Non, ce n'est pas le rejeton d'Abhi-Aish*, le couple le plus glamour du cinéma de Bollywood, c'est, c'est, tu donnes ta langue au chat ? Là, tu brûles, car on attend la naissance d'un, d'un petit ... tigre ! Et ici, c'est hyper important et l'enjeu, de taille, juges-en par toi-même. Au début du 20è siècle, il y avait 100 000 tigres à l'état sauvage dans le monde dont 40 000 en Inde. Tu as dû lire Kipling à l'école communale, tu sais celle où flottait ton drapeau en des temps antédiluviens, tu connais donc l'importance des tigres en Inde. Or, en 2010, ils ne sont plus que 1411. Tous répertoriés, dotés d'une puce, puis remis en liberté. Mais demain, ils seront 1412 ! C'est dommage que je n'ai pas mon mot à dire car comme cadeau de retrouvailles avec toi, cette petite tigresse, j'aurais bien proposé qu'on l'appelle ... France ! 
* Abhishek Bachchan et Aishwarya Rai Bachchan 

lundi 19 juillet 2010

Hyderabad Rocks !

Si vous arrivez à Hyderabad pour la première fois depuis le nouvel aéroport de Shamshabad, votre regard sera forcément attiré par d'énormes rochers que l'on aperçoit depuis la route, certains vierges, d'autres recouverts de peintures, voire de numéros. Nous sommes sur le plateau granitique du Deccan, au centre de l'Inde et, d'après les géologues, certains de ces monolithes sont là depuis 2,5 milliards d'années (!) et comptent parmi les plus vieux du monde. Pourtant, leur préservation ne va pas de soi. La formidable expansion d'Hyderabad  et de sa jumelle, Secunderabad, dont la population a plus que doublé en 5 ans, fait que certains de ces formidables géants de pierre ont été détruits ces dernières années pour faire place à des routes ou à des immeubles. Une poignée d'amoureux de ces vieilles pierres s'en sont ému et ont créé une association, the "Society to Save Rocks". Ils mènent entre autres une campagne pour inciter les architectes et les paysagistes à intégrer les rochers dans les  hôtels, les résidences ou les villas de particuliers, et le résultat est étonnant. Le parc ou le jardin ainsi paré prend une dimension "zen" et l'ambiance change du tout au tout. Le premier hôtel où nous avons séjourné en arrivant a su tirer le meilleur parti de ce décor naturel et on ne saurait l'imaginer autrement. Cependant, la meilleure alliée de nos Don Quichotte du plateau du Deccan reste la religion. Que le rocher se transforme en temple dédié à la déesse Kâlî ou qu'une petite mosquée vienne s'y adosser et aussitôt, il est entouré d'une aura protectrice qui le soustrait à toute velléité de démolition. Enfin, grâce au soutien du gouvernement de l'Andhra Pradesh, de plus en plus de ces boulders sont répertoriés et intégrés au patrimoine de l'état. La "Society to Save Rocks" organise une fois par mois des marches et dimanche, nous étions de la balade. Comme souvent dans cette mégapole, l'ambiance était internationale et œcuménique. Anna la Suédoise, Anja et Frauke les Allemandes, Page et John les Américains, et nous les petits Frenchies, avons accordé nos foulées avec celles de  nos compagnons Indiens, Uma, Padmini, Lavanya, Joy et les autres... Together to Save rocks !   

lundi 12 juillet 2010

Pince-fesses chez le Consul

135, c'est le chiffre du jour. 135 ? Qu'on se le dise, nous sommes 135 Français à Hyderabad, enfants compris ! C'est la principale information que j'ai retenue du speech de notre Consul samedi soir. Quand je dis "notre" consul, c'est en fait celui de Bangalore car bien que notre nombre ait plus que doublé en un an, nous ne sommes pas encore assez nombreux pour que le Quai d'Orsay nous délègue quelqu'un à temps plein. Donc pas de garden-party à l'Elysée le 14 juillet d'après la rumeur, mais samedi pour nous, c'était soirée pince-fesses dans un grand hôtel à l'invitation de la France. Tous ceux qui n'étaient pas encore partis en vacances et qui depuis des mois rêvaient de remplacer le Sula Blanc pétillant par du VRAI champagne, ont accouru. Las ! du champagne, seuls les early birds auront réussi à en avoir plus d'une coupe. La République fait des économies et ça se sent. Les petits fours eux aussi étaient au régime minceur et les pique-assiettes en auront été pour leur frais. A Hyderabad, nous n'avons pas de Consulat mais nous avons une Alliance Française qui travaille main dans la main (comme Mitterrand et Kohl sur une célèbre photo) avec le Goethe Zentrum. Cette collaboration Kulturelle donne régulièrement lieu à des concerts de jazz (pourquoi le jazz et pas la musique classique, aucune idée) et c'était le cas samedi. Après le cocktail tricolore, nous avons donc retrouvé nos amis allemands, belges, indiens pour communier de concert à cette soirée "Jazz Connect". Un trio composé d'un saxo soprano français, d'un pianiste allemand et d'un joueur de tablas indien illustrait parfaitement cette belle amitié entre nos peuples. Dommage, la salle de bal du Taj Krishna ne se prêtait guère à du free jazz plutôt confidentiel qu'on imaginait mieux au New Morning. Les lumières sont restées allumées tout le temps, les téléphones portables aussi, bref c'était le joyeux foutoir habituel des happenings à l'indienne. Bon, nous avons passé une bonne soirée quand même, il m'a juste manqué une chose : entendre la Marseillaise. D'autant que si on avait dû compter cette année sur l'équipe de France ...    

lundi 5 juillet 2010

M'am et son chauffeur

Vu de France, avoir son chauffeur peut sembler le comble du luxe. Quand on le vit au quotidien, la réalité est toute autre. D'abord, ce n'est pas un choix. Dans une grande ville de l'Inde, tentaculaire, sans aucune signalisation ou presque, et à la circulation anarchique, le chauffeur est une nécessité pour des raisons de sécurité. Ensuite, c'est bien plus qu'un chauffeur, c'est une personne clé qui rend tout un tas de services. Le nôtre, par exemple, nous a trouvé une femme de ménage et comme elle ne parle pas l'anglais, il sert d'intermédiaire. Nous avons mis près de deux mois à dénicher la perle rare. Ravinder, comme tout être humain, a ses qualités et ses défauts. A son crédit, il est honnête, fiable, ponctuel et  plutôt prudent. Que demander de plus à un chauffeur ? D'un naturel jovial, il ne sait pas quoi faire pour nous faire plaisir. Côté défauts, il est macho - comme quasiment tous les Indiens - têtu comme une mule et  a une fâcheuse tendance à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Chef de famille - au sens large du terme comme on peut l'être en Inde - je le soupçonne aussi de prodigalité mais après tout, ce n'est pas mon affaire. Avec "Sir" qu'il amène au bureau le matin et ramène le soir, ils s'entendent très bien, parfois un peu trop à mon goût. Il lui apprend le telugu, le fournit en cigarettes, café et mangues quand c'est la saison. Ils partagent le même barbier et sont même allés faire des poojas au temple ensemble. Avec moi, qui passe de nombreuses heures en sa compagnie, c'est différent. Il voue une véritable adoration à son ancienne "M'am", une Canadienne qu'il a conduite à droite et à gauche pendant deux ans, et il m'en parle sans arrêt. Rédhibitoire. Comme de nombreuses femmes d'expat, V., qui avait semble-t-il un train de vie qui n'est pas le mien, passait son temps en shopping. Pendant le premier mois, j'ai eu droit au pèlerinage : c'est là que V. achetait ses chaussures, ses sacs (!), ses tapis (!), qu'elle retrouvait ses copines pour déjeuner, allait faire son yoga. Le jour où j'ai demandé à Ravinder de me déposer chez mon coiffeur, et qu'il m'a conseillé d'aller plutôt chez celui de V., j'ai failli exploser. Rien de bien méchant, me direz-vous, mais bon sang qu'est-ce qu'il me tarde de rentrer chez moi pour retrouver ma petite Saxo !

mardi 29 juin 2010

Un jour mon prince viendra

En débarquant en Inde, parmi les fantasmes que je nourrissais à l'égard de ce pays, je rêvais de rencontrer ... un maharajah. Un vrai, en chair en os, peut-être enturbanné, portant le sherwani avec élégance, et des pierres précieuses à chaque doigt. Et bien, c'est fait ! Hier, nous avons pris notre breakfast à la table d'à côté du maharajah de M.* Pour planter le décor, nous étions ce week-end à Ooty. Udhagamandalam, ou Ootacamund, ou Ooty (prononcer : outi) pour les intimes, est un peu à l'Inde du Sud ce que sont Simla ou Mussoorie à l'Inde du Nord : un havre de fraîcheur pendant les grosses chaleurs. A l'époque du Raj Britannique, ces messieurs de Bombay y avaient leurs résidences secondaires, leurs parcs, leur clubs et leurs hippodromes. De nos jours, c'est une station climatique de montagne (2200 m d'altitude) qui reçoit les familles aisées de Mumbai d'avril à mai. Un de nos amis nous avait parlé d'une très belle demeure du 19è transformée en hôtel, et nous avions décidé d'y séjourner. Ce que nous ignorions c'est qu'elle est toujours la résidence d'été d'un authentique maharajah et qu'à peine étions-nous en train de regarder attentivement les photos anciennes recouvrant les murs que nous apprenions que ledit maharajah était attendu pour le week-end. Mon cœur de midinette nourri à Points de Vue et Gala en tressaillit aussitôt. Au dîner, je lorgnais discrètement les tables voisines menant mon enquête telle Miss Marple. Je crus toucher au but quand un monsieur très distingué se mit à nous commenter les fresques de la salle à manger dans un anglais très oxfordien. Lundi matin, l'empereur, sa femme et le petit prince, non je m'égare ... lundi matin donc, alors que je trempais mes toasts dans le thé (oui, je sais, ça ne se fait pas), je vis entrer un être androgyne, dont la chemise négligemment ouverte laissait apercevoir un sein flasque. Puis se rapprochant, je me demandais si j'avais en face de moi la femme à barbe. For God's Sake ! L'homme (puisque de près c'en était un) portait des cheveux longs filasses, un pashmina jeté sur ses épaules, des pieds nus dans ses Todd's et des lunettes sur le front à la manière de Bernard Pivot. Il fit changer pour un fauteuil Voltaire le siège sur lequel son auguste postérieur s'apprêtait à se poser, apostrophant la valetaille avec rudesse, puis fit mander le manager de l'hôtel qui se prosterna ou presque devant lui. Je m'attendais à un homme raffiné, esthète et mécène après avoir lu  le panégyrique de Sa Seigneurie sur la documentation de l'hôtel, et j'avais devant moi un gros lourdaud, imbu de sa personne et tristement seul. Voilà comment prennent fin les rêves...
* Eu égard à ce qui suit, le lecteur comprendra que je préfère lui garder l'anonymat. 

vendredi 25 juin 2010

Mourir d'aimer

On estime à 5000 par an le nombre des crimes d'honneur perpétrés en Inde. Une situation suffisamment grave pour que la Cour Suprême indienne soit intervenue en début de semaine pour exiger des réponses du gouvernement central et de huit états particulièrement concernés. Selon la définition de l'ONG  Human Rights Watch, les crimes d'honneur sont "des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d'une famille à l'encontre de ses membres féminins, lorsqu'ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière". Récemment, une série de faits divers sordides ont ému l'opinion publique en Inde, occasionnant manifestations et débats télévisés ou initiés par les grands journaux du pays. Ce qui a le plus choqué a été de  constater que ces pratiques d'un autre âge ne concernaient  plus seulement des états ruraux dont certains villages sont dominés par les khaps panchayats, sortes de conseils de castes qui dictent leurs lois, mais pouvaient toucher la capitale moderne de l'Inde. Deux affaires macabres de couples assassinés par leur famille ou leur belle-famille ont eu récemment pour théâtre New Delhi. Trois suspects ont été arrêtés aujourd'hui même, soupçonnés d'un triple homicide, celui de la sœur et du beau-frère de l'un, pourtant mariés depuis 2007, et de la sœur d'un autre. Il semblerait que les deux familles étaient liées et que la volonté d'une des jeunes femmes d'épouser un non-hindou ait ravivé les tensions qu'avaient provoqué il y a trois ans le mariage "hors caste" de sa cousine. Pour leur malheur à tous les trois, ils se sont trouvés au cœur d'une vendetta familiale et assassinés de sang froid d'une balle dans la tête.  Ces meurtres intervenaient quelques jours seulement après celui d'un jeune couple dont la famille ne tolérait pas qu'il se fréquente et quelques semaines après celui d'une jeune journaliste. Nirupama, 23 ans, a été tuée par sa propre mère qui a ensuite maquillé son meurtre en suicide, parce qu'elle fréquentait un collègue d'une caste différente. Qu'une mère puisse tuer son enfant "pour l'honneur" cela dépasse pour moi l'entendement ! Il est néanmoins intéressant de noter qu'à la question du Times of India, "Est-ce un honneur de tuer pour l'honneur ?", 87 % des lecteurs ont répondu non. 13%, oui.      

lundi 21 juin 2010

Si ça fait pas d'bien, ça fait pas d'mal

En cette période où examens et concours sont le lot de nos jeunes, j'expliquais à mon chauffeur combien j'avais envie qu'ils réussissent. "No problem Sir, we got to go for pooja !"  me rétorqua alors Ravinder avec assurance. Ce que l'on peut traduire par "Ben, y'a qu'à aller faire des prières". Et nous voila partis tous les deux pour faire nos pooja au temple. D'abord, il faut choisir celui qui convient le mieux à la requête que vous voulez adresser au dieu, en  l'occurrence, le "Chilukuru Balaji Devastanu" qui assure "100 % guarantee, no failure and mandatory success" (on croirait une pub pour une école américaine). En route, Ravinder me demande si j'ai déjeuné, s'empressant d'ajouter, c'était veg au moins ? Là, je dois dire que je triche un peu, euh oui, Madam a juste fait une salade,  j'oublie de parler des fromages. Ça me rappelle les interdits de mon enfance chrétienne, ce que l'on pouvait ou ne pas manger avec de communier. Arrivés au temple, il faut se laver les pieds et  les mains, ensuite acheter ses offrandes, colliers de fleurs et noix de coco. Nous entrons dans le temple et restons d'abord en prière devant la statue de Vishnu que nous apercevons au loin. Petites pensées pour nos étudiants donc, pour les femmes de ma vie (Ppn, ma maman et Zuzu) et puis tant qu'on y est, pour la paix dans le monde. Et nous voila partis à marcher autour de la partie centrale du temple. Nous devons faire 11 tours quand le pèlerin normal en fait 109. Pourquoi ces nombres ?  J'imagine qu'il y a une signification mais Ravinder ne la connaît pas et je sens que je l'énerve un peu avec mes questions, donc tournons…. Comme 109, c'est plutôt difficile à compter dans sa tête, chaque pénitent a un petit carton avec autant de cases qu'il coche à chaque tour. Générations et classes sociales se mélangeant sans problèmes, on se bouscule, se pousse, se double, se marche sur les pieds, chacun tout à sa prière sans se préoccuper des autres, mais dans le calme et la ferveur. Très indien, quoi. De temps en temps un "Godiva" retentit, repris en chœur par tous les marcheurs. Après mes 11 tours, je reçois un point rouge sur le front - le tilak - et je vais casser ma noix de coco, ce que je fais en éclaboussant abondamment ma voisine. Puis, on pénètre dans le temple lui-même, prenant sa place dans une queue bien canalisée par des barrières, et on accède enfin à la statue de Vishnu recouverte de colliers de fleurs que l'on distingue à peine dans la pénombre. Deux prêtres sont là, l'un recueille les colliers de fleurs que vous apportez en offrande, l'autre vous verse dans la main  une cuillère d'eau (sainte ? bénite ?) que vous devez boire pour vous purifier de l'intérieur. A la sortie, on nous remet (en remerciement ?) quelques petits morceaux de sucre. Bien que je sois  allé au caté comme tous gamins des années 60, je n'ai jamais eu de croyance très profonde et comme tout ado des années 70, j'ai assez vite "décrété" que la religion était l'opium du peuple. Cependant j'ai toujours été intrigué – voire fasciné – par l'expression et l'intensité du visage de certains lorsqu'ils prient leur dieu, et cela quelque soit le dieu. Cette ferveur et cette piété sont très présentes dans ces temples où les rites qui nous sont assez incompréhensibles sont aussi ancestraux que ceux du monde chrétien et tout aussi respectables. Une chose cependant me frappe, c'est l'ouverture et la simplicité de la religion hindouiste. Il ne semble pas qu'une longue initiation soit nécessaire pour y participer et à aucun moment je ne me suis senti regardé de travers, j'étais là pour y faire mes pooja, comme les autres. Et cela me plaît bien …
Texte d'Éric AKA BrB, rewrité par Madam, euh ... Ppn

vendredi 18 juin 2010

Les hussards de la république

A notre arrivée à l'école publique de Maharajpet, le Directeur M. G. Kamal Singh,  s'est empressé de nous faire part des résultats obtenus par ses élèves aux examens de fin d'année. Le premier d'entre eux, avec un score de 515 sur 600, est arrivé en tête du classement des écoles du district. Alors que la rentrée s'était déroulée deux jours plus tôt (les grandes vacances en Andhra Pradesh sont de fin avril à mi-juin), nous nous sommes étonnés de voir autant de nouveaux élèves reconnaissables à ce qu'ils ne portent pas d'uniformes. M. Singh nous a alors expliqué que l'école privée du village ayant augmenté les frais d'inscription, de nombreux enfants qui l'avait rejointe ont refait le chemin inverse pour revenir à l'école d'état. Parallèlement, il avait reçu pour instruction de son ministre de tutelle de scolariser un maximum d'élèves des villages alentour. Avisant alors un ado dégingandé de treize ou quatorze ans, vêtu d'une chemisette usée et d'un pantalon à l'ourlet déchiré, il lui attrape le bras affectueusement et me le présente comme étant un "regular", un élève qui fréquente assidûment l'école, obtenant de bons résultats dans la plus haute classe, l'équivalent de notre troisième. Et M. Singh de m'expliquer qu'il avait dû enfourcher son cyclomoteur et parcourir avec les quatre kilomètres qui séparent l'école du village du garçon, pour parlementer avec ses parents afin qu'ils le laissent poursuivre ses études. En effet, si les parents ne renâclent pas trop à envoyer leurs enfants en bas âge à l'école, laquelle fait souvent office de garderie et leur garantit un repas quotidien, pour les plus grands, c'est une lutte perpétuelle. Scolarisés, ils représentent autant de bras en moins pour aider dans les champs ou garder les chèvres et les buffles. M. Singh fait un travail remarquable dans cette école ; il n'a en principe que la responsabilité des grandes classes, celles du collège mais en fait, il s'occupe aussi de la maternelle et du primaire car comme il  le dit lui-même, il investit sur l'avenir. Parmi les enseignants, certains sont payés par le gouvernement, d'autres par des particuliers comme nos amis Isabelle et Venkat ou Vincent. L'un d'entre eux a réussi ses examens et une  fois titularisé, a choisi de revenir enseigner l'anglais dans cette école. Je lui ai demandé s'il était content de ce retour et sa réponse a été un cri du cœur : "Je suis le plus heureux des hommes !" Une déclaration qui n'est pas sans rappeler le sacerdoce des premiers maîtres d'école d'une autre république...

samedi 12 juin 2010

Allô maman bobo

Je me réveille il y a quelques jours, n'entendant plus rien de mon oreille gauche. La perte d'un sens est toujours inquiétante surtout dans ce pays où celui qui est bon est souvent mis à mal. Donc nous voila partis, avec Ppn, ce samedi vers 13 h 30 à l'Apollo Clinic, qui soigne  entre autres, les maux de la communauté expat' du quartier et bien sûr ceux des autochtones. Le réceptionniste désolé nous dit que ce n'est pas le jour de l'ORL, mais que nous pouvons consulter un "regular doctor" pour peu que nous patientions, ledit docteur  étant sorti, mais devant revenir dans dix minutes. Nous nous asseyons donc dans une salle d'attente du genre de celles de la sécu dans les années 70, en se préparant à une attente d'une durée indéterminée. Eh bien non, après dix minutes, on nous introduit dans le cabinet d'un jeune toubib,  charmant de sa personne (désolé Ppn, c'est moi le malade). Une auscultation impeccable, des questions pertinentes et un diagnostic rassurant : ce n'est qu'un rhume et un canal bouché. Il me fait une ordonnance, après m'avoir expliqué qu'il m'a prescrit des inhalations (ah les bons vieux remèdes de nos grands-mères, voire de nos mères !). La consultation me coûte 300 roupies (même pas 5 euros). Nous passons à la pharmacie à l'étage en dessous prendre les médicaments. Là, le pharmacien, pour chacun des médicaments prescrits, me montre la boîte et en sort le nombre exact de pilules correspondant au traitement. Il va même jusqu'à découper avec des petits ciseaux les plaquettes. Pratique plutôt saine en fin de compte qui aiderait sûrement à combler le trou de la sécu (pourtant, en termes de trous, quand on voit l'état des routes ici, ils s'y connaissent). Et l'on paye, pour ce que l'on a, soit en l'occurrence 220 roupies (3 euros). A 14 h 15, nous voilà sortis et mon oreille reprend ses fonctions deux jours après. Au bilan : malgré une arrivée impromptue un samedi à 13 h 30, on sort soigné trois quarts d'heure après pour moins de 8 euros. Je pense qu'il y a de bonnes choses à prendre dans ces pays "en voie de développement". Et le pire, c'est que j'aurais pu me faire rembourser intégralement par la mutuelle de la boîte indienne pour laquelle je travaille…
PS : merci à Ppn de m'avoir laissé la main pour faire mon post !

vendredi 11 juin 2010

Dent pour dent

Avec l'arrogance qui caractérise les gens des pays occidentaux, nous nous imaginons que nous avons ce qu'il existe de mieux en matière de santé, et développons une méfiance instinctive à l'égard de ce qui se fait ailleurs. Avant de partir en Inde, je suis allée consulter mon médecin traitant, une baroudeuse de choc, qui ne m'a rien prescrit à emporter car selon elle je trouverais tout sur place, et vu la durée de notre séjour, nous nous immuniserions nous-mêmes le cas échéant. C'était frappé au coin du bon sens. A notre arrivée en Inde, force nous fut de constater que non seulement, on est aussi bien soigné que chez nous mais qu'en fait, on l'est souvent mieux et plus vite. Il m'est impossible de parler ici de protection sociale, et là n'est pas mon sujet. Je ne prétends parler que de ce que j'ai vécu. Premier exemple, devant rentrer en France en janvier pour une question de visa, je demandais à mon père un mois à l'avance de prendre un rendez-vous auprès de sa dentiste pour un détartrage. Manque de chance pour moi, en une semaine, elle me posa deux lapins ! Quand, dès mon retour, je me  suis finalement décidée à prendre un rendez-vous ici, mes copines m'ont prévenue : arrange-toi pour être libre l'après-midi car si tu appelles le matin, tu seras invitée à passer le jour-même. Et de fait, j'ai eu un rendez-vous immédiatement. Aucune différence notable dans ce premier contact, si ce n'est que j'ai dû me déchausser avant de rentrer dans le cabinet du praticien. Pour le reste, les soins étaient les mêmes, et l'homme de l'art, compétent et professionnel, m'en commenta les différentes étapes dans un anglais parfait. Chirurgien diplômé en cosmétique dentaire, il est agréé par plusieurs facultés étrangères et ses clients viennent parfois des Émirats se faire soigner pour pas cher. La séance m'a coûté 1200 Roupies (20 euros) que je ne me suis même pas fait rembourser. Je lui ai demandé par curiosité un devis pour un blanchiment des dents selon un procédé dont il a l'exclusivité (j'ai toujours rêvé d'avoir le sourire de Julia Roberts) ; à peine rentrée chez moi que sa secrétaire me l'avait envoyé par mail, et rappelé pour s'assurer que je l'avais bien reçu. Le dilemme, maintenant c'est qu'il va falloir choisir entre ça et un collier de perles (la spécialité d'Hyderabad). Je me tâte. Prochain billet : Éric va chez le médecin.   

lundi 31 mai 2010

Selon que vous serez puissant ou misérable

C'est l'histoire d'une toute jeune fille de 14 ans à laquelle la justice de son pays, l'Inde, vient enfin de rendre sa dignité, vingt ans après les faits. Malheureusement, elle n'est plus là pour le voir. Poussée à bout par son bourreau, elle a mis fin à ses jours l'année de ses 17 ans. C'est l'histoire d'un homme puissant qui se croyait au-dessus des lois et qui, la semaine dernière, a passé sa première nuit en prison. En 1990, Ruchika Girhotra est une collégienne insouciante douée pour le tennis. Pour son grand malheur, le président de son club va la trouver un peu trop à son goût et se livrer sur elle a des attouchements alors qu'il l'a convoquée dans son bureau avec sa meilleure amie, Aradhana. Celle-ci arrive à s'enfuir et ensemble, soutenues par leurs familles, elles décident de porter plainte. Ce qu'elles ignorent, c'est qu'alors que l'investigation est en cours, l'homme, Rathore, est nommé chef de la police de l'état de l'Haryana. Dès lors, la vie de Ruchika et de sa famille va devenir un enfer. Elle est renvoyée de son école et de son club de tennis, et ses parents sont sans cesse harcelés. C'est après l'arrestation arbitraire et le passage à tabac de son petit frère que Ruchika choisira de se donner la mort. Sa famille, elle, ne baissera jamais les bras malgré les intimidations. Comme le dit aujourd'hui son père à la presse : "Nous nous cachions et on venait nous harceler où que nous soyons. A qui pouvions-nous nous plaindre ? La police était à ses ordres". Son amie Aradhana, aujourd'hui mariée et mère de famille, alors qu'elle vit dans le Golfe Persique, n'hésite pas non plus à revenir témoigner à chaque procès et à accorder de longues interviews à la presse. Symbole d'une justice qui protège les puissants et méprise les sans grade, l'affaire Ruchika est devenue une affaire d'état. Régulièrement, le visage de la jeune fille apparaît sur les écrans de télé avec le slogan "Justice pour Ruchika" comme une illustration de la fable du pot de terre et du pot de fer. En décembre, en première instance, Rathore a écopé de 6 mois de prison et d'une amende de 1000 roupies (15 euros) et le soir même, était libéré sous caution. Au lieu de s'en tenir là, il a eu l'outrecuidance de faire appel. La semaine dernière, en appel, sa peine a été commuée à 18 mois de détention. Il a eu beau se déclarer souffrant, le juge de Chandigarh a été sans pitié. Il a prié ses anciens collègues de conduire leur ex-patron en prison. Et comme l'ont noté les journalistes, pour la première fois depuis des lustres, le rictus qui lui barrait le visage s'est évanoui ...

vendredi 28 mai 2010

Dans la famille Kapoor, je voudrais ...

Cette chronique Bollywoodienne ne serait pas complète si je n'évoquais pas ceux sans qui rien ne serait possible, je veux parler bien sûr, des acteurs-danseurs-chanteurs.  Car en Inde, les artistes sont complets, ne se contentant pas de jouer dans un registre particulier mais sachant passer de la comédie à la tragédie, tout en chantant et dansant avec le même professionnalisme. Le concept d'acteur n'a donc pas grand chose à voir avec ce que nous connaissons ici.  A Bollywood, trois films sont produits par jour  (!) et la première chose qui m'a frappée quand j'ai commencé à m'intéresser au cinéma indien dans les médias, c'est la répétition de certains patronymes. J'ai constaté et cela m'a été confirmé, qu'il existe  en Inde de véritables dynasties d'acteurs, et j'en ai conclu à des preuves de népotisme dans le milieu du cinéma exactement comme chez nous avec les Deneuve-Mastroianni,  Depardieu, Cassel, etc. Cependant, à la lecture de certaines biographies, il semble que le phénomène soit plus important ici. Prenons par exemple, le cas des Kapoor. Le premier de la lignée, Raj Kapoor, était la plus grande vedette des années 50 et 60. Dans son arbre généalogique, on compte une vingtaine d'acteurs et d'actrices et aujourd'hui la quatrième génération est représentée par Ranbir Kapoor, l'acteur qui monte, et ses cousines, Karisma et Kareena Kapoor, cette dernière, présente dans tous les magazines où elle truste de pleines pages de publicité et la rubrique people. Elle est en effet fiancée à Saif Ali Khan, le dernier rejeton d'une autre célèbre famille d'acteurs, celle des Tagore-Pataudi. Enfin un des petits-fils de Raj Kapoor a épousé la sœur aînée de l'immense star, Amitabbh Bachchan, disons le Belmondo indien mais qui lui, tourne toujours. Son fils, Abishek Bachchan, acteur lui aussi, brille surtout parce qu'il est marié à Aishwarya Rai, ex Miss Monde, top model, actrice et ambassadrice d'une grand marque de cosmétiques, que l'on a pu voir récemment à Cannes, parce qu'elle le vaut bien... Bon, il existe tout de même quelques électrons libres, orphelins de cinéma. Le plus célèbre d'entre eux est sans conteste, Shah Rukh Khan ou SRK (les Indiens adorent les acronymes) que les Français peuvent voir en ce moment sur les écrans. En effet, des Khan, il en existe plein d'autres dans le cinéma indien mais lui seul peut dire : " My name is Khan". 
Si le sujet vous intéresse, je vous conseille d'aller voir . Merci Sally & François pour l'emprunt de la photo.

mercredi 26 mai 2010

Bollywood, bouffe et boxon

Contrairement à chez nous où aller au cinéma procède souvent d'une envie de dernière minute, les Indiens s'y préparent à l'avance et s'en font une fête. Il faut d'abord réserver sa place, parfois plusieurs jours à l'avance pour la sortie des films événements. Pour cela, on doit se déplacer aux guichets ou, pour les plus modernes, réserver en ligne sur des sites comme BookMyShow.  Les places sont alors attribuées selon le principe de premier arrivé, premier servi, en remplissant la salle du haut vers le bas. Quand vous tentez quand même le coup de vous présenter sans réservation, vous vous retrouvez, comme Lilie et moi, au deuxième rang à droite, des décibels plein les oreilles, l'envie de vomir pendant certaines scènes d'action, et bien sûr un torticolis assuré surtout quand votre voisin de derrière vous tombe dessus en pleine séance (véridique). Mais bon, comme après plusieurs mois en Inde, on apprend la patience et la zen attitude, on finit par accepter des conditions que jamais, ô grand jamais, on n'aurait acceptées avant. Première différence, comme chacun est supposé avoir son ticket, contrôlé par des ouvreuses (ici plutôt des ouvreurs), l'installation prend au bas mot une demie heure après que le film a commencé. Autre sujet d'étonnement pour nous, la présence de familles entières, des grands-parents aux tout-petits, que le film soit violent ou pas. La notion d'interdiction aux mineurs ne semble pas exister, du moins à ma connaissance, pas plus que celle du baby-sitting. Quand on va au cinéma, on emmène mémé et le petit dernier encore dans ses langes. D'où, en plus du brouhaha des conversations, quelques hurlements ou vagissements. A mi-film, parfois bien amenée, parfois au beau milieu d'une scène cruciale, c'est l'entracte ou "intermission" comme l'affiche l'écran. Au retour, après les dix minutes de réinstallation de la salle, on a les odeurs en prime car tout le monde en a profité pour s'acheter son pot de pop corn ou mieux, son samosa. Pendant le film, les commentaires vont bon train, les répliques fusent et comme les Indiens sont souvent très pudiques, certaines scènes d'amour sont couvertes par de grands éclats de rire. Et encore, je ne connais pas les petits cinémas de quartier ou paraît-il, les spectateurs du balcon invectivent ceux du parterre et vice-versa ! Enfin, quand la séance est sur le point de s'achever et que vous êtes plongé dans la dernière scène de ce grand-film-d'amour-qui-finit-mal, vous constatez éberlué que vos voisins sont déjà tous debout et se dirigent vers la sortie ! Quand je pense qu'en France, je râle quand on me cache le générique ...     

mardi 25 mai 2010

C'était la dernière séance

La veille du départ de Lilie d'Hyderabad, nous avions décidé de nous faire une toile. C'est vrai que depuis 6 mois que j'habite ici et malgré mon engouement pour les films de Bollywood et tous les potins qui vont avec, je n'en avais pas encore pas eu l'occasion. Nous avons donc opté pour la séance de midi d'un grand cinéma de Jubilee Hills qui entre parenthèses, n'a rien à envier à nos multiplexes. Nous étions un vendredi, jour de sortie des nouveaux films et ce vendredi-là, du très attendu "Kites" avec le sublimissime Hrithik Roshan. Il faut dire que Hrithik, le chéri des  teen-agers en leggings et de leurs mères en sari, c'est un peu un croisement entre Alain Delon période "La Piscine" et Sylvester Stalone. On a toutes envie de se plonger dans ses yeux verts et encore, les photos ne lui rendent pas hommage, il est beaucoup plus sexy quand il bouge. L'actrice principale n'est pas mal non plus, c'est une superbe belle plante mexicaine dont on se demande comment elle n'a pas encore été repérée par Hollywood, je la verrais bien dans le prochain James Bond, mais bon, ce que j'en dis... Elle s'appelle Barbara Mori et entre nos Romeo et Juliette, les scènes d'amour sont torrides. Le film a d'ailleurs déclenché une polémique en Inde car jugé trop "hot" par les ligues bien pensantes. Il faut préciser ici que jusqu'à très récemment, les héros Bollywoodiens ne s'embrassaient pas sur les lèvres et  mimaient encore moins l'acte sexuel, le comble de l'érotisme étant de danser un pas de deux avec des poses parfois suggestives.  Quant aux scénaristes, ils avaient dû étudier Corneille ou Shakespeare à l'école  car  le plus souvent, ils mettaient en scène des amoureux contrariés par un père intraitable ou un cruel rival. Dans Kites, les amants sont tout aussi malmenés mais cette fois par de très méchants sur fond de casino à Las Vegas, de sorte qu'on est plus près du blockbuster efficace à l'américaine que du masala movie. L'avantage pour nous de ce genre de film c'est qu'entre action et passion, on arrive à comprendre facilement, même si les dialogues sont un tiers en hindi, un tiers en anglais, et un tiers en ... espagnol et tout ça, bien sûr sans sous-titres ! J'avais prévu de parler de l'ambiance dans la salle mais cela fera l'objet d'un second billet. So long ! Hasta luego ! Namskaar !      

lundi 26 avril 2010

Le Taj Mahal, mes nouveaux copains et moi

Il existe de par le monde des endroits mythiques. Des endroits où l'on se dit qu'un jour peut-être, on ira. Pour les avoir vus des milliers de fois en photo, on pense tout savoir d'eux. Sauf qu'en vrai, ça n'a rien à voir. Ainsi du Taj Mahal. Le quatrième coup de cœur de ma vie de voyageuse. Le premier, c'était devant le Grand Canyon du Colorado, le second, à Abu Simbel en Égypte, et le troisième, face à la Merveille de Petra en Jordanie. Que ce soit l'œuvre de la nature, celle de la main de l'homme ou un mélange des deux, à chaque fois, je suis restée saisie devant tant de beauté. Il est à peine 7 heures, ce mercredi matin d'avril lorsque nous arrivons à l'entrée du Taj Mahal. Une première porte massive en grès rouge le masque à notre vue. Il faut en dépasser le porche pour le voir apparaître enfin. Il est là, majestueux, tel que dans nos rêves. La pureté du blanc, la parfaite harmonie de ses proportions, sa silhouette à la fois imposante et délicate se détachant sur un ciel un peu blafard, nous saisissent à la gorge. C'est un hymne à l'amour, le cadeau d'un empereur moghol à son épouse hindoue, Mumtaz, la seule à lui avoir donné un fils. Un mausolée de marbre blanc comme un écrin au cénotaphe de la belle endormie. Un lieu de douleurs aussi on imagine, pour les 20000 ouvriers qui le bâtirent pendant 12 ans. Mais déjà on nous presse de prendre notre tour pour la traditionnelle photo, nous énièmes touristes à poser humblement devant lui. Puis, nous dépassons le bassin, traversons les jardins et posons le pied sur le parvis. De près, il est presque aussi beau que de loin. Nos yeux éblouis scrutent chaque panneau de marbre travaillé aussi finement que de la dentelle de Calais, ou recouvert de motifs floraux incrustés de pierres précieuses (jaspe, turquoise, lapis-lazuli, cornaline, onyx...) dont notre guide indien francophile énumère avec gourmandise les noms en français. Nous nous imprégnons du lieu, prenant le temps de nous y attarder, sans avoir conscience qu'il est bien désert pour l'un des endroits les plus visités du monde*. Vers 9 heures, les trains et les bus déversent leur flot de touristes indiens, et aussitôt, les saris ou les ghagharas** multicolores des femmes, les coiffes couleur safran ou rouge des hommes, se détachent sur le blanc immaculé du Taj, rendant l'instant encore plus magique. Je suis tranquillement assise sur un banc lorsque soudain, je me retrouve cernée par un petit groupe de papys rigolards. Aussitôt, j'engage la conversation avec eux, je "socialise" comme dit mon mari, et j'apprends qu'ils viennent du Gujarat. Je reste ainsi un petit moment, en face d'un des plus beaux endroits du monde, à bavarder avec mes nouveaux copains. A savourer un pur moment de grâce.
* L'explication nous est donnée le soir même par un marchand d'Agra, le nuage de cendres du volcan islandais a stoppé net les vols au départ de l'Europe. Pas d'avions, pas de touristes !
** Jupes longues portées par les femmes du Rajasthan et du Gujarat.

mercredi 31 mars 2010

Les frères ennemis

Si les échos lointains de ce qui s'est passé ces jours derniers à Hyderabad, capitale de l'Andhra Pradesh au Sud de l'Inde, sont parvenus jusqu'en France, bien peu ont dû y prêter attention. Un mort*, quatre-vingt blessés et un couvre-feu décrété par un gouvernement vite dépassé, ne sont que des mots dans le flot d'autres catastrophes que déversent les chaînes de télé quotidiennement. Même ici, en Inde, ces incidents n'ont pas fait longtemps les gros titres des télévisions nationales. Il faut dire que l'actualité a été riche cette semaine entre les attentats de Moscou, un incendie meurtrier à Calcutta qui a fait 42 morts, et la prise d'otages de 120 indiens le long des côtes somaliennes. Quant aux chaînes locales, elles ne bruissaient que de l'annonce faite par la championne de tennis Indienne Sania Mirza, originaire d'Hyderabad, de son prochain mariage avec l'ex capitaine de l'équipe de cricket du Pakistan, bel exemple de tolérance. Ce conte de fées des temps modernes permettra-t-il de faire oublier les tensions latentes qui règnent entre ces deux frères ennemis, les Hindous et les Musulmans, et qui éclatent sporadiquement avec une violence inouië à un endroit ou à un autre du pays ? A Hyderabad, on ne peut pas dire qu'on ressente ces problèmes au quotidien. Pour nous, les expats, ça s'arrête à quelques réticences de nos chauffeurs hindous à se rendre dans la vieille ville à majorité musulmane (quand nous nous y rendons, le nôtre refuse, par exemple, de déjeuner sur place) mais ça s'arrête là. D'ailleurs, cela faisait 20 ans que la ville, qui compte 40% de Musulmans (14% en Inde), n'avait pas connu de violences intercommunautaires. En 1990, elles avaient fait 200 morts, et apparaissent en toile de fond du très beau livre que je vous recommande, "Jour de pluie à Madras". A chaque fois, le point de départ est un prétexte anodin. Cette semaine, c'est la fête de Hanuman Jayanti et les Hindous ont voulu hisser leur bannière safran à la place du drapeau vert que les Musulmans avaient "oublié" d'enlever lors de la commémoration de la naissance de Mahomet, un mois plus tôt. Le ton a monté, une bousculade s'en est suivie, prélude à un déchaînement de violence des deux côtés. Bilan de trois jours d'affrontement : un jeune musulman poignardé à mort, des dizaines de blessés, la plupart à coups de pierre, des magasins incendiés, des temples et des mosquées ravagées, et un couvre-feu indéfini. Depuis, comme disent les médias, le calme semble revenu et la jeune championne hyderabadie de tennis a pu donner hier sa conférence de presse. Elle se marie dans un mois ... à Lahore, au Pakistan**.
* Deux en fait : mardi soir un commerçant qui se trouvait, comme on dit, au mauvais endroit au mauvais moment a succombé à ses blessures dues à des jets de pierre.
** Précision de dernière minute, ils vont se marier d'abord à Hyderabad, puis à Lahore.


lundi 22 mars 2010

Il n'est pas de sots métiers

En Inde, on ne jette pas grand chose et on récupère tout, ou presque. Pour nous cependant, la vie est tellement peu chère que la tentation est grande de remplacer ce qui est cassé. Seulement voilà, à notre arrivée en novembre, j'ai fait l'achat d'une paire de sandales à 550 roupies (9 euros) que j'aime bien, et quand la lanière de l'une d'elles a cédé, j'ai décidé de lui donner une autre chance. Je suis donc allée chez le cordonnier. Si l'expression avoir pignon sur rue a un sens, c'est bien ici. En effet, l'homme de l'art est assis à même le trottoir au coin de ma rue. Deux bouts de bois soutenant une bâche bleue au-dessus de la tête, son attirail par terre, il attend le chaland. Souvent, un comparse lui tient compagnie et ensemble, ils boivent le tchai, partagent des samosas achetés au marchand ambulant, et papotent. Je me suis accroupie, j'ai suivi l'opération, une pointe de colle, deux coups de poinçon, et ma chaussure a repris vie. La réparation m'a coûté 10 roupies (16 centimes). J'aurais bien voulu lui donner plus mais mon chauffeur-ange gardien veillait au grain. L'économie indienne repose ainsi sur une multitude de petits métiers qui tous ont leur utilité. Ainsi, si l'on considère le nombre incroyable de chiens errants dans les villes, on s'étonne du peu de crottes sur les trottoirs. C'est parce que, pliées en deux sur leurs balayettes, une armée de femmes, souvent plus toutes jeunes, passent leur journée à nettoyer la chaussée, les devants des maisons et même les pelouses. Parfois, leurs gestes cent fois répétés me font penser au rocher de Sisyphe, puisqu'à peine ont-elles fini de nettoyer leur bout de terrain qu'elles doivent recommencer. Dans l'hôtel où nous avons passé nos trois premières semaines, je voyais tous les jours le même employé retirer des galets, balayer dessous pour enlever la poussière, et les remettre ensuite. Plus récemment, au Marriott à Goa, nous prenions notre petit-déjeuner en terrasse, lorsque le manège d'un jeune homme agitant une sorte de mat de 5 mètres de long au bout duquel flottait un drapeau blanc nous intrigua. Nous avons fini par comprendre ce qu'il faisait : il éloignait les corbeaux ! La société indienne est très hiérarchisée et tout en bas de la pyramide, ces petits métiers qui nous semblent parfois dérisoires ont leur utilité sociale. Ce jeune porte-drapeau-effrayeur-de-corbeaux arbore fièrement son badge indiquant qu'il travaille dans l'un des fleurons de l'hôtellerie mondiale, et il sait que s'il fait bien son travail, bientôt il sera affecté au ménage ou à la plonge. Car ici, peu importe que l'on exerce un métier peu qualifié, l'essentiel est d'en avoir un pour subvenir à ses propres besoins et la plupart du temps, à ceux d'une nombreuse famille...

vendredi 19 mars 2010

Certains priaient Jésus

Lorsque vous remplissez votre demande de permis de résider en Inde, vous devez indiquer votre religion, et il est tout à fait inconcevable de ne pas répondre ou pire, d'annoncer que vous êtes athée. En Inde, on croit en Vishnu, en Allah ou en Dieu, et se rendre au temple, à la mosquée ou à l'église fait partie intégrante de la vie quotidienne. Et essayez d'imaginer une seconde ce que serait l'Inde sans les merveilleux temples dravidiens multicolores du Tamil Nadu, le Temple d'or d'Amritsar, centre spirituel de la religion sikh, ou les jolies églises blanches de Goa et Pondichéry, pour ne citer qu'eux. Rien qu'à Hyderabad, ville œcuménique s'il en est, tandis que nous grimpons pieds nus les marches du délicieux Birla Mandir, tout de marbre blanc, notre regard se pose sur le Lac Hussain Sagar au milieu duquel trône un gigantesque Bouddha. Plus loin, dans la vieille ville musulmane, la Mecca Masjid est l'une des plus imposantes mosquées du monde et, en cherchant bien, St Andrew's rappelle que les Britanniques ont apporté aussi le culte anglican dans leurs bagages. Oui, le sacré est partout en Inde. A Goa, un minuscule territoire se donne des airs de mini Vatican. Velha Goa (ou Old Goa de nos jours), l'ancienne capitale portugaise jusqu'au milieu du 18è, rivalisait avec Porto par la richesse de ses églises. Il en reste une quinzaine aujourd'hui dont la Cathédrale Ste Catherine, dont on dit qu'elle est la plus grande de toute l'Asie. Qui dit religion dit missionnaires. St François-Xavier était de ceux-là. Curieux destin que celui de ce jeune homme de bonne famille Navarraise*, disciple de Ignace de Loyola avec lequel il fonda la Compagnie de Jésus avant de partir convertir l'Inde, le Japon puis la Chine. Mort à 46 ans sur le bateau qui le ramenait de Malacca, son corps repose à la Basilique du Bom Jesus à Old Goa et fait l'objet d'un véritable culte. Sa châsse fut ouverte plusieurs fois, les Jésuites de Rome réclamant un bout de ses reliques, puis les Chinois. Finalement, quelqu'un de sage décida qu'il fallait arrêter de saucissonner le Saint et depuis il repose sur ce petit bout de terre Indienne. Requiem in pace.
* Message personnel à mon papa : on dit qu'il prononça ses derniers mots dans sa langue maternelle, le basque...

mercredi 10 mars 2010

La femme est l'avenir de l'Inde (II)

Le vote aurait dû avoir lieu symboliquement le 8 mars, journée de la femme. Une poignée de députés rétrogrades en a décidé autrement. Peu importe. La Rajya Sabha, la chambre haute du Parlement indien, a voté hier soir à une écrasante majorité une loi accordant 33% des sièges aux femmes dans l'hémicycle. La plupart des journaux qualifient ce matin le vote d'historique. Dès que la Lok Sabha, la chambre basse aura amendé le texte, la Constitution sera modifiée pour qu'un tiers des représentants des différentes assemblées indiennes soient désormais des femmes. En effet, alors que la moitié des Indiens sont des Indiennes, seules 10 % d'entre elles occupent aujourd'hui des postes électifs en politique. Un ratio qui n'est pas sans rappeler celui d'autres démocraties, à commencer par la nôtre. D'ailleurs, en regardant les images prises dans l'hémicycle lundi soir, alors que des députés survoltés agressaient le président de séance et déchiraient rageusement leurs bulletins de vote, je n'ai pu m'empêcher de penser aux débats houleux qui avaient précédé le vote de la loi sur l'avortement en 1975. Qui n'a pas en mémoire cette photo de Simone Veil effondrée sur son siège après avoir dû faire face à la vindicte de ses collègues députés les plus virulents ? La marche des femmes pour leur représentation est une succession de victoires gagnées ainsi, grâce à leur opiniâtreté et aussi à l'appui d'hommes de bonne volonté. En Inde, l'image des femmes en politique est très forte. L'actuelle présidente du parti majoritaire, le BJP (qui sort gagnant de ce nouveau bras de fer), a mis toutes ces forces dans cette bataille. Sonia Gandhi est la veuve de Rajiv Gandhi et donc la belle-fille d'une certaine ... Indira Gandhi, première femme premier ministre de l'Inde dès 1966. Le Times of India ce matin, se montrait dithyrambique et recensait les "pionnières", depuis les 5 premières étudiantes de l'Université de Pune en 1916, en passant par Mère Teresa (prix Nobel de la Paix en 1979) jusqu'à l'actuelle Présidente de la République Indienne, Pratibha Patil, élue en 2007. Même si son rôle s'apparente à celui de nos présidents de la IVè république, il n'empêche, elles ne sont pas si nombreuses à occuper le poste dans le monde. Alors, Messieurs les Députés français, la parité, toujours un vœu pieux ?
La photo a été "empruntée" à l'article d'Aujourd'hui l'Inde dont je vous recommande la lecture.

dimanche 7 mars 2010

Pondichéry, un parfum de France

L'histoire de Pondichéry est intimement liée à celle de la France depuis qu'en 1673, la balbutiante Compagnie des Indes Orientales racheta ce petit village côtier sur la côte de Coromandel au Sultan de Bijapur. Disputée d'abord aux Hollandais, puis aux Anglais, devenue comptoir français en 1765, les Français s'y installeront peu ou prou pendant le 18è siècle, l'occuperont au 19è siècle, pour la céder définitivement à la toute jeune république indienne en 1954. Elle est encore aujourd'hui la porte d'entrée préférée des français qui visitent l'Inde du Sud, si Indienne et si Française à la fois. Le Consulat de France, l'Alliance française, le Lycée Français (97% de réussite au Bac 2009), ainsi que le nom des rues (Rue Romain Rolland, Rue Mahé de la Bourdonnais, rue de la Marine...) et les képis rouges des policiers en faction devant les bâtiments administratifs nous rappellent cette présence de près de trois siècles. Sa taille aussi, 220 000 habitants seulement alors que sa voisine Chennai (ex Madras) en compte plus de 4,5 millions, lui donne des allures de préfecture hexagonale pendant les trente glorieuses. C'est une ville qui se visite à pied, souvent en commençant par la promenade de la plage qui longe sur 3 kilomètres le Golfe du Bengale. La nuit tombe tôt dans cette partie du monde et c'est lorsque le soleil rose darde ses rayons au couchant que l'on se sent enveloppé par la magie du lieu. La statue géante dorée de Gandhi nous toise, nimbée d'une lumière diaphane, tandis que presque en face, celle de Jeanne d'Arc lui tourne le dos. Le long de la promenade, des enfants agitent leur sacs roses remplis de barbe à papa et les silhouettes des amoureux enlacés se détachent sur fond d'une mer qu'on sent plus qu'on ne la voit. Il est temps pour nous d'aller dîner au Club où les serveurs font l'effort de prendre votre commande dans un français hésitant mais sincère et où l'on peut se régaler à la fois de calamars farcis délicieusement relevés ou d'un bon steak au poivre. Toujours à pied, nous regagnons l'Hôtel de l'Orient, une superbe demeure 18è du quartier français de Pondy à la façade rose, et où les noms des chambres sont autant d'appel à d'autres voyages : Maduram, Dindee, Vellore, Coimbatore...

dimanche 28 février 2010

Bollywood et la Dame de fer

A notre arrivée à Chennai - anciennement Madras - mon œil est attiré par d'immenses affiches d'au moins 6 mètres de large sur 4 de haut, sur lesquelles une accorte dame nous toise, son visage rond surmonté d'un mystérieux chiffre 62. Toutes les inscriptions étant en tamoul, il nous faut les explications de notre chauffeur Kumar pour les décrypter. Jayalalithaa, c'est son nom, chef du principal parti d'opposition du Tamil Nadu et ancien premier ministre de l'état, fête ce jour-là ses 62 ans. On peut s'étonner en Inde du véritable culte de la personnalité dont font l'objet certains personnages politiques et de ces affiches qui fleurissent un peu partout, non seulement à l'occasion d'élections mais aussi de toutes sortes de célébrations. Grâce à Kumar, nous apprenons que la dame en question est également une célèbre actrice des années 70. Plus tard, alors que nous nous promenons le long de la très belle plage de Marina Beach, nous traversons le parc MGR où repose une grande star du cinéma, véritable icône du cinéma tamoul, M.G Ramachandran, par ailleurs lui aussi ancien premier ministre de l'état. Bon, pour nous, cela peut paraître bizarre. Même si notre première dame est une ex top model reconvertie dans la variété, on n'en est pas encore à avoir Alain Delon comme président de la république. Les Indiens quant à eux, vouent un tel culte à leurs acteurs que la chose n'est pas si rare. Comme je suis curieuse, en rentrant de notre escapade dans le Tamil Nadu, j'ai voulu en savoir plus sur la fameuse Jayalalithaa et j'ai découvert qu'elle était la maîtresse du MGR en question qui l'a en quelque sorte propulsée en politique. Après un premier mandat de 1991 à 1996, elle a été soupçonnée de corruption, destituée, puis est revenue au pouvoir de 2002 à 2006. Elle a une réputation de "dame de fer" due notamment à ses prises de position très dures sur la question des Tigres Tamouls du Sri Lanka et de la politique de New Delhi à leur égard qu'elle juge laxiste. Enfin, ce 24 février était jour de liesse pour ses nombreux partisans et fans et a donné lieu à de nombreux meetings avec distribution gratuite de nourriture pour les pauvres et collectes de sang (!). Mais la dame ne s'est pas déplacée pour couper le gâteau de 62 kg que ses admirateurs lui avaient préparé. Star, vous avez dit star ?
Pour ceux qui veulent en savoir plus, c'est (merci Sally et François !)

mardi 23 février 2010

Une aussi longue absence

Mon intention était d'évoquer les tracasseries administratives dont ont été victimes ces derniers jours deux de mes amies. La bureaucratie Indienne, tout le monde vous le dira, est une sorte de monstre aux multiples bras un peu à l'image de ces représentations de Shiva ou Ganesh sur les temples. Lilie est coincée au Sri Lanka, son retour en Inde est compromis pour un problème de visa, et en gros, elle a le choix entre la peste et le choléra ce qu'elle explique très bien . Agnès était venue pour son travail à Delhi et elle et son mari en avaient profité pour passer quelques jours chez nous. Son retour a été un mauvais remake d'un jour sans fin. Tout ça parce qu'elle avait oublié d'avoir avec elle la copie de son billet de retour Delhi-Paris. Lorsqu'elle est sortie de l'aéroport domestique, elle n'a plus été autorisée à rentrer dans l'aéroport international. Son voyage a duré 48 heures, et a viré au cauchemar, cauchemar qui aurait pu lui être évité si le policier en faction avait fait montre d'un peu de mansuétude. En trois mois, j'ai accumulé tellement d'anecdotes sur le sujet que je pense que j'aurai de quoi y revenir. A la place, je vais me contenter de rassurer mes fidèles lecteurs, je vais bien, ne vous en faites pas. La douceur de l'hiver à Hyderabad a laissé la place à un printemps anormalement chaud, à tel point qu'on se demande déjà ce que sera l'été dont le pic des chaleurs est annoncé en mai. Nous avons commencé à mettre les ventilateurs dans la journée et l'air conditionné en début de nuit. Si je le pouvais, croyez bien que je vous enverrais généreusement ciel bleu, soleil et un peu de cette chaleur qui commence à nous faire tourner au ralentis. A la place, je vous offre cette fleur de frangipanier dont les effluves embaument en ce moment les jardins du Chowmahalla Palace. Demain, nous partons pour quelques jours dans le Tamil Nadu, sur la Côte de Coromandel. De Madras à Pondichéry - deux noms qui me font rêver depuis que je suis toute petite - , je vous promets de faire le plein d'images, de sensations et de matière à de prochains petits billets. Namaste à tous !

vendredi 12 février 2010

Faim d'apprendre

Quand notre nouvelle amie Isabelle nous a proposé de nous emmener visiter une école de campagne, j'étais loin de m'attendre à ce que j'allais trouver. Après quarante minutes de petites routes au milieu de rizières et autres paysages bucoliques, nous avons pris un petit chemin cahoteux et traversé un ou deux villages très pauvres avant de découvrir l'école. Deux ou trois bâtiments délabrés, un projet de chantier d'agrandissement commencé il y a deux ans et jamais terminé, et dans la cour, quelques arbres plantés par une équipe de volontaires mais qui ne donneront pas d'ombre de sitôt. La Maharajpet Government School, c'est son nom, est en fait un établissement scolaire qui regroupe 10 classes de la petite maternelle à la seconde. Le principal nous attendait, prévenu à la dernière minute de notre visite, sinon les écoliers auraient préparé notre accueil en grandes pompes ce qui aurait perturbé leur travail. Isabelle, en bonne ancienne instit qu'elle est, veille à ce que pour ses protégés, apprendre reste la priorité. Le plus triste, ce sont les tout-petits. Leur maîtresse fait de la garderie, d'ailleurs elle s'est précipitée dans la classe quand nous sommes arrivés. Ils jouent à même le sol battu ou sur quelques tapis usés jusqu'à la corde avec un ballon, quelques jouets ou des ardoises apportés par d'autres avant nous. Quand j'ai demandé naïvement à Isabelle pourquoi ils étaient là dans ces conditions, elle m'a répondu avec sa franchise habituelle : "Ben, pour manger !" Le gouvernement Indien veut combattre l'analphabétisme dans les campagnes et fournit les repas. Ainsi, les parents mettent leurs enfants à l'école dès leur plus jeune âge, et ils y prennent goût et font tout pour y rester. La plupart des plus grands, en primaire, étaient assis en tailleur à même le sol, seuls les grands du collège avaient droit à des tables et des chaises, souvent suite à un projet de soutien. La cuisine est tenue par un couple qui vit sur place et on se demande comment il fait pour servir 250 repas par jour avec juste un énorme faîtout sur un réchaud au gaz, dans des conditions d'hygiène et de confort plus que sommaires. Un des projets de rénovation de l'école, raison de notre visite, est de réhabiliter la cuisine. L'été dernier, des étudiants de Glasgow ont passé tout leur été à construire des toilettes dans la cour. Le plus cocasse, si on avait le cœur à rire, c'est la salle informatique. Le gouvernement a fourni une quinzaine d'ordinateurs que les jeunes Ecossais ont installés lors de leur séjour, oui mais voilà, dans les campagnes il n'y a pas d'électricité de 9 heures à 18 heures ! Qu'à cela ne tienne, des cours sont quand même organisés de 8 à 9 et les gamins viennent à pied, de très loin parfois, pour ne pas les manquer. Un générateur serait la solution mais il faudrait 50 roupies par heure (75 centimes d'euro) pour le faire marcher et l'école n'a pas de budget. D'après Isabelle, cette situation n'a rien d'unique, elle concerne toutes les écoles publiques de l'état et même de l'Inde toute entière. On ne ressort pas indemne d'une visite comme celle-là mais ce qui émerge de ce trop plein d'émotions, c'est le sourire de ces enfants, leur envie d'apprendre et leur fierté de nous la faire partager...

lundi 8 février 2010

Ma vie de princesse

L'une de mes copines est une sacrée petite futée. Non seulement, elle sait analyser une situation ou jauger une personne avec beaucoup de perspicacité mais elle a aussi un sens inné des formules. Quand BrB a décidé de louer un studio non loin de la maison pour s'en faire un labo photo, elle lui a finement fait remarquer : "En somme, c'est ta cabane". Là, nous étions invités chez elle et son compagnon qui fait le même métier que BrB, et nous évoquions notre vie d'expat. Comme je lui demandais si elle n'était pas tentée par l'aventure, elle me répondit tout à trac : "Quoi, tu veux dire vivre une vie de princesse ?". Ca m'a fait sourire et c'est vrai qu'à bien des égards, je vis en ce moment un conte de fée. D'ailleurs, je m'en suis aperçue pendant ces deux semaines en France où tous mes soucis sont revenus me hanter alors que quand je suis ici, je n'y pense presque pas. Ce pays me fait vraiment de l'effet, ce dont j'étais loin de me douter quand j'ai choisi le nom de mon nouveau blog. Cela pourrait devenir un problème à terme, et j'ai parfois l'impression que je pourrais lasser avec mes évocations d'un ciel toujours bleu, d'un climat clément la plupart du temps, d'une vie oisive et de préoccupations de nantis comme celle de trouver un chauffeur sachant parler anglais ... Pourtant, en cherchant bien, tout n'est pas rose indien dans cette vie de rêve. Tenez, en ce moment même, j'écris parce que j'ai été réveillée à une heure du matin par une meute de chiens qui hurlaient à la lune en se répondant comme dans les 101 dalmatiens. Impossible de me rendormir car pendant mon premier sommeil, j'ai servi de festin à une horde de moustiques et tout en tapant sur mon clavier, je me gratte furieusement. Dans quelques heures, le muezzin va nous appeler à la première prière, celle de 5 heures du matin. Je ne suis pas plus concernée que la plupart de mes voisins qui sont hindouistes mais comme dit mon petit mari, c'est à ça qu'on voit que l'Inde est un pays tolérant, quand une toute petite minorité empêche la majorité de dormir (je vous sers la version "soft"). Quand j'aurai malgré tout réussi à gagner quelques heures de repos, nos voisins vont se lever et dire qu'ils sont bruyants est un euphémisme. D'abord, les fenêtres des salles de bain ne ferment pas, elles sont juste faites de lamelles de verre à claire-voie. L'indien moyen ne se lave pas les dents comme vous et moi, non, il se racle la gorge pendant vingt minutes au bas mot, en expectorant de façon si poussée qu'au début on le croit atteint d'une tuberculose en phase terminale. Ensuite, le petit dernier de la famille va pousser des cris stridents si effrayants qu'on se demande d'abord si on n'est pas en présence de cas de maltraitance caractérisée. La première fois, j'allais appeler la DDASS locale quand on m'a dit que jusqu'à deux ans, l'enfant indien est un enfant-roi qu'on ne contredit jamais. Son seul mode d'expression ce sont donc ces hurlements à vous fendre l'âme. Au bout de quelques jours, toute pitié a disparu, et vous le jetteriez bien par la fenêtre. Enfin, si j'écris à cette heure de la nuit, c'est parce que tous les matins, à l'instant précis où l'on meurt d'envie d'une tasse de café et d'aller lire ses messages, toutes les prises (mais pas forcément les éclairages) connaissent une coupure d'électricité. Alors, elle est pas belle ma vie de princesse ?